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L’ébouriffante et folle journée des Noces de Figaro au Théâtre des Champs Élysées

par Helene Adam
15.10.2026
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Les Grandes Voix nous ont concocté un Mozart rafraichissant animé par une équipe formidable de jeunes chanteurs conduit par le charismatique Huw Montague Rendall en comte pour une soirée animée et fort dynamique. Rien que du plaisir.

Les Noces, une valeur sûre dont on ne se lasse pas

Le Théâtre nous avait déjà proposé en mars 2025 des Noces de Figaro fort bien troussées et enthousiasmantes.

Pour la soirée du 13 octobre, nous ne reviendrons pas sur la genèse de ce chef d’œuvre de la trilogie Mozart-Da Ponte que nous avions alors détaillée et qui fut assez complexe voire périlleuse, le sujet étant considéré comme politiquement incorrect.

La jeunesse et la modernité insolente de ces Noces, de cette « folle journée » qui voit tant de quiproquos, de jeux de l’amour et du hasard et de découvertes diverses se produire, est incontestable et l’on trouvera facilement des échos dans nombre de situations de la vie moderne.

Et quand on aime, on ne compte pas !

Les Noces habilement mises en espace

Et rien de plus admirable que cette faculté qu’ont aujourd’hui les jeunes chanteurs, d’improviser une mise en scène très détaillée, profitant des multiples entrées et sorties aménagées sur la scène de l’avenue Montaigne, pour occuper l’espace et mimer de véritables scénettes, laissant le spectateur imaginer le décor.

Ils et elles utilisent le minimum d’accessoires, à la manière des troupes de théâtre ambulantes et peu fortunées : une chaise et une couverture pour dissimuler Cherubino, une fleur artificielle pour le jardinier, des foulards échangés entre Suzanna et la comtesse pour le dernier acte, une aiguille tenue entre deux doigts. Et ils, elles jouent très bien ! Leurs mimiques sont parfaitement en phase avec la construction et l’évolution de leurs personnages, les claques assénées résonnent avec vigueur, on se bouscule, on s’attire, on se repousse, on apprend les choses de la vie, de l’amour, bref, on vit sur la scène cette histoire comique qu’on transmet avec talent à un public ravi. Une telle représentation rend ses lettres de noblesse à l’opera buffa !

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Un orchestre en phase avec les chanteurs

L’orchestre baroque belge B’Rock (joli jeu de mot !) qui joue sur instruments d’époque (dont les cordes en boyaux qui se désaccordent rapidement, voire se cassent en route !) a tout à la fois ce dynamisme joyeux qui sied à Mozart et la légèreté d’une formation d’une quarantaine d’instruments qui accompagne et dialogue avec les chanteurs sans jamais rivaliser avec eux, ou les couvrir, leur laissant tout loisir de déployer leurs voix sans forcer.

La direction du jeune Sasha Scolnik-Brower redonne vie au Mozart qu’on aime. Cette interprétation « retour aux sources » est toujours préférable à l’utilisation d’un orchestre moderne, en nombre et en instruments, qui contraint les chanteurs à aller le plus souvent au-delà de leurs limites vocales et ne rend pas justice à l’élégance des compositions du petit génie de la musique classique.

On aime tout particulièrement les passages polyphoniques admirables qui ménagent des parties différentes pour chacun des 6, 7 ou 8 chanteurs rassemblés, admirablement mis en valeur par l’alchimie au sein de l’équipe et l’appui discret et efficace des instruments. Une merveille.

Car l’œuvre regorge de petits trésors, des duettos, des terzetto, des sextuor, et autres assemblages complexes des voix aux phrases, aux mélodies, aux rythmes différents, fort difficiles à mettre en place et qui, avec des chanteurs de talent et un orchestre de bonne facture révèlent tous leurs secrets.

Et hier soir, c’était incontestablement le cas.

