Le festival « Les Étoiles du Classique » s’est déroulé à St-Germain-en- Laye du 19 au 28 juin 2026. Lors du concert de clôture, l’Orchestre Symphonique des Étoiles du Classique propose, sous la direction de Jean-Claude Casadesus, un ambitieux programme consacré à la musique du 19ème siècle.
Pour son président Patrick Petit, le festival a pour objectif premier de soutenir de jeunes artistes talentueux, en début de carrière. Il est destiné à tous les publics, y compris les plus jeunes. Riche de ses 11 concerts et de ses 200 jeunes talents, la cinquième édition répond à ces objectifs. Thomas Lefort, directeur artistique, a monté un programme original, audacieux, éclectique. Des concerts sont consacrés à Mozart, Robert et Clara Schumann, Chopin. Le 24 Juin, « La grande soirée des étoiles du classique » nous révélait onze jeunes talents confrontés à de grandes œuvres du répertoire. « La grande soirée des continents » nous a fait voyager vers l’Orient, le long des routes de la soie. Le dimanche 28 juin, Julie Depardieu raconte Shéhérazade aux plus petits … comme aux plus grands.
Nous sommes au Théâtre Alexandre Dumas. Actuellement c’est un édifice moderne, datant de 1989, au fond d’un petit parc, dans le centre de St-Germain en Laye, à quelques pas du RER. Mais le lieu est historique. Le premier théâtre, construit en 1837 a eu pour directeur… Alexandre Dumas.
Le concert de clôture nous offre un vaste panorama sur la musique du 19ème siècle, puisant dans le répertoire symphonique et lyrique. Clément Rochefort nous présente les œuvres et les artistes avec clarté et humour.
L’Orchestre Symphonique des Étoiles du Classique a été fondé pour le festival. Il regroupe de jeunes talents destinés à une carrière de musiciens d’orchestre. Ce soir il est dirigé par un jeune homme…de 90 ans, Jean- Claude Casadesus, le parrain du festival. Il a fondé et dirigé l’Orchestre National de Lille de 1972 à 2016. Avec sa démarche assurée, sa silhouette droite, ses gestes précis et énergiques, il suscite l’admiration. Avec un sourire bienveillant, il nous confie sa joie de diriger ces jeunes talents qu’il appelle ses jeunes collègues.
Plusieurs ouvertures sont au programme : le concert débute par Coriolan de Beethoven, en référence au drame du général romain, trahi par Rome et contraint au suicide. Cette courte œuvre symphonique est dans un style héroïque, les accents tragiques traduisent la colère du général, le thème mélodieux central les suppliques de son épouse. Toute la puissance dramatique de la musique de Beethoven apparaît dans cette brève ouverture. Les cuivres de l’orchestre interprètent une fanfare de Paul Dukas, une brève introduction à son ballet La Péri. L’orchestre conclut le concert avec l’ouverture de La Chauve-Souris de Johann Strauss fils. Ce fut un moment de légèreté, d’élégance, d’insouciance, au rythme de la valse viennoise. Jean Claude Casadesus paraît très heureux, sa joie est communicative.
Trois jeunes solistes sont à l’honneur. Le violoniste Thomas Lefort, 32 ans, interprète le Concerto pour violon N° 1 de Max Bruch, l’un des grands concertos pour violon du romantisme allemand qui fera la célébrité du compositeur. Deux coups de timbales pianissimo, quelques mesures des bois puis très vite le violon soliste développe le thème. La beauté du chant du violon ,une réplique de Stradivarius datant de 1709, nous séduit d’emblée. La virtuosité de Thomas Lefort est manifeste dans ses croches en doubles cordes. Cette ballade sentimentale conduit à un 2ème mouvement très émouvant, très lyrique. Apparaît alors la grande sensibilité du soliste, sa musique parle à notre âme. Avant que l’auditeur ne soit emporté dans les rythmes dansants du mouvement final.
La violoncelliste canadienne Luka Coetzee a débuté les concerts à 11 ans. Lauréate à 18 ans du prix Pablo Casal, elle mène à 22 ans une carrière déjà bien remplie et a commencé l’enseignement. Ce soir elle va nous enchanter avec son violoncelle. Dans Le silence des Bois d’Anton Dvorak, elle nous transmet parfaitement la rêverie mélancolique du compositeur tchèque et la musique devient un poème en hommage à sa chère Bohème. Luka Coetzee enchaîne avec Les airs bohémiens de Pablo Sarasate. Ceux sont des Czardas, des danses hongroises et tziganes aux rythmes envoûtants. Elles s’interrompent pour un moment de grande mélancolie, la musique exprime vraiment l’âme du peuple tzigane. Avant que ne reprennent les danses endiablées, car il faut danser quoi qu’il arrive !
Il est calme, élégant, grand, très grand même. Pourtant avec la Totentanz de Liszt, le pianiste allemand Dominic Chamot va affronter une des pièces les plus difficiles du répertoire. Des accords brutaux, une avalanche de notes nous surprennent puis le piano et l’orchestre reprennent le thème médiéval du « Dies Irae ». La musique est sombre, chaotique. Le piano introduit un 2ème thème grimaçant, sarcastique, c’est « la musique du diable ». Elle laisse la place à un solo de piano, un moment de recueillement, une prière douloureuse et émouvante. Avant que ne reprenne la danse infernale. Cette musique est incroyable par sa rythmicité, par sa modernité. Liszt était un précurseur ! Et la performance pianistique de Dominic Chamot est époustouflante !
Amandine Sanchez n’a que 21 ans, elle mène déjà une carrière remarquée en particulier dans le baroque. Elle est soprano colorature, comme en témoignent son aisance, son apparente facilité, dans les notes très aiguës et les vocalises. Elle incarne un automate dans Les Oiseaux dans la charmille extrait des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach. Elle chante avec légèreté, douceur, drôlerie quand elle imite les oiseaux, ce qui semble beaucoup amuser J. Cl. Casadesus.
« Oh que mon âme est lasse. Pourquoi me réveiller ? » Le ténor Kevin Ariel chante Werther, un extrait de l’opéra de Jules Massenet d’après le roman de Goethe. Sa voix est puissante, l’intensité dramatique est frappante, il nous fait vraiment vivre « Les souffrances du jeune Werther ».
Ensemble ils chantent Ton cœur n’a pas compris le mien, un duo amoureux tiré de l’opéra Les pêcheurs de Perles de Georges Bizet. Kevin Ariel y incarne la tragédie de l’amour impossible, Amandine Sanchez y répond avec douceur et tendresse.
Au terme de ce festival, au terme de ce long concert, nous retiendrons les paroles réconfortantes du Maestro sur la musique qui a été tout pour lui, tout au long de son exceptionnelle carrière : « la musique défend notre part d’humanité, elle est la thérapie de l’âme ». Il faut donc la promouvoir, comme lors des Étoiles du classique.
Visuel © : JMC