Jusqu’au 23 mai, le festival WOKE du Théâtre 14 s’amuse à interroger ce mot si polémique pour lui redonner son sens premier, celui du réveil face aux discriminations. Pour bien comprendre, Yuming Hey s’est employé dans Woke Who? us out people kings & queens entered our new era à un cours de sémiologie en anadiplose et c’est jubilatoire.
Chez Cult, on peut dire que Yummy Hey est l’un.e de nos comédien.ne.s préféré.e.s. Tiens, on l’écrit en inclusif ça. Yummy, dès qu’il a été reconnu par le grand public via Osmosis sur Netflix, s’est retrouvé confronté à cette question : fille ou garçon ? Iel répond : gender fluid, et de là, se retrouve avec des commentaires des haters en cascade. Iel doit se justifier d’exister, encore et encore, et à le voir entrer sur la scène du Théâtre 14 pour sa lecture hier, concentré et visiblement touché, on se dit que la corde sensible n’est pas loin.
Vêtu.e en costume noir et de bottines à talons pailletés, lunettes sur le nez, il attaque par le discours de Christiane Taubira, le 29 janvier 2013, il prend ses intonations à elle dans sa voix à lui. Ce discours où, alors Garde des Sceaux, elle a dit « Oui, c’est bien ce mariage que nous ouvrons aux couples de même sexe. Que l’on nous explique pourquoi deux personnes qui se sont rencontrées, qui se sont aimées, qui ont vieilli ensemble devraient consentir à la précarité, à une fragilité, voire à une injustice, du seul fait que la loi ne leur reconnaît pas les mêmes droits qu’à un autre couple aussi stable qui a choisi de construire sa vie ».
Iel, à la façon de Joris Lacoste dans l’Encyclopédie de la Parole, se sert de l’anadiplose (vous savez : trois petits chats, chapeau de paille, etc.), se sert d’un mot de la phrase précédente pour entrer dans la suivante, et dans une anamorphose (vous savez, le clip de Jackson, Black or White), sans transition. Yummy se mue en une autre personne instantanément. C’est bluffant.
Le corpus de sa lecture harassante puisqu’« elle demande une attention folle » se compose de discours politiques, d’émissions de télé, de chansons (on adore le passage chanté de Lady Gaga, Born this way à un ouais ouais), mais aussi de morceaux tirés de son expérience, par exemple lors de la cérémonie des César ou d’une interview.
À la fin de ce marathon d’intonations et de références, on comprend une nouvelle fois que le mot woke est galvaudé, qu’il est au départ très beau, qu’il n’est qu’une déclaration d’amour à un.e autre à accepter tel qu’il, elle, iel est.
Le festival Woke, jusqu’au 23 mai au Théâtre 14
Visuel : Christophe Raynaud de Lage