Nous avions laissé Vanasay Khamphommala à la même place, au milieu de la piste du Bar du Festival transformé en salon familial laotien pour Love Me Tender. Nous la retrouvons pour une performance qui dure le temps d’une chanson et qui répond à la question : dans un monde où la culture est qualifiée de non essentielle, comment continuer à vivre ?
Cette performance se donne pour six spectateur·rice·s. Avant d’entrer en salle, nous sommes invité·e·s à choisir collectivement parmi une liste de chansons disponibles : À la claire fontaine (traditionnel, arr. V. Khamphommala), Lamento della Ninfa (C. Monteverdi, arr. V. Khamphommala), Muse[s] for a While (H. Purcell, arr. G. Kurdian), Dido’s Lament (H. Purcell, arr. V. Khamphommala), Can’t Help Falling in Love (E. Presley / H. Peretti, L. Creatore, G. D. Weiss), Les Gens qui doutent (A. Sylvestre), Pour ne pas vivre seul·e (Dalida / S. Balasko, D. Faure), Il venait d’avoir 18 ans (Dalida / P. Sevran, S. Lebrail), Hallelujah (L. Cohen) et La Dramaturgie (V. Khamphommala). Nous discutons. Une spectatrice dit : « Il paraît qu’iel chante tout le temps Dalida, on devrait proposer autre chose. » Et donc nous entrons toustes et, d’une seule voix, lui commandons Dido’s Lament.
Vanasay Khamphommala nous attend en veste à sequins dorée et en jupe traditionnelle laotienne. Avant de se déshabiller, iel nous raconte, droit dans les yeux et avec un sourire tendre aux lèvres, qu’iel a pensé cette performance pour survivre, et cela n’est pas une expression. Au temps du Covid, Emmanuel Macron décide de fermer les théâtres tout en laissant les églises ouvertes. Pour les artistes indépendant·e·s, c’est la mort lente. Iel décide alors de déposer une petite annonce : « Je te chante une chanson tout·e nu·e en échange d’un repas », et avoue dans un rire qu’iel a toujours mangé à sa faim pendant l’épidémie.
Et donc, iel se déshabille et se met, de sa voix qui vous arrache les larmes en une seconde, de tout son être qui hurle « attention, fragile », à dérouler ce monument écrit par Purcell. Remember me, and forget my fate, dit la chanson. Mais nous, Vanasay, nous ne t’oublierons pas, ni toi, ni ton destin.
Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre, Vanasay Khamphommala, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon