Un peu plus d’une heure pour découvrir la face cachée du clavecin et la dure vie d’une artiste attachante qui nous brosse un portrait rempli d’humour, du difficile parcours de la musicienne. Une réussite à voir absolument !
Peut-on apprivoiser le clavecin, étrange instrument à cordes pincées ? Chloé Sévère à qui l’on a détecté très tôt (11 ans) une « adéquation », un « toucher naturel » de génie, nous raconte son parcours parfois mouvementé, toujours passionnant et passionné.
Ce long chemin a été semé d’embûches mais ces obstacles qu’elle a franchis un à un, ces portes qu’elle a ouvertes avec succès, ont été autant d’étapes qui ont fait d’elle une musicienne accomplie, qui porte à présent un regard tendre et drôle sur sa propre destinée.

Car de l’humour Chloé Sévère en a à revendre et l’on rit beaucoup devant ses incontestables talents de comédienne, quand elle joue différents personnages en adoptant le ton requis parmi lesquels on reconnait si bien le « vieux mélomane averti » qui constitue si souvent l’essentiel du public », tout comme « le professeur du conservatoire » qui prodigue des conseils surannés mais aussi, parfois, bien utiles, même si la jeune Chloé préfère jouer du Louis Marchand pour illustrer l’école française du clavecin.
Elle avait des rêves étant enfant, dont le clavecin ne faisait pas partie mais, petit à petit, à force de travail et de rencontres, la musicienne a su dialoguer avec son drôle d’instrument, le rendre à son « état sauvage », et nous transmettre la jouissance qu’elle vit dans ce métier pourtant difficile et souvent ingrat depuis qu’elle a découvert qu’on joue aussi avec le cœur et qu’on peut sortir des sentiers battus !
Elle passe en revue sans complaisance les exigences de ses débuts, les longs voyages nécessaires pour passer d’une ville à l’autre, souvent éloignées les unes des autres, les faux cadeaux des riches l’invitant dans leurs salons pour distraire leurs invités sans songer au moindre défraiement, le mythique accès au Concours d’entrée du Conservatoire et sa « salle de chauffe », et enfin l’apothéose avec le plaisir de pouvoir bien jouer la pièce de ses rêves, le fameux Fandango du Padre Antonio Soler, cette partition spectaculaire et hypnotisante, qui recèle des trésors d’harmonies complexes évoquant les danses espagnoles.

Il aura fallu jouer Scarlatti, Bach, Frescobaldi, Rameau, Couperin avant de pouvoir s’attaquer à ce morceau de choix, référence absolue du claveciniste.
Le spectateur aura donc le plaisir d’entendre de nombreux extraits des meilleurs morceaux dont ce fandango, exécuté avec grâce et classe, par Chloé Sévère, dont le toucher a quelque chose de miraculeux qui rajeunit singulièrement la vision que l’on peut avoir d’un instrument parfois considéré comme vieillot et dépassé.
Et finalement courage et persévérance l’ont conduite à la réalisation de bien des rêves de toute musicienne : jouer en soliste, dans un orchestre (en particulier le prestigieux Atlanta Symphony Orchestra, sous la direction de Nathalie Stutzman). y compris dans une représentation d’opéra, donner des cours, devenir cheffe de chant, et même fonder une formation baroque, l’Ensemble El Sol.
Et créer ce seule-en-scène unique en son genre intitulé « Le clavecin à l’état sauvage » !
Le petit théâtre des « Rendez-vous d’ailleurs » accueille le spectacle pour une série de soirées en octobre, novembre et décembre.
Allez-y, c’est singulier, rafraichissant, instructif et divertissant !
Visuels : ©Valentin Dubois