Que reste-t-il de nos luttes après le relatif échec de celles-ci ? C’est la question que pose Lili Sohn à propos de l’opposition au Grand contournement ouest.
Bien des années plus tard, en septembre 2024, la scénariste et dessinatrice Lili Sohn revient à Kolbsheim, petit village d’Alsace où elle a grandi. Cela fait vingt ans qu’elle n’y a pas mis les pieds. « Et même si ce n’était pas dans mes plans, revenir, c’est partir en introspection. Et j’ai très peur de ce que je vais trouver. » Invitée par le festival 10 jours vers le futur, Lili Sohn réapprend à connaître son village et ses habitants. Surtout, elle se plonge au cœur même du conflit qui a donné naissance à cette manifestation. Car beaucoup étaient opposés au Grand contournement ouest (GCO), cette autoroute payante qui contourne Strasbourg sur 24 km. Une solution soi-disant pour désengorger le trafic vers Strasbourg. Mais, à y regarder de plus près, le projet mené par Vinci servirait surtout à récupérer les camions qui passent normalement par l’Allemagne, et leur éviter de payer l’écotaxe allemande…
L’autrice rencontre ainsi l’ancien maire de Kolbsheim, Dany, et la pasteure du village, Caroline. Si celui-ci n’est au départ pas défavorable au projet, la prise de conscience se fait peu à peu. En 2003 naît le collectif « GCO non merci » qui réunit écologistes, habitants du village, paysans, etc. Les actions se multiplient, toutes non-violentes. Les recours devant les différentes juridictions affluent, sans que rien n’aboutisse vraiment… Finalement, le GCO est tout de même construit… L’ancien maire de Kolbsheim conclut que « l’objectif est perdu mais pas la lutte ! Notre petit village a réussi à retarder de plus de 10 ans la construction de cette autoroute ! Ce n’est pas rien, nous pouvons être fiers et nous avons tellement appris ! ».
Mon village révolté se présente comme un journal intime, un carnet et une enquête journalistique. Avec ses couleurs vives, l’album interroge les acteurs du conflit (on aurait peut-être aimé un peu plus d’équilibre dans les points de vue). Avec une grande pédagogie, la BD se permet des encarts sur la non-violence, l’écotaxe, la faune et la flore alsaciennes, les mesures compensatoires, etc. Tous ces éléments font de Mon village révolté un album engagé, politique et instructif.
Mon village révolté, Lili SOHN, Delcourt, Encrages, 288 pages, 25,95 €
Visuel : © Couverture de l’album