Le Festival d’Avignon renoue avec le célébrissime collectif flamand que l’on retrouve à son meilleur, dans une maîtrise foutraque du dixième degré au service de la pensée militante, pour ne pas dire féministe, du plus grand auteur de théâtre français.
C’est à la demande du tg STAN que Boulbon est en trifrontal, pour le grand bonheur de Mathilde Monnier et Lucie Antunes qui faisaient danser la musique en cercle il y a encore quelques jours. Place au THEÂÂÂTREU avec cette plongée de 4 h 30 et cinq pièces (« pour 50 euros ») : Le Mariage forcé, L’Avare, Les Égotistes, Le Médecin malgré lui et Le Malade imaginaire. Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas et Stijn Van Opstal sont toustes réuni·e·s pour nous délivrer, à fond et avec une distance des plus contemporaines, les mots de Molière. Tout commence avec Jolente De Keersmaeker, en Élise dans Le Mariage forcé, et cela n’est pas un hasard, car le titre de cette pièce est le fil conducteur de tout le spectacle. On entend : « Mon amour pour vous durera autant que ma vie » et, tout de suite, on entre dans un monde où épouser celui ou celle que l’on voulait n’était pas autorisé. Et pourtant, de pièce en pièce, Molière démonte la bêtise des hommes et sort les filles des couvents.
1, 2, 3 Poquelin est la suite de deux précédents spectacles du collectif : Poquelin (2003) et Poquelin II (2017). L’idée est de se mettre dans la représentation de la perception de la satire du XVIIᵉ siècle. Visuellement, le décor reprend les codes du théâtre de tréteaux, mais avec de bien beaux tréteaux, tous portés par de la lumière en dessous. Et puis, il y a cette idée dingue de venir placer, là-haut, tout là-haut, en haut du si haut mur de pierre, un lustre majestueux qui veille à la verticale sur le grand rideau rouge qui s’amuse à fermer l’espace plutôt qu’à le révéler.
Nous y voyons le fantôme de Molière là, brillant au-dessus de nous, sûrement fier de voir ses mots ayant survécu aux censures. S’enchaînent alors les joutes à plein régime. Les comédien·ne·s font mine de perdre leur texte, redonnant de la gloire au passage à la figure du souffleur. On avance de mariage en mariage et de désir de liberté en désir de liberté, on écoute effaré·e·s les hommes parler des femmes comme d’objets à vendre et à battre.
Le public est complètement intégré à la scénographie, ce qui le met dans un état de connivence avec le collectif qui se délecte de déplacements au cœur des gradins et d’interactions.
Jusqu’au 25 juillet à 21H à Boulbon, navette entre 19h et 19H30.
Visuel : 1, 2, 3 Poquelin, tg STAN, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon