Le coup de tonnerre du renvoi de l’éditeur Olivier Nora par Vincent Bolloré et de la démission de bon nombre d’auteur·es de Grasset arrive à la veille du Festival du Livre de Paris. Ce dernier revient sous la nef du Grand Palais pour une cinquième édition qui met à l’honneur la BD, le show du CabaretExtra! et la gastronomie dès vendredi 17 avril au soir.
Dédicaces, rencontres et débats se multiplient, et nous avions noté deux thèmes forts : la langue face aux pressions économiques et politiques (notamment populistes), mais aussi la question de l’adaptation au cinéma. Plus qu’une scène, le monde du livre est un grand mille-feuille où se niche la crème des autres disciplines. L’étude annuelle sur le rapport des jeunes à la lecture montre qu’un tiers des 16-19 ans ne lisent plus du tout de livres et qu’elles et ils passent en moyenne dix fois plus de temps sur les écrans qu’avec un livre en main. Les enjeux qui traversent les livres matériels ou dématérialisés, et ceux que traverse un monde de l’édition qui se concentre en grands groupes, sont symptomatiques des grandes questions sociales que nous nous posons : dimanche à 17 h, Hélène Frappat et Éric Pessan interrogent la langue face aux discours populistes, tandis que vendredi à 16 h, Michel Bussi et Philippe Sands dialoguent sur la mémoire et l’impunité.
À l’inverse, les livres s’invitent dans nos autres rubriques, puisque les films cannois attendus sont aussi souvent des adaptations et que l’effet « Femme de ménage » a marqué le 7e art. On attend notamment l’adaptation, par la réalisatrice Léa Mysius, d’Histoires de la nuit du dernier auteur goncourisé, Laurent Mauvignier, en compétition officielle. Sur Disney+, Margaret Atwood n’en finit pas de nous livrer ses (excellents) Testaments.
La lecture déborde jusque sur les plateaux les plus contemporains. On a souvent été en situation de lire ensemble, assis·es face à un mur où, en apparence, rien d’autre ne se passe que cela. Oui, le public lit. Il ne fait « que ça ». Sur l’écran des spectacles de El Conde de Torrefiel défilent des histoires qui se dévorent, comme si nous tournions tous·tes ensemble les pages d’un même livre dans un geste collectif. On a pu voir les mots saturés, devenant illisibles pour symboliser le nazisme dans The Third Reich, et on a pu passer l’un des actes de Vixen d’Angélica Liddell à vivre cette expérience, encore.
Le « langage est fasciste », écrivait Roland Barthes dans sa leçon inaugurale au Collège de France. C’était peut-être, une fois n’est pas coutume, sans galvauder l’adjectif. Il a décrit combien la littérature, qu’il appelait « tricherie salutaire », est un antidote. Notre mille-feuille de la semaine nous susurre à l’oreille que toute véritable création est peut-être un peu de la littérature !
Bonne semaine et bon week-end au cœur de pages qui sentent bon l’encre, le papier, et l’effort de réfléchir par soi-même à la meilleure manière d’écrire votre journée,
Yaël et Amélie
visuel : Peggy Silberling