La dernière pièce de Marion Siéfert et Matthieu Bareyre arrive à Avignon. Elle fait exception dans la carrière parfaite de cette metteuse en scène et de ce dramaturge dont l’univers empruntait jusque-là, avec exigence et talent, au monde de la pop et de l’adolescence. Dans Bunker, elle s’attaque aux pères insatisfaisants sans jamais parvenir à circonscrire son sujet, qui s’étiole.
Il y a des scénographies malheureuses qui appellent des symboles malheureux. Pour être honnête, au commencement, l’acte de Nadia Lauro nous séduit beaucoup. Sur le plateau immense de la FabricA, qui est aux dimensions de la Cour d’honneur, se tiennent sept portes en métal fermées. Au-dessus, des signes « sortie » sont éclairés en vert. Il y a des bouches à incendie et de grands tuyaux de pompiers enroulés. On devine aussi deux vélos d’appartement dans un coin et un mur de cibles de l’autre.
La première image est percutante, bien que trop longue. On rencontre Janice Bieleu qui manipule des couteaux dans un art martial. Elle sera rejointe par Charles-Henri Wolff, auquel Marion Siéfert offre en réalité un seul-en-scène déguisé ici. Lui est vêtu d’un kimono symbolique.
Le mec est un Bolloré. Il se croit tout-puissant, il pense qu’il peut tout acheter, y compris un cerveau augmenté. Au début de la pièce, Lorenzo Lefebvre lui place une puce pimpée à l’IA. Pour le coup, Marion Siéfert et Matthieu Bareyre savent faire de belles images et l’assistant va se muer en coach puis en curé sur roulettes dans une grande jupe.
Le problème de Bunker, c’est qu’il enfonce les portes ouvertes en les laissant fermées. Oui, cet homme avide de pouvoir qui regarde la planète brûler de son bunker de luxe, qui, quand il voit arriver une victime de la canicule permanente, l’extermine comme un rat, ou qui ose se payer un poulpe gigantesque tout en le trouvant trop cuit. Ce Napoléon de pacotille manque paradoxalement de pathétique.
La pièce s’étire sans progression. Là où Daddy nous séchait de violence dans une brutalité spectaculaire, Bunker nous maintient enfermés sans possibilité d’ouvrir nos réflexions. La pièce gagnera peut-être dans les jours à venir si elle progresse dans sa vision amère de notre monde où seuls les ultra-riches s’en sortent en se coupant du monde.
L’histoire écrite par Marion Siéfert et Matthieu Bareyre est pourtant géniale. Imaginez que cette puce existe vraiment (au regard des lunettes IA, cela approche), les conséquences délirantes que cela aurait. Le duo tente d’aller au bout de l’idée, jusqu’à la faille exactement, mais, comme à l’entame de la pièce, étire sa pourtant belle idée de fin qui, sans vous dire comment, vient, dans une inversion des signifiants, réparer la relation entre le père et la fille.
Espérons que la pièce puisse trouver son rythme au fur et à mesure des représentations.
Bunker, Marion Siéfert et Matthieu Bareyre, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon