Pour sa première bande-dessinée Le Spa, l’autrice-illustratrice – mais aussi podcasteuse et DJ -, Maïa Neel offre une immersion totale dans son univers aussi touchant qu’intelligent, mais surtout hilarant ! Alors que le deuxième tome est déjà en création, le premier Spa suit Marnie à travers ses doutes, ses angoisses, ses rêves et son amour naissant pour des séances de spa… des plus particulières !
Dès l’ouverture du roman graphique, Marnie se fait traîner de force par ses deux meilleures amies à une séance de spa, mais alors que le caisson sensoriel se ferme, un doux mélange de kombucha, de pets et de lâcher-prise l’emporte bien plus loin que prévu. Dès lors, les mondes cachés de cette réalité parallèle dévoilent une multitude envoûtante de personnages et d’activités toutes plus étranges et plaisantes les unes que les autres.
Le trait de Neel, léger et loufoque, pulule de références : l’imaginaire de la Gen Z traverse le récit – comme ces deux index qui se touchent pour traduire la gêne -, Titanic, Alice au pays des merveilles ou encore des références cachées dans les pages de journaux qui ponctuent les scénettes et enrichissent la légende du spa.
Avec Marnie, l’autrice déploie une figure touchante et accessible grâce à une palette de mimiques corporelles et langagières particulièrement justes. Mais derrière le refuge du spa et de ses merveilles, apparaissent peu à peu des recoins plus sombres.
Alors que les séances de spa deviennent une addiction dans laquelle Marnie s’abandonne, et que la métaphore de la fuite dans un monde fictif s’impose, le sous-texte politique et capitaliste apparaît alors clairement.
Si les séances s’apparentent à de véritables trips – soirées feu de camp avec un lutin, yoga avec une prof déprimée, shopping illimité, liberté totale – l’univers du spa est en vérité contrôlé par the Healer, une sorte de gourou médical, dont la figure est placardée dans toute la dimension parallèle.
À l’image de la notion de capillarité du pouvoir développée par Foucault dans Surveiller et punir, décrivant la manière dont le pouvoir dominant infiltre les corps et éloigne les individus du collectif par une somme de divertissements individuels : dans Le Spa, the Healer et son pouvoir se déploient de la même façon. Le caisson sensoriel et son drôle de cocktail chimique s’insère dans les pores du corps détendu/détenu.
Là où the Healer vend une version marchande du bien-être, Neel réinscrit le care dans le collectif et dans les liens humains. Marnie, ses amies et son amoureuse – rencontrée et sauvée dans les tréfonds du spa – se construisent un cocon dans leur réalité, partageant leurs réflexions, leