Vendredi 31 juillet, dans le cadre du Festival Paris l’été, David Bowie, Marlène Dietrich, Édith Piaf, Line Renaud, Arielle Dombasle, Sylvie Vartan ou encore Fanny Ardant avaient rendez-vous au lycée Henri Bergson. Enfin, leurs doubles. Pour cette première édition du Concours de sosies, La Mulette et Fürsy von Colmar ont imaginé, sous l’impulsion de Thomas Quillardet, un vrai faux concours où l’imitation se mêle au cabaret, à la parodie et à l’improvisation.
À l’issue de la soirée, Cult.news a rencontré Fürsy von Colmar pour revenir sur les coulisses du spectacle, le choix de ses interprètes et cette liberté qui permet de célébrer une icône sans s’interdire de l’égratigner.
Comment est née l’idée de ce Cabaret des sosies ?
L’idée vient de Thomas Quillardet, le codirecteur du Festival Paris l’été, qui a demandé à La Mulette si ça l’intéressait de monter de toutes pièces un spectacle, un cabaret, un concours autour des sosies. La Mulette a dit oui et lui a répondu : « J’aimerais bien que Fürsy partage avec moi la création. »
Elle m’a embarqué là-dedans et on a décidé de coécrire ensemble ce Cabaret des sosies, qui est un vrai faux concours. C’était ma première collaboration avec Thomas et il nous a laissé, officiellement et officieusement, totale carte blanche.

À partir de cette carte blanche, comment avez-vous construit le spectacle ?
On s’est mis plusieurs jours en résidence avec La Mulette, juste tous les deux, avec un piano et un calepin. Des noms sont venus immédiatement et on a commencé à écrire pour eux : David Noir, Clara Brajtman, Angèle Micaux et Tristan Choquet, alias Madame Joëlle.

David Noir est d’abord arrivé sous les traits de David Bowie…
Oui, avec un sosie plus vrai que nature, très premier degré. La tenue, l’allure, la coiffure, le maquillage étaient quasi similaires. Il chantait en live et en anglais.
Et en deuxième partie, il présentait le plateau d’artistes en Michel Drucker. C’était dément parce qu’il a la même voix, la même gestuelle et surtout un talent hors pair pour l’improvisation. C’est quelqu’un qui sait rebondir et qui ne lâche jamais son personnage.

Clara Brajtman a choisi, elle, de passer d’une star internationale à une star régionale…
Elle a d’abord réalisé une performance de Marlène Dietrich, en live et en allemand. Ivre, faussement ivre évidemment, avec sa canette de bière sous le vison, sous l’hermine blanche. (Il rit.)
Ça nous a permis de créer un lien avec David Bowie. On les a fait s’enchaîner et se croiser comme dans Just a Gigolo. Marlène s’effondrait après sa prestation et David Bowie entrait. C’était un clin d’œil assez sympa.

Et pour Arielle Dombasle, vous avez pris le parti de construire une prestation un peu différente…
Oui. Clara a construit elle-même une interview dans laquelle La Mulette et moi devions interroger Arielle Dombasle. Elle avait regardé énormément d’interviews, de passages télé, donc presque tout ce qu’elle disait venait de choses réelles.
Et quand on regarde des photos d’Arielle Dombasle jeune et Clara aujourd’hui, la ressemblance est assez incroyable. Ça se trouve, ce sont des jumelles, on ne sait pas. (Il rit.)

Angèle Micaux a choisi, elle, de passer des larmes d’émotion aux larmes de rire…
Angèle est une artiste de cabaret de talent, une grande danseuse et une grande costumière. Elle fait les costumes des plus grands et trouvait encore le temps de nous reprendre des trucs entre deux scènes ! (Il rit.)
Pour Édith Piaf, elle a choisi le playback, le lipsync total, pour pouvoir vraiment se concentrer sur l’émotion et l’incarnation. La ressemblance physique était troublante, mais c’était surtout très beau d’avoir quelque chose d’aussi premier degré dans l’émotion.
Et ensuite, on pouvait complètement faire pencher la balance de l’autre côté.

Il faut qu’on parle de cette arrivée de Line Renaud en déambulateur gonflable !
(il rit) Oui ! Une Line Renaud sans âge, avec ce déambulateur gonflable, un demi-masque de personne relativement âgée et toujours les plumes façon Moulin Rouge ou Lido. (Il rit.)
Elle commençait à chanter par-dessus Copacabana et, au bout de trente secondes, elle était trop âgée, elle s’en fichait de chanter parce que, de toute façon, elle n’était pas là pour ça : elle était là pour parler du Sidaction et de Bernadette Chirac. (Il rit.)
Quand elle passait dans le public, elle reprenait de vrais extraits de Line Renaud. Elle pouvait s’asseoir sur les genoux d’un homme aux cheveux blancs et improviser à partir de là. Une Line Renaud complètement fantasque, trop âgée pour monter sur scène. C’était dément.

Tristan Choquet, alias Madame Joëlle, s’est attaqué à Sylvie Vartan et Fanny Ardant.
Une perle ! Il nous a fait deux personnages plus vrais que nature.
Pour Sylvie Vartan, tout était extrêmement travaillé, jusqu’au nez retroussé au scotch. Il a un talent d’imitation et d’improvisation fou.
Et pour Fanny Ardant, là, on n’est même plus dans le « plus vrai que nature » : c’est carrément l’affiche du spectacle. Personne ne sait que ce n’est pas la vraie Fanny Ardant ! (Il rit.) Les tenues sont à s’y méprendre.

