«Possédés» est le premier roman de Lætitia Faure. A la naissance de sa fille, Lætitia, revient sur son enfance souvent malheureuse dans une famille dysfonctionnelle sous l’emprise envahissante de la religion.
À la naissance de sa fille, Lætitia décide de ne plus jamais parler à son père, pour se protéger, elle et sa fille. Elle se retourne alors sur son passé, il lui fallait comprendre pour survivre. La narratrice nous livre cette longue confession, découpée en petits chapitres au gré des souvenirs qui lui reviennent peu à peu. Elle a grandi dans une belle villa à Cannes, a été scolarisée à Stanislas, le «meilleur» collège privé de la Côte d’Azur. La religion catholique était omniprésente. «La famille aimait Dieu et nous étions trimbalés de lieux saints en pèlerinages», jusqu’en Bosnie-Herzégovine. Mais sous ce vernis, sous cette coupole d’excellence factice, rien ne va. Si la mère, jeune, incarnait la grâce, le père, un professeur de yoga, était un peu «cow-boy». Pour sa fille, il était insondable, impénétrable. L’insécurité régnait dans la famille: la peur du manque débordait de partout, les huissiers rodaient autour de la maison. On évoquait des secrets de famille derrière des portes closes. Les murs de la villa suintaient la violence, celle du père était physique, celle de la mère plus insidieuse, surtout psychologique. Elle ne sera jamais protectrice et après son divorce elle va «s’évaporer», se réfugier dans une religion de plus en plus irréelle. Alors que la présence intermittente du père reste écrasante.
«Possédés» est un premier roman de lecture agréable, au style fluide. Lætitia Faure est souvent drôle avec beaucoup d’anecdotes savoureuses. Elle manie l’humour et l’autodérision avec talent. Elle est sévère, corrosive vis-à-vis de tous les «thérapeutes» ou autres marchands de bonheur qu’elle a consultés pour atténuer son mal de vivre. Peu à peu elle distille avec talent le doute, le soupçon sur le dérèglement familial, nous révélant qu’ elle a été une enfant triste, invisible, jamais entendue. Elle explique ainsi son insécurité affective adulte, son mal de vivre, voire sa dépression.
Les personnages du père et de la mère sont «des parents terribles». Le père est autoritaire, égocentrique, violent, instable, plus psychopathe que cow-boy. La mère a été démissionnaire, puis déconnectée de la réalité : « On parle de sa foi profonde, mais parfois cela frôle la folie!» Aux traumatismes d’une famille dysfonctionnelle s’est ajouté le poids écrasant, envahissant de la religion. La famille avait une religiosité clinquante, privilégiant le spectaculaire, la pensée magique, à la limite de la secte et du charlatanisme. Lætitia Faure nous montre aussi la difficulté de s’extraire d’un tel système familial et religieux. Enfant, elle souffrait d’un sentiment d’emprisonnement. Lorsque, tardivement, elle retrouve des souvenirs d’agressions sexuelles dans son enfance, par son cousin, sa mère ne réagit pas. Elle reste inerte, indifférente aux souffrances de sa fille. Les interrogations laissent alors la place à la révolte…
Ce livre dénonce les violences intrafamiliales, il relate de manière convaincante les dérives d’une éducation autoritaire et les méfaits de la religion lorsqu’elle transforme ses adeptes en «Possédés».
Notre dossier rentrée littéraire
Lætitia Faure, Possédés, éditions Seuil, 304 pages, 21,5 Euros, sortie le 28 08 2026
Visuel ©: couverture du livre, éditions Seuil