Cette année, le Théâtre Silvia Monfort ouvre sa saison avec Frasques, création fougueuse du Galactik Ensemble où la voltige se mêle aux gags. Dans le foisonnement d’images saisissantes, les corps chutent, roulent, se redressent sans relâche et avancent toujours, quitte à se perdre en chemin.
Où aller ? Que faire ? À ces questions, le Galactik Ensemble répond par le mouvement : avancer, qu’importe. Les acrobates chutent, s’obstinent, cherchent l’équilibre sur un sol instable. Marcher sur des billes, avancer à l’aveugle ou la tête en bas, rien ne les arrête.
Parfois, les corps deviennent fluides, élastiques, niant l’agitation des sols sur lesquels ils progressent. Les obstacles se succèdent. Mais face à ces catastrophes farfelues, les personnages trouvent toujours le moyen de s’en sortir, quitte à prendre des risques insensés et à défier la gravité.
Les péripéties s’enchaînent de rupture en rupture, de l’euphorie à la mélancolie. Peu à peu, le plateau se transforme en un grand désordre où les tables mouvantes exhibent les vestiges de la bataille, témoins des frasques de la troupe.
“Libres de quoi ?” se demandent les personnages. Libres de faire des frasques, ces actions surprenantes et extravagantes ; libres de réagir à ce qui leur tombe sur la tête, de s’entraider ou de se tirer par la veste, de se bagarrer. Et, surtout, libres, de laisser déborder leur imagination.
Car, derrière les cabrioles de Frasques, se dessine une lutte contre l’aliénation. On voit les personnages courir après le temps, rivalisant avec les machines, enfermés dans une boucle sempiternelle. Puis, ils et elles se rebellent : les drapeaux se dressent, les chants révolutionnaires s’élèvent. Face aux catastrophes, les personnages finissent toujours par se soutenir, et c’est ensemble qu’ils rejoignent un monde à l’envers, peut-être plus léger que le nôtre.
Malgré ses impressionnants et ses beaux tableaux visuels, Frasques laisse une impression de manque. On est entraînés dans un enchaînement de gags et de catastrophes sans qu’un fil rouge se dessine vraiment. Ce flou est assumé. À la question “où aller ?”, le spectacle répond en avançant sans savoir où, comme ses protagonistes. Mais sur ce chemin sinueux, ils et elles finissent par nous perdre.
Car si le caractère déstructuré de la pièce est revendiqué par le Galactik Ensemble, on admire les voltiges sans vraiment s’attacher à ces personnages pourtant bien dessinés. Dans l’agitation, l’émotion malheureusement se disperse. Mais Frasques tient tout de même sa promesse et joue avec le déséquilibre pour crier, sans parole, une ode à la liberté.
De et avec Mathieu Bleton, Angèle Guilbaud, Jonas Julliand, Karim Messaoudi, Anouk Weiszberg
Régie générale Camille Davy.
Visuel : ©Laure Degroote
En tournée à Martigues, Nogent-sur-Marne, Pau… Plus d’informations ici.