Pascal Picq est paléo-anthropologue. Dans son ouvrage: « Anthropologie des violences faites aux femmes au 21ème siècle » il analyse toutes les formes de violences sexistes et sexuelles survenant dans la sphère privée comme dans l’espace public. Il en précise les causes et les conséquences au long cours.
Quel sera l’avenir de l’humanité si, au 21ème siècle, les femmes sont en danger ? Pascal Picq le déplore dès le début du livre : pour Homo Sapiens le constat est sombre. Nous nous rapprochons des espèces de primates les plus coercitives. L’universalité des violences sexistes et sexuelles (VSS) le montre: le problème est systémique, caractéristique de notre espèce.
Dans le monde animal, les violences sexuelles sont courantes mais très variables d’une espèce à l’autre. Elles ne sont pas inéluctables comme le montrent les bonobos ! L’évolution des VSS n’a pas été linéaire: l’aggravation du patriarcat et des VSS remonteraient à la sédentarité, au développement de l’agriculture, à l’accumulation des richesses. Elles se sont aggravées à partir de la renaissance jusqu’au début du vingtième siècle qui a vu une amélioration partielle de la condition féminine, surtout après la 2ème guerre mondiale.
L’auteur analyse de manière très détaillée et chiffrée toutes les formes de VSS, au domicile conjugal, dans l’espace public, au travail. Certains chiffres sont effrayants : l’ONU a recensé, en 2024, 87000 féminicides, 47 % des femmes aux USA ont subit dans leur vie un harcèlement sexiste ou une « attention » sexuelle non désirée au travail. L’impunité est massive : toujours aux USA elle concerne 97,5 % des actes d’harcèlement sur la voie publique et 85 % des viols. Les comparaisons internationales sont nombreuses et plutôt favorables à l’Europe.
96 % des condamnations pour violences sont le fait d’hommes. Pour l’auteur il s’agit un fait biologique. Néanmoins les causes génétiques ou hormonales ne sont que des vulnérabilités. Les VSS s’enracinent dans le patriarcat. Les causes socio-économiques sont des facteurs aggravants mais n’expliquent pas tout. Les facteurs épigénétiques favorisent la transmission inter-générationnelle.
Pascal Picq expose longuement les conséquences des violences faites au femmes. Le coût est massif, sur la santé, sur l’économie avec baisse de la productivité. Il entraîne un déséquilibre démographique qualitatif (il « manquerait » 90 millions de femmes dans le monde, de par les avortements sélectifs). Les VSS ont aussi un impact quantitatif sur la démographie. La chute de la natalité serait aussi un refus du «natalisme» patriarcal. L’auteur termine l’ouvrage par des recommandations détaillées : elles passent entre autres par la prévention et l’implication des hommes.
Pascal Picq pose sur les violences faites aux femmes un regard anthropologique et « évolutionnaire » c’est à dire qu’il privilégie le temps long. Il le reconnaît, l’anthropologie occidentale et les études sur la préhistoire ont été affectées par un biais idéologique patriarcal. La bibliographie est fournie, les données chiffrées très abondantes, le livre, s’il peut parfois paraître ardu, est aussi un document de travail. Les causes des violences faites aux femmes sont multiples, complexes enchevêtrées, leur traitement nécessite une approche multi-systémique , intersectionnelle.
Cet essai très documenté est aussi un livre engagé, frappant par ces formules chocs : il parle des VSS comme « d’un cancer masculin, un cancer anthropologique avec métastases ». Alors qu’elles n’apportent aucun avantage adaptatif, même pour les hommes. Pour Pascal Picq la survivance du patriarcat est devenu dysfonctionnelle dans un monde économique, largement investi par les femmes, privilégiant collaboration et coopération. Éliminer les violences faites aux femmes doit impliquer toute la société. Même si des progrès ont été accomplis, l’égalité homme femme reste un enjeu ontologique. Pour cela, la révision de l’ordre symbolique masculin est un enjeu éducatif majeur.
Pascal Picq a écrit un livre de référence sur les violences faites aux femmes dont la lecture est hautement recommandable.
Pascal Picq, Anthropologie des violences faites aux femmes au 21ème siècle, éditions Odile Jacob collection sciences humaines, 416 pages, 24,9 euros, sortie le 13 05 2026.
Visuel © : couverture du livre, éditions Odile Jacob