Le comte mène le bal

Chacun des solistes prenait évidemment sa part, Mozart ayant réservé un ou plusieurs grands airs à chacun, chacune, jusqu’à la jeune Barberine ( délicieuse Jennifer Courcier) qui se taille toujours un succès (mérité) avec le fameux L’ho perduta, me meschina (je l’ai perdue que je suis malheureuse) composé et chanté à la manière d’une véritable déploration alors qu’il s’agit… d’une épingle !

Mais c’est le comte du baryton Huw Montague Rendall qui rassemble tous les suffrages avec son abattage et la facilité avec laquelle il se joue de toutes les difficultés de sa partie. Dominant un plateau de très grande qualité, il démontre que sa réputation d’excellent mozartien n’est pas surfaite.

Très à l’aise sur la scène qu’il parcourt à grandes enjambées à plusieurs reprises, il chante sans partition et remporte un succès considérable lors de ses grands airs notamment son admirable Vedrò, mentr’io sospiro de l’acte 3. Il traduit avec la subtilité de son chant, varié et coloré, et la beauté de son timbre, les évolutions du personnage.

Bien accompagné, il l’est assurément, avec la belle et gracieuse Suzanna de Lauranne Oliva, soubrette mutine qui sait mettre en valeur son très joli timbre et sa silhouette agile de belle jeune femme. La souplesse de sa voix et la précision de ses vocalises dans les tutti, l’intelligence de l’incarnation de son très sympathique personnage, sont autant d’atouts qui la place au cœur d’un bien belle équipe. On saluera également ses élégants phrasés même si -question de goût- la voix nous a paru parfois d’un format un peu trop léger pour Mozart.

La comtesse de la soprano Elbenita Kajtazi possède un timbre plus corsé, opulent et velouté, qui sied à son rang et à son rôle et son Porgi, amor, qualche ristoro au tout début de l’acte 2, est très réussi. Le personnage a cette posture altière que l’on attend et une autorité naturelle tout à fait charmante. On lui pardonnera un Dove sono i bei momenti, émouvant mais pris un peu trop bas (adaptation difficile au diapason baroque ?), donc en décalage avec la tonalité de l’orchestre, tant l’ensemble de la prestation était séduisante.

Fort bien accompagné !

On apprécie toujours énormément une autre voix très corsée, large et puissante (choix qui nous comble dans Mozart dont la musique n’a pas été composée pour des voix légères contrairement de nombreux usages et contre-emplois actuels). Il s’agit de celle de la mezzo Eva Zaïcik, qui campe un Cherubino, vrai sale gosse et tête à claque, mais dont le timbre est si séduisant qu’on comprend l’empathie de ces dames à son égard. Son Voi che sapete était à la hauteur des attentes concernant l’un des airs les plus célèbres des Nozze.

On se permettra de légères réserves concernant Adrien Fournaison en Figaro, dont la voix, parfois un peu engorgée, n’a pas la projection insolente de son maitre sur scène, réserves très secondaires au regard de l’ensemble de la prestation qui montre quelques passages magnifiques dont son Aprite un po’ quegli occhi à l’acte 4 et une très bonne présence scénique.

N’oublions pas la Marcelline de Diana Montague, la « madre » de Figaro dans l’opéra, mais celle du comte à la ville, dont la voix reste ferme et belle même si elle a parfois perdu de son mordant.

Enfin, les comprimari complètent joyeusement la distribution avec la basse Raphaël Brémard en Don Basilio et Don Curzio et le ténor Nicolas Brooymans en Bartolo et en Antonio, dont la solide vis comica fait merveille dans des rôles essentiellement bouffons.

Dommage que l’ensemble ait souffert de quelques coupures frustrantes pour le mélomane mais sans doute justifiées par la volonté de réaliser une production à prix modeste jouant d’abord et avant tout sur la qualité des voix.

Et de ce point de vue, nous étions comblés.

Visuels : ©Hélène Adam