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« Jadis et Naguère » : la chanson dans l’Histoire, par Les Lunaisiens

par Helene Adam
24.05.2026

Le baryton Arnaud Marzorati sort avec ses Lunaisiens un nouvel album consacré à la chanson française et à son ancrage dans l’Histoire, mettant en scène de nombreux personnages célèbres, croqués au fil des temps. Véritables petits récits qui en disent long sur leur époque, ces airs sont magnifiquement servis par les chanteurs et les instrumentistes parmi lesquels le ténor Cyrille Dubois toujours au service de la belle diction française. Arnaud Marzorati nous explique sa démarche.

Bonjour cher Arnaud nous nous étions rencontrés ici même en novembre 2024 pour votre album « la comédie humaine chansons balzaciennes ». Toujours avec les Lunaisiens, vous sortez un nouvel album qui porte le titre romantique « Jadis et Naguère », excitant notre curiosité comme chacune de vos productions !

Rappelez-nous l’originalité de votre démarche, la chanson ? Avec une petite formation d’instrumentistes et de chanteurs que vous avez baptisés d’un nom charmant !

 

Mon ensemble ce sont « Les Lunaisiens », nous nous sommes placés sous la protection de Raymond Queneau qui a évoqué ce nom pour nommer « les habitants de la lune » comme il disait. Pour moi cela signifie une démarche d’investigations, de prospection vers quelque chose de dissimulé. C’est un peu comme aller voir la face cachée de la lune, ce qui est d’actualité, c’est la « mission Artémis » de la voix, on a toujours de nouvelles œuvres à découvrir dans des domaines inexplorés et cette fois c’est le répertoire de la chanson historique qui est l’essentiel de cet album.

Dans ce travail de discographie entrepris depuis quelques années consacré à la chanson, l’objectif est d’aller sur différentes thématiques. On a toujours raconté des histoires et là on se met à raconter la « grande » Histoire avec un « H » majuscule.

 

Formidable idée, et quelle période couvrez-vous ?

On commence à Pharamond, un roi mythologique, qui pourtant, si j’ai bien compris, n’a jamais existé ! Pourtant la croyance en son existence a perduré jusqu’au milieu du 19ème siècle. En fait son « existence » permettait de se donner des origines possiblement autres que romaines, puisqu’il était censément l’ancêtre des rois mérovingiens. Une sorte de chainon manquant bien commode !

J’étais assez interpellé par ce Pharamond (que l’on retrouvera dans la chanson éponyme dans cet album). Malgré sa non-existence, il est fêté dans pas mal de chansons. Et on va jusqu’à avant la Révolution française puisque le thème de la Révolution, je l’ai déjà évoqué dans plusieurs albums. Cela me paraissait assez pertinent de m’arrêter juste à cette limite. Et cela permettait de couvrir de nombreuses périodes différentes.

 

 

Quel type de thèmes retrouve-t-on dans ces chansons « historiques » ?

Ce sont des thèmes en référence avec une personnalité célèbre, en vue, une pensée, des personnages importants de la littérature. Je pense aux œuvres du poète Abélard ou à Cazotte avec son « Château des Ardennes ». J’ai pris plaisir à découvrir toutes ces chansons extraordinaires, qui sont de véritables petits récits épiques qui en disent long sur le contexte dans lequel ils ont été écrits.

 

 

Ce sont des thèmes plutôt satiriques ou poétiques ?

Il y a évidemment une très importante dimension satirique. Y a-t-il de la poésie ? Cela se discute. Disons que l’aspect poétique est plutôt une manière d’écrire, c’est rimé, il y a des pieds mais l’objectif n’est pas la poésie à la Verlaine. On est davantage dans quelque chose de volontairement très satirique qui traduit une évidente manifestation de résistance typique de l’époque.

