Derrière son apparente fantaisie extraterrestre, OVNI d’Ivan Viripaev est un texte subtil sur la croyance, l’altérité et le pouvoir des récits. Une richesse que cette mise en scène réduit malheureusement à une galerie de figures caricaturales.
Le Prix T13 s’est imposé en quelques années comme l’un des rendez-vous les plus stimulants de la création théâtrale contemporaine. Porté par le Théâtre 13, lieu incontournable du paysage parisien dédié à l’émergence artistique, il offre chaque saison une visibilité précieuse à de jeunes équipes et à des propositions le plus souvent audacieuses. Il faut ici, en souligner la singularité, et ce n’est pas un vain mot en ces temps de guerre menée contre la création, et même le courage.
Figure majeure de la dramaturgie contemporaine européenne, Ivan Viripaev mène dans OVNI une enquête sur des personnes qu’il estime « normales » qui ont rencontré une vie extraterrestre. Pour ce faire, il choisit un créateur de jeux vidéo, une jeune étudiante fan de yoga, un directeur des ventes chez Nokia…
Mais cette enquête cache en fait une réflexion sur la foi, la vérité et l’expérience de la transcendance. Mais aussi (et il nous faut ici rester vague pour ne pas « divulgâcher » le twist final), sur les pouvoirs de la fiction, de sa relation si complexe et parfois même confuse avec le réel.
À travers une série de témoignages, donc, des personnages/personnes racontent leur rencontre avec une forme d’altérité qui bouleverse leur existence. Un matériau théâtral exigeant, qui rend curieux et où l’humanité des voix est essentielle au-delà des individualités.
La mise en scène de Pauline Briand et Hugo Plassard (par ailleurs interprètes dans le spectacle) opère un choix qui manque largement sa cible. Là où Viripaev cherche à faire vaciller nos certitudes et à nous rendre sensibles à l’indicible, à s’interroger sur notre rapport à l’inconnu, à l’irrationnel ou à l’invisible, les personnages apparaissent ici comme des figures caricaturales dont il est difficile de se sentir proche.
Tout dans le jeu, les costumes, les postures nous fait les regarder comme des individus trop loufoques pour être crédibles. Et d’ailleurs la salle rit, à gorge déployée, ne prenant pas en compte la sensibilité de ces paroles. Et les interprètes cabotinent pour aller chercher l’adhésion par la moquerie. Ils et elles livrent leurs personnages en pâture. C’est fort dommage.
On ne les croit jamais vraiment et, surtout, on n’éprouve pour eux ni empathie ni curiosité. C’est pourtant exactement l’inverse de ce que requiert l’écriture ciselée de Viripaev puisque lui-même, dans sa prise de parole liminaire, nous invite, voire nous incite à écouter sans juger.
La succession des monologues devient alors rapidement et parfaitement rébarbative. Faute de distance, de nuances et d’un véritable amour des interprètes pour leurs personnages, chaque prise de parole semble rejouer le même procédé. Le spectacle s’enferme dans une mécanique répétitive dont il peine à s’extraire malgré quelques renforts de lumières, de jeux d’ombres ou encore de fumée…
Cette impression est encore accentuée par une création musicale qui évoque parfois les effets appuyés d’un mauvais téléfilm. On peut se demander si l’ensemble relève d’un second degré assumé ; mais même cette hypothèse ne parvient pas à convaincre tant les choix scéniques paraissent constamment tirer le texte vers une forme de simplification.
Au milieu de cet ensemble inégal, Zineb Triki apparaît comme toujours telle une évidence. Lumineuse, elle apporte à son personnage une sensibilité et une douceur qui manquent souvent au reste de la distribution. Son écoute, sa présence et la finesse de son jeu permettent enfin d’entrevoir la fragilité humaine que cherche Viripaev. Elle sauve le spectacle. Enfin, presque.
© Fabrice Robin