Vive le sujet ! Le cultissime programme conjoint de la SACD et du Festival d’Avignon croise Claudia the Virgin de Zoé Lakhnati et La Machine à affranchir de Nicole Genovese, deux pièces qui portent en leur centre une belle dose d’absurde.
« Contrôle reçu »
Tout commence avec une Zoé Lakhnati en mode physio, en avant-scène. Elle ressemble à une garde du corps, cheveux tirés, veste à épaulettes, pantalon assorti. Elle surveille son oreillette et écoute les recommandations. On attend quelque chose, et autant vous dire que ce qui arrive dépasse nos attentes. C’est bien la Vierge en personne qui apparaît, toute de bleu vêtue. Pour le moment, la danseuse rend hommage à cette icône qui rend visite à sa petite sœur en pierre du bien nommé Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph.
« Je crois que le danger maintenant n’est pas la chute mais l’attachement »
Et puis le mouvement advient, et pas n’importe lequel. Le pas de deux est cocasse, car la Vierge n’est autre que Claudia Atletica, une artiste de sculpture physique. La proposition multiplie les portés les plus improbables, où Zoé chevauche Claudia, ou Claudia la porte comme un sac, les pieds ballants. Parfois, les choses s’inversent : Zoé est écrasée au sol et tourne sur elle-même sans plier sous le poids de l’athlète, dans un rapport de confiance totale. La proposition est aussi l’occasion de laisser la danse éclater, dans la signature saccadée que l’on connaît de l’artiste associée à la Ménagerie de Verre. C’est un sujet à vif des plus réussis qui nous surprend par sa construction et sa progression, laissant derrière lui une image très forte.
Saviez-vous qu’au théâtre, prononcer le mot « corde » est un tabou ? Prenant cette tradition au pied de la lettre, Nicole Genovese invite le comédien Sébastien Chassagne et le magicien spécialiste des cordes Quoc Tien Tran pour un huis clos délicieux qui, au huitième degré, nous transporte dans la France rurale. Ils arrivent à leur tour avec un sac de courses en plastique à la main. Au départ, Sébastien Chassagne est seul face à cette machine toute jaune. Il enclenche la discussion avec l’autrice, metteuse en scène et actrice qui adore les univers à la Devos.
Tout de suite, quelque part entre les Deschiens et Pierre Desproges, commence une tirade sur les conséquences qu’aurait la construction d’une poste dans ce bled. C’est délirant et joyeux à souhait, et bien sûr le trio va s’enfoncer, avec l’air de ne pas y toucher, dans des allégories de l’air du temps.
Alors le sort est conjuré, la magie invitée, et le public retrouve une joie d’enfant tout à fait sympathique.
Ce premier Vive le sujet ! répond tout à fait à la commande qui consiste à inviter des artistes à en convier d’autres pour créer de l’inattendu.
Jusqu’au 11 juillet
Visuel : Claudia the Virgin, Zoé Lakhnati, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon