En date unique, le chanteur et pianiste a navigué entre voix soul, toucher classique et grandes envolées dans la plus pure tradition de la chanson française. Un mélange de tristesse et de beauté des plus somptueux.
Noir. On va commencer comme ça.
Lui, immense, londonien de naissance, parisien d’adoption, enfant de parents d’origine ghanéenne, s’impose comme une figure invisible dans ce Festival où la baisse des subventions a fait flamber les prix au point que le public blanchit et vieillit à mesure que les places oscillent entre 40 et 50 euros.
Sa présence, à lui, sur cette scène toute blanche, est un acte des plus politiques. C’est un peu fou d’écrire ça en 2026. Mais oui, la présence des corps racisés est une grande absence. À quelques exceptions près, chez Rebecca Chaillon, dont c’est le sujet, les comédien·nes afro-descendant·es se comptent sur les doigts d’une main.
Et lui, dont l’arrivée sur scène se fait attendre comme s’il hésitait à se confronter à cet acte-là : être seul, debout, face au piano à queue immaculé.
Il commence par marmonner, lunettes de soleil sur les yeux. Il râle, dit qu’il n’a pas très envie, là, ce soir, que la seule issue est de revenir aux bases — back to basics. En l’occurrence, un petit voyage dans l’une des années les plus riches de l’histoire de la pop music, 2016, et son album At Least for Now.
On en entendra le tube Cornerstone et son refrain qui appelle à l’aide en disant « Home, home, home ». Les textes de Benjamin Clementine sont tristes : « They told me they loved me but they lied », ou encore Condolence, qu’il fait reprendre en chœur par le public.
Pour contrer son angoisse d’être seul, il convoque huit musiciennes de l’Orchestre national Avignon-Provence, toutes blanches et vêtues de blanc : quatre cordes, quatre vents et cuivres. Cela ajoute du souffle et de l’émotion à ses boucles de piano, extrêmement précises et mélancoliques.
La voix de Benjamin Clementine tape pile là, dans le cœur et l’âme. Lui croit aux fantômes et l’assume, tout seul, gigantesque sur cette scène qui mesure 800 mètres carrés. Lui dont l’un des morceaux se nomme Adios n’arrive plus à quitter la Cour d’honneur que le public a enlacée. Il nous fera chanter que rien n’est fini et que tout finira par aller bien, les yeux désormais libres et le sourire aux lèvres.
Une soirée qui a été une pause salutaire dans le marathon des spectacles qui se déroulent dans une ambiance tendue.
On aura remarqué le très droitier maire de la ville, Olivier Galzi, se placer loin du rang protocolaire, en anonyme dans les gradins. Un geste qui aura questionné tous ceux et toutes celles qui l’ont remarqué.
Concert Benjamin Clementine © DR