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08.10.2026 → 25.10.2026

L’Atelier du plateau fait son cirque : impros avec brio

par Mathieu Dochtermann
11.10.2026
Atelier_du_plateau_fait_son_cirque_2026

Comme chaque année au mois d’octobre, L’Atelier du Plateau fait son cirque ouvre ses portes aux amateurices d’improvisation dans le 19ᵉ arrondissement de Paris. C’est du 8 au 25 octobre 2026, c’est un programme différent chaque soir, et j’ai assisté à la deuxième soirée, de très haute tenue !

La première chose que l’on découvre en entrant dans la petite – mais ô combien chaleureuse – salle de l’Atelier du plateau, c’est la scénographie de l’édition, puisqu’elle change tous les ans. Pour souffler ses 25 bougies, L’Atelier du Plateau fait son cirque a mis sa robe de brocante : tout un bric-à-brac grimpe le long des murs, vieilles valises et tourne-disques, chaises longues et machines à écrire, comme une image de marché aux puces projetée en l’air par des exposant·es un peu trop joueur·euses. Le sol est peint de larges rayures blanches et bleues qui font penser à la toile d’un chapiteau, et renforcent une sensation un peu vertigineuse de trompe-l’œil : sommes-nous donc des pigeons qui survolent une improbable foire ? La peinture des murs présente un fort joli dégradé du jaune au bleu, et la mise en lumière tout du long du spectacle sera particulièrement bien faite : il y a du mystère dans les tons bleus, un je-ne-sais-quoi du Silencio de Mullholland Drive qui par moments vient inquiéter la rétine.

 

Cela tombe bien : le spectacle en lui-même a, ce soir, un petit quelque chose d’inquiétant par moments, même s’il est surtout exubérant et joyeux, joueur et clownesque. Les complices d’un soir sont curieusement réparti·es : plateau circassien entièrement féminin, réuni sous la houlette de l’acrobate aérienne à la corde lisse Martina Monnicchi, partie musicale totalement masculine avec Didier Havet et Laurent Bardainne. Disons-le tout de suite : le premier au soubassophone et au trombone, le second au saxophone et au synthétiseur, réussissent un accompagnement inspiré. Qu’il soit calé sur la proposition ou au contraire en intelligent décalage, il ne prend jamais maladroitement le pas sur l’essentiel, c’est-à-dire la proposition circassienne, mais il joue malicieusement avec. Les artistes du mouvement et les artistes du son arrivent même à se retrouver dans des interactions qui ne donnent pas la sensation d’être artificielles : au contraire, elles sont organiques, très naturelles et rien que cela constitue déjà une belle réussite.

Un cirque d’ambiance particulièrement réussi et très bien accompagné

Reste à parler des numéros de cirque, qui forment un ensemble vraiment cohérent – et ce n’est pas toujours gagné quand les interprètes se rencontrent le jour même ! Martina Monnicchi à la corde lisse, parfois en duo avec Una Bennett qui nous régale à la fin d’un impressionnant solo, Kamma Rosenbeck au trapèze avec une approche qui fait beaucoup appel à la suspension, Carla Carnerero qui nous fait la démonstration que le diabolo n’a pas nécessairement besoin d’être lancé pour être intéressant, et qui joue surtout beaucoup de ses baguettes et de son fil, Cecilia Figueiredo qui n’hésite pas à utiliser le public comme support pour ses acrobaties, Zuska Drobna à la balle contact qui sert un peu de fil rouge au spectacle, et Cécile Robin enfin dont le clown extrêmement expressif et quelque peu autoritaire séduit immédiatement le public.

 

On a peine à croire que ces sept femmes ne se sont rencontrées que le jeudi matin : elles ont réussi à écrire collectivement un peu plus d’une heure de spectacle qui a beaucoup plus de tenue et de consistance qu’une série de numéros disjoints qui se succèdent. Il n’y a que rarement une seule artiste en piste : il se passe toujours quelque chose à la périphérie de la vision, les présences circulent, les artistes jouent à se ressembler, s’appuient les unes sur les autres, se rejoignent à intervalles réguliers. Elles semblent avoir parfaitement apprivoisé cet espace de jeu qui ne ressemble à aucun autre, minuscule scène rectangulaire dont le public borde deux côtés, où les entrées et sorties ne sont possibles que par deux angles opposés, occupés l’un par un escalier et l’autre par une échelle. C’est une gageure. Mais les circassiennes se révèlent à l’aise dans cet espace tridimensionnel, infiltrent le public, se donnent à jouer en s’appuyant – parfois littéralement – sur les spectateurices. C’est souvent drôle, toujours plein de peps, c’est un cirque d’ambiance bien davantage qu’un cirque virtuose ou spectaculaire – même s’il y a par moment des passages parfaitement bluffants – et c’est une complète réussite.

Qui voudra s’aventurer à une autre soirée cirque à l’Atelier du plateau jusqu’au 25 octobre 2026 tombera nécessairement sur une proposition totalement différente, puisque c’est l’essence même du dispositif. Il faut, à l’exemple de Martina Monnicchi et de ses comparses, faire preuve d’audace : cela paie !