Je pense en particulier à ces chansons autour de Louis XIV que je trouve intéressantes et qui nous révèle ce qui est souvent caché. Côté baroque on rencontre surtout la gloire du roi à travers l’art. Soudainement avec ces chansons on voit la face cachée de ce règne. Par exemple la « colère de la Montespan », une chanson témoin de la fureur de la dame lâchée par le Roi, qui lui préfère la Maintenon. Le souverain s’en trouve peut-être plus pieux dans cette relation. C’est une chanson de fin de règne où dès 1715 l’on voit des critiques du Roi,- auparavant cela aurait été considéré comme crime de lèse-majesté- et l’on se rend compte concrètement comment le peuple a souffert sous ce règne. Et cela me parait important de le rappeler, même si ce ne sont pas des chansons écrites par le peuple ou populaires circulant essentiellement oralement. Pourtant cela évoque des situations et des idées que l’on ne retrouve pas dans le reste de la musique officielle qui est très révérencieuse.

 

 

Nous ne sommes pas dans l’oralité, précisez-vous, donc nous nous demandons avec curiosité : qui écrit, qui compose ?

C’est souvent une élite de la bourgeoisie voire des nobles mêmes. Je pense à ce Maurepas, exactement Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas qui écrivait des épigrammes, des chansons, des « textes libres » très irrévérencieux. Ce sont des textes critiques contestataires souvent produits de la noblesse donc en fait de la classe dirigeante contestataire en quelque sorte. Les récits circulent mais restent souvent anonymes et qui sont mis en musique par d’autres.

 

 

Et qui véhicule ?

C’est une démarche littéraire intellectuelle et d’édition. Ces textes se retrouvent dans des ouvrages et ils vont être lus puis chantés sur la base de mélodies populaires et ils se diffusent de cette manière. On peut parler de chansonniers mais à cette époque, non je n’y crois pas trop. Ce sont plutôt des lectures dans des salons puis des évocations avec une mélodie connue. Globalement plus tard cette manière de chanter ensemble vient vers 1720 et quelques avec la Société du Caveau, une société bachique chantante, sorte de salon littéraire qui se réunissait dans un cabaret de la Rue de Buci, fondée par Pierre Gallet.

C’est un peu comme cela qu’ont commencé à chanter en groupe ces traditions de la chanson, du texte chanté, et cela ira ainsi jusqu’au 19ème siècle avec celui que je défends toujours, le fameux Béranger, qui, je le rappelle, était chansonnier alors qu’il ne chantait pas et ne composait pas la musique. Pourtant il était chansonnier ! Ce qu’on a toujours du mal à imaginer ! On peut bien sûr aussi rappeler le rôle d’un autre chansonnier, Désaugiers. Nous leur avions rendu hommage lors du précédent album.

Et il s’agit d’être à la fois conteur et chanteur car on raconte une véritable histoire !

 

 

Quelles sont vos sources, comment retrouver les documents ?

Nous avons bénéficié de trois sources très riches : tout d’abord nous avons puisé dans un très bel ouvrage traitant de la chanson dans l’Histoire de France, pas celle de Michelet mais celle de France Vernillat et Pierre Barbier, qui, en 1982, ont publié une « Histoire de France par les chansons » qui en dit aussi long sur l’Histoire que sur sa perception, laissant autant de place à la satire qu’à la poésie. Depuis longtemps je me disais que je pourrais donner une pâte artistique à ce travail remarquable même s’ils ont eux-mêmes enregistré de petits extraits. J’ai voulu un systématiser ce travail de découvertes.

Ensuite, nous nous sommes inspirés des archives de la Société du Caveau créée par le chansonnier et auteur dramatique Pierre Gallet, connue sous le simple nom du « Caveau » cette société bachique, littéraire et chantante qui se réunissait régulièrement dans un cabaret de la rue de Buci. Quand on est passionné de l’histoire de la chanson, on peut retrouver facilement tout cela. Édité en 1873 par la Quatrième société du Caveau, nous y avons notamment déniché un cycle de chansons évoquant des femmes célèbres et des rois de France.

Enfin, un autre livre de chansons populaires nous a été précieux avec l’intervention d’un éditeur à une époque (de la fin du dix-neuvième) où l’on ressent l’importance de préserver le patrimoine, y compris celui de la chanson française.

C’est celui conçu par l’éditeur Henry Louis Delloye, qui, en 1843, redécouvre les grands classiques de nos chansonniers. Delloye dit de son ouvrage, et des chansons qu’il contient, qu’il prend sur le fait « les mœurs, les usages, les opinions, les travers de chaque époque ». L’esprit chevaleresque y est ainsi glorifié dans la Chanson de Roland de 1804 (sur une musique de Méhul).

Dans ce même registre, Le vieux château des Ardennes est une ballade fantastique écrite en 1788 par le poète Cazotte, également romancier du Diable amoureux. Cette célèbre complainte, pleine de fantômes, fut chantée au fils de Louis XVI, deuxième enfant du couple royal, décédé en 1789.

Certains harmonistes du conservatoire de Paris, des arrangeurs se mettent également à orchestrer ces chansons pour qu’elles soient interprétées. C’est une sorte de bascule qui leur donne une pérennité, cela nous ramène à l’opéra-comique, à Offenbach, on chante, on parle, on s’en amuse. C’est une transformation de la chanson qui devient disponible pour être chantée en s’accompagnant au piano. Pour nous, cela les appauvrit car cela les réduit à une coloration « dixneuvièmiste » mais cela n’empêche pas d’y trouver un intérêt d’évolution historique.

Vous parlez de restauration musicale ?

Absolument. Il y a un double jeu de mots je fais appel à des musiciens de culture baroque mais nos musiciens d’aujourd’hui aiment tous les répertoires et n’aiment pas se faire cataloguer. Les frontières entre les répertoires sont relatives. J’ai fait appel à leur culture de la basse continue, de l’accompagnement de la mélodie, en réinventant d’autres aspects musicologiques, en restaurant, oui c’est le bon terme. On est un peu des archéologues à la Indiana Jones, on s’amuse, on cherche le Graal tout en sachant qu’il n’existe pas.

On ne peut parler d’authenticité absolue, on cherche plutôt à retrouver notre histoire, d’où le terme de restauration, on veut que notre langue française retrouve ses diverses racines (sans en rester au latin). On respecte mélodies et textes du moment qu’on les a retrouvés.

 

 

Quelques chansons « notables » de cet album ?

Je citerai à nouveau l’une de mes préférées, « Vieux château des Ardennes » : c’est comme un film d’horreur mais cela a été chanté à un des fils de Louis XVI et composé pour lui. On imagine l’ambiance, aujourd’hui si on proposait un tel thème ainsi traité! La chanson dure treize minutes et j’ai dû couper des couplets avec une mélodie style complainte qui se répète ainsi « hélas ! Ma bonne hélas ! Que j’ai grand ‘peur », et qui commence par « Tout au beau milieu des Ardennes/Est un château sur le haut d’un rocher/Où fantômes sont par centaines/Les voyageurs n’osent s’en approcher… ». Vous imaginez de nos jours une berceuse de ce type ? Tout y passe, les monstres, les animaux féroces, les cris de peur…

Mais on peut citer également « La mort de la Palice » de Bernard de la Monnoye, qui traite de la mort de façon moqueuse avec ce fameux refrain qui a donné son nom à une fameuse locution « Un quart d’heure avant sa mort/Il était encore en vie » ou ces chansonnettes insolentes comme « naissance du dauphin ».

Et puis « Colère de Montespan » déjà citée, est franchement amusante !

 

 

Vous avez à nouveau fait appel au ténor Cyrille Dubois pour interpréter avec vous, une bonne partie de cet enregistrement ?

