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Le transfestival Passages explore le spectacle sous toutes ses formes et toutes ses origines

par Julia Wahl
18.05.2026

Résolument international, le festival lorrain revient cette année pour une programmation toujours plus internationale.

Depuis son arrivée à la tête de Passages, Benoît Pradel s’est attelé à faire déborder le festival mosellan de son lit initial. Amoureux de l’Amérique latine, il a eu à cœur d’y faire voir et entendre des œuvres créées de l’autre côté de l’Atlantique ; eu égard à la situation géopolitique actuelle, il a également choisi d’y programmer des propositions en lien avec le monde ; il a enfin milité pour des partenariats avec des pays limitrophes de la Moselle, comme l’Allemagne, bien sûr, mais aussi le Luxembourg ou la Belgique.

 

Ce rayonnement international apparaît tout d’abord dans les langues lues, écrites, prononcées et entendues. Parmi les spectateurs et spectatrices, tout d’abord, les personnes attentives discerneront sans difficulté l’allemand et d’autres langues germaniques. Se crée ainsi un espéranto de l’est, incarnation de l’espoir de pouvoir communiquer par-delà les frontières.

 

De la multiplicité des langues…

 

Bien sûr, cette variété linguistique se fait aussi entendre sur scène. Ainsi en est-il de Moyette, adaptation à la scène du roman de Jon Fosse L’Autre nom (publié en France chez Christian Bourgeois dans une traduction de Jean-Baptiste Coursaud). Le lecteur et la lectrice, ou, pour ce qui nous occupe, le spectateur et la spectatrice, y suivent le peintre Asle et le pêcheur Åsleik. Le choix de la metteuse en scène Virginie Marouzé a été de faire entendre le texte tour à tour en français et en allemand. Le public polyglotte notera ainsi que les écarts de traduction, mais aussi la syntaxe propre à chaque langue, contraint la fable à se déployer différemment, avançant plus ou moins droit vers sa fin.

 

Un peu plus à l’est encore, Une nuit blanche offre à qui le regarde et l’entend un moment fascinant et terrifiant tout à la fois. Le jeune musicien russe Dima Efremov, exilé en France, y relate sa courte vie – il a vingt-quatre ans – d’artiste russe homosexuel, pacifique et activiste. Assis à un vaste piano qui semble envahir toute la scène, il y joue des standards de la musique pop. À travers cette entrée musicienne dans son récit, il aborde des questions politiques. Parmi ces standards, l’on entend tout d’abord des sons empreints de révolte, derrière les lesquels les militant·es russes opposé·es à Poutine se sont retrouvé·es. Il est rapidement rejoint par Elina Kulikova, qui, revêtue d’un survêtement moulant argenté arborant les trois bandes d’Adidas, danse et accompagne la musique et les paroles de son partenaire de ses propres mots.

 

L’ensemble a lieu en français. Mais c’est un français duel : si la metteuse en scène s’adresse directement au public dans la langue de Molière, le récit de Dima Efremov est tout entier fait de lettres qui défilent sur deux écrans, vert ou rose, au fil du temps. Le mélange de l’écrit et de l’oral fonctionne extrêmement bien. L’on lit le texte avec avidité, en même temps que l’on écoute les doigts du musicien courir sur son piano. Et l’on vit avec lui son enfance dans un petit village russe, son adolescence d’homosexuel honteux et, enfin, son entrée dans l’âge adulte au service des dissident·es russes, qu’il aide à s’exiler. La qualité du travail scénographique est telle que, même lors du court moment où les deux performeurs quittent la scène, l’attention reste happée par celle-ci. Ce troisième volet de la Trilogie de la guerre est, sur tous les plans, un très beau travail.

 

… au son du silence

 

À cette omniprésence de la parole répond l’évidence du silence. Silence simplement des mots : tel est Kanashini, de Akiko Hasegawa. C’est sans aucune parole, en toute douceur et simplicité, que l’artiste japonaise explore avec la violoniste Aline Zeller la tristesse (c’est là le sens du mot japonais « kanashini »). Dans un univers bleu nuit, qui semble engloutir la musicienne, fondue dans le fond de scène de la même couleur que son costume, la danseuse japonaise déploie son corps avec lenteur et précision. Commençant par des gestes circulaires avec lesquels elle fait le tour de la scène, elle s’emploie ensuite à danser sur une chaise.

 

Sa danse sur chaise éclairée par un simple halo blanc très léger, semble, elle aussi, aspirée par l’obscurité du lieu. Le regard et la main tendu·es vers le ciel, elle lance une prière muette, avant que de dérouler un long collier de perles en une variation élégiaque de Chantons sous la pluie. Au fond, un rectangle de lumière, blanc lui aussi, joue les vitraux sur le rideau de fond de scène. Plus que la virtuosité de l’artiste, c’est ce sentiment d’intimité qui touche et qui fait de l’ensemble un véritable poème musical et chorégraphique.

 

Comment, puisqu’il est question de silence, ne pas aborder l’incroyable Borda, de Lia Rodrigues ? C’est en effet par un silence d’une profonde épaisseur que commence cette pièce. Un silence et une immense masse blanche, qui se détache dans la nuit du plateau. L’on y distingue néanmoins çà et là quelques matériaux : tissu, plastique… Peu à peu, l’œil et l’oreille de dessillent. Est-ce tout d’abord le – très léger – bruissement du plastique que l’on perçoit, ou cette main qui se lève ? La masse se détache jusqu’à faire apparaitre les êtres humains cachés sous la matière et de se transformer en carnaval. Cet art de la transformation, tout en mouvements plus légers encore qu’une dentelle, fascine et séduit.

 

Cette très belle programmation est à l’image de ce festival qui s’emploie à mélanger les genres et les gens, de jeunes artistes émergent·es aux chorégraphes plus aguerri·es. Une façon aussi, pour reprendre les mots de Benoît Pradel, de « donner la parole à des gens qui l’ont peu ».

 

Passages transfestival, à Metz jusqu’au 28 mai.

 

Visuel : Une Nuit blanche © Gregory Batardon