La Mulette s’est elle-même glissée dans la peau de Barbara…
Oui, totalement libérée au piano. Son incarnation de Barbara était incroyable : une paire de lunettes, un trait de khôl, une perruque noire et on y était.
Évidemment, elle nous a aussi gratifiés d’une imitation de Véronique Sanson plus que désopilante.

Et vous n’avez pas résisté non plus à l’envie de vous choisir un sosie.
J’étais davantage dans un rôle de présentateur, de passage de témoin. Mais j’ai quand même réalisé une toute petite performance en Matthieu Chedid pour dévoiler mon crâne rasé façon iroquois. (Il rit.)
C’était un petit clin d’œil, histoire que le présentateur puisse lui aussi s’amuser à faire un sosie. Et j’adore Matthieu Chedid, donc c’était super cool.

Vous insistez beaucoup sur l’improvisation. Est-ce que le spectacle a beaucoup bougé une fois toute l’équipe réunie ?
Il y a eu une vraie synergie de groupe. Quand on a répété tous ensemble, on n’a fait que rire et les répétitions ont duré trois heures de plus que prévu la veille parce qu’on avait encore envie de fignoler des choses, tout en laissant une petite place à l’improvisation.
Et une fois tous sur le plateau, à la nuit tombée, on a pu oublier toutes les heures de travail et juste s’amuser dans l’écoute. Tout le monde restait dans son personnage, c’était assez incroyable.

Peut-on célébrer la personne que l’on imite sans jamais l’égratigner ?
Ah non, pas au cabaret ! (Il rit.) Faire un sosie, ça commence par le vernis : l’apparence, un mouvement de hanche ou d’épaule, la démarche, tout ce qu’on voit.
Mais là, on a la chance d’avoir des acteurs, des actrices, des chanteurs. Ce qui devient intéressant, c’est de pouvoir aller chercher aussi les côtés moins lisses de ces personnages.
Quand Angèle interprète Édith Piaf, par exemple, c’est vraiment une performance dans l’émotion. Là, on peut ne pas l’égratigner. Mais c’est très cool quand on peut le faire aussi.

Par exemple avec Sylvie Vartan ?
Oui. Sylvie Vartan adore son public, mais elle se préfère elle-même ! (Il rit.) Tristan l’a très bien retranscrit. Parfois, elle dit : « Bonsoir Paris », mais elle joue de dos. Elle chante de dos parce qu’en fait, elle aime chanter. Le public, qu’importe où il est, il est dans son cœur ! (Il rit.)
C’est ça qui est drôle : pousser quelque chose qu’on a déjà pu observer publiquement.
Même logique pour Arielle Dombasle ?
Oui. Clara a très bien trouvé ce côté-là aussi, cette Arielle Dombasle qui peut parfois paraître un petit peu hors sol.
On travaille à partir de choses publiques. On ne va pas chercher dans l’intime. À partir du moment où quelque chose est montré sur des plateaux télé ou sur Internet, on peut jouer avec, s’en moquer et parfois aussi le questionner.
Entre l’artiste, son personnage de cabaret et la célébrité qu’il incarne, est-ce qu’on ne finit pas par se perdre un peu entre toutes ces identités ?
Je ne pense pas, parce que ce sont des numéros construits. Souvent, il y a déjà l’artiste, puis son avatar de cabaret, qui lui-même incarne quelqu’un d’autre.
Donc oui, ça commence à faire beaucoup de théâtre dans le théâtre dans le théâtre dans le théâtre ! (Il rit.) Mais on a l’habitude de jongler entre notre propre identité et celle de notre avatar. En rajouter une de plus, en fait, vas-y !
C’est encore plus amusant. Ce Cabaret des sosies, c’était vraiment Inception, le théâtre dans le théâtre dans le théâtre.
Après leur rencontre sur le plateau, peut-on espérer un featuring entre Arielle Dombasle, Line Renaud et Édith Piaf sur un prochain album ?
Je suis ravi de vous l’annoncer : oui, c’est déjà enregistré, elles l’ont fait la semaine dernière ! (Il rit.)
Le titre reste secret. Je pense qu’il va falloir attendre les Jeux olympiques d’hiver pour découvrir ce featuring. Merci Arielle de nous avoir déjà gratifiés de cette belle chanson pour les Jeux olympiques d’été ! (Il rit.)
Vous espériez que le public entre dans le jeu. Vous attendiez-vous à un accueil aussi enthousiaste pour cette première édition ?
On l’espérait et ça a été super. Les rires étaient tellement francs.
Avec La Mulette, on ne pourra jamais assez remercier les quatre artistes parce qu’ils ont été extrêmement généreux. Dès qu’ils sont allés jouer dans le public, les gens étaient attentifs, hilares, émus. On ne pouvait pas rêver mieux.
On a commencé à jouer en plein soleil pour finir à la tombée de la nuit et les gens ont gardé le même sourire du début à la fin. En buvant des coups avec eux après, on s’est rendu compte qu’ils avaient adhéré aux propositions de tout le monde. Ça a fait du bien de rire, de se moquer un petit peu et de pleurer un petit peu.

Et si une deuxième édition voit le jour, quel sosie rêveriez-vous d’y faire apparaître ?
Je pense qu’on partira sur un featuring Jacques Brel–Theodora… mais on ne peut pas vous en dire plus ! (Il rit.)
On est dans les starting-blocks pour une deuxième édition. On est prêts, ready to go. On a très hâte, si c’est possible, de recommencer à faire toutes ces bêtises ensemble.
Cabaret des sosies – Festival Paris l’été
Lycée Henri-Bergson, Paris 20e
Avec La Mulette, Fürsy von Colmar, Clara Brajtman, David Noir, Angèle Micaux et Tristan Choquet
Crédits photos : © Frédéric STUCIN