Oui absolument, pour moi c’est l’exemple même du beau chant. Il a l’intelligence du texte, le sens de la belle narration, une diction parfaite, une expressivité naturelle. Il sait mettre sa technique de chanteur d’opéra au service de la chanson. Il est capable de beaucoup diversifier la palette de ses talents. Et comme il a débuté, enfant, dans une maitrise, il a l’habitude de chanter en groupe. Et nous nous entendons bien, je n’ai pas de difficulté à chanter avec lui. Je trouve qu’il ose faire énormément de choses différentes avec sa voix et c’est toujours bien vu, et réussi. C’est un plaisir de travailler avec lui.

 

 

Votre soprano Jenny Daviet est moins connue du grand public ?

Oui je l’ai rencontrée lors d’un projet que j’avais à l’opéra de Rouen pour la troupe de jeunes chanteurs où elle était. On a sympathisé, c’est une complice. Elle vient de l’univers de la musique contemporaine. Chanter avec moi représente donc une expérience totalement différente pour elle, elle n’a plus besoin d’être au quart de croche près, elle peut se lâcher pour raconter une histoire en y mettant le ton. Elle fait partie des chanteurs qui ont un véritable talent de narrateur !

 

L’album sort le 22 mai sous un nouveau label Seulétoile ?

Oui nous avons fait le pari de s’associer à un jeune label à l’heure de la crise des albums qui ne se vendent pas très bien ! C’est un enregistrement de grande qualité avec voix, instruments mais aussi une palette de sons, sortes de bruitage qui traduisent le contexte de la chanson et forment une atmosphère.

 

D’autres projets ?

J’ai des projets avec les enfants où j’écris des chansons et des musiques. Cela s’appelle « Le cerveau de Voltaire ». Je suis parti d’une légende qui raconte que des morceaux de cerveau de Voltaire se trouvent conservés en dehors de sa sépulture. J’imagine alors qu’avec l’aide de IA, on fait revivre ce grand philosophe et tous ceux qui l’ont côtoyés ! Et finalement leurs écrits témoignent de leur grandeur intellectuelle de manière autrement intéressante que ce que peut produire l’IA !

J’ai aussi en projet un petit oratorio pour chœurs d’enfants « Mytho mais pas trop », qui a pour objectif de raconter l’Iliade et l’Odyssée en permettant aux enfants d’être des super-héros.

Et on nous retrouvera au musée d’Orsay pour commémorer Monet, le spectacle s’appellera « Les tubes de Monet » !

Merci beaucoup Arnaud Marzorati de nous avoir présenté votre démarche ! 

 

 

L’album :

Très varié, l’album regroupe toutes sortes de chansons, interprétées le plus souvent à trois, les chanteurs se répondant dans une sorte de mise en scène vocale très soignée et très agréable à écouter. L’on reconnait certains airs populaires (Malbrouht va en guerre dans le désopilant Héloise et Abelard), l’on plonge dans l’Histoire très près du trône à différentes époques (Louis XI, Henri IV, Louis XIV) mais aussi dans des récits épiques fascinants de richesses narratives.

Les voix d’opéra des trois artistes s’entremêlent avec bonheur, l’art lyrique apportant sa pierre à la chanson légère, en donnant une dimension théâtrale et très souvent drôle à ces petits récits picaresques.

Avec :

Arnaud Marzorati, direction artistique, baryton

Jenny Daviet, soprano

Cyrille Dubois, ténor

Chœur Audomaria, dir. Adélaïde Stroesser

Claire Ombeline Muhlmeyer, flûte à bec, saqueboute

Noé Bécaus, viole de gambe

Pernelle Marzorati, harpe

Valentin Seignez-Bacquet, violon

Thomas Vincent, guitare baroque

Christophe Tellart, vielle à roue, flûte à bec, cornemuse

Jadis et Naguère, album, label Seulétoile, sortie le 22 mai 1016 

Arnaud Marzorati, Cyrille Dubois et Jenny Daviet

Visuels : ©LesLunaisiens