Trois romans policiers pour trois pays : l’Islande, la France et les Etats-Unis. Des enfants qui se font du mal entre eux. Des enfants auxquels les adultes font du mal. Et un ancien shérif qui prend ses marques en tant que gardien de pénitencier.
Il n’est plus à prouver que l’Islande est une terre féconde dans le domaine du roman policier. Arnaldur Indridason a beau avoir longtemps régné en maître, de petits nouveaux se sont fait un nom. Et s’ils n’égalent pas les qualités stylistiques de l’auteur de La Cité des jarres, J. Ragnar Jónasson, Satu Rämö, Yrsa Sigurdardottir et Eva Björg Ægisdóttir sont à suivre. Cette dernière, dont le dernier roman, Avant que tombe la nuit, vient de paraître à la Martinière, a mis en scène plusieurs fois l’inspectrice Elma. Les Enfants qui blessent, quatrième tome des enquêtes d’Elma (que l’on peut tout à fait lire de façon indépendante), est maintenant disponible en poche. On y suit Elma et son collègue Hördur enquêter sur le meurtre de Thorgeir, assassiné dans son chalet de la vallée de Skorradalur, à l’ouest de l’Islande. Des rares indices conduisent à une suspecte introuvable… Mais tout semble surtout converger vers une tragédie vieille de vingt-cinq ans, le décès soi-disant accidentel d’un adolescent lors d’un camp de vacances. « Pourquoi les adolescents sont-ils capables de se montrer aussi violents, voire parfois purement et simplement barbares ? » se demande Elma. Véritable page-turner, Les Enfants qui blessent, construit de façon intelligente et composé de personnages bien campés, nous entraîne dans une intrigue intime dominée par des enfants violents et violentés.
Les Aventures d’Alice au pays des merveilles, dont on fêtait l’an dernier les 160 ans, peut se targuer d’avoir donné naissance à l’un des chefs-d’œuvre méconnus de la littérature policière. Auteur touche à tout, Fredric Brown, en 1950, avait publié La Nuit du Jabberwock dans lequel on suivait les aventures de Doc Stoeger confronté à l’univers de Lewis Carroll. Autant dire que Dans le terrier du lapin blanc intrigue, après les deux succès précédents de son auteur (Numéro 17 et Le Grand effondrement). Sébastien Le Jean imprègne en effet lui aussi un meurtre qu’il met en scène de l’univers d’Alice au pays des merveilles. Deux enquêtes au départ indépendantes (la disparition d’une petite fille dans le Jura et le meurtre d’un homme à Paris) vont bien sûr se recouper. Par chapitres courts et grâce à un sens du puzzle bien maîtrisé, Sébastien Le Jean nous parle de sujets d’actualité peu ragoutants (comme il le faisait d’ailleurs dans les deux livres précités) : complotisme, pédophilie, réseaux sociaux, etc.
Souvent, l’arbre cache la forêt. Ils sont nombreux, ces auteurs dont la réputation d’un livre masque la qualité des autres. Car si R.J. Ellory a publié plus d’une quinzaine de romans, Seul le silence est constamment cité, véritable chef-d’œuvre. Pourtant, à lire le dix-septième roman de l’auteur américain publié en France, Everglades, force est de constater les qualités et les thématiques qui parcourent ces polars baignés de tristesse. Il y a d’abord ces marécages qui baignent le roman d’une ambiance poisseuse. En 1976, on y suit le shérif adjoint Garrett Nelson, bien obligé de quitter son poste à la suite d’une blessure par balle, rejoindre la prison de Southern State en tant que gardien. Il y découvre les dures lois implicites de l’univers carcéral et les exécutions. Célibataire sans enfant, Nelson est seul face à ses questions existentielles. Sa rencontre avec un jeune Noir condamné à mort mais peut-être innocent le fait douter profondément (impossible de ne pas penser à La Ligne verte de Stephen King). Encore une fois, un grand roman d’un grand auteur.
Les Enfants qui blessent, Eva Björg Ægisdóttir, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün, Points Policier, 432 pages, 9,90 €
Dans le terrier du lapin blanc, Sébatien Le Jean, Points Policier, 240 pages, 8,70 €
Everglades, R. J. Ellory, traduit de l’anglais par Etienne Gomez, Le Livre de poche, 544 pages, 9,90 €
Visuels : Couvertures des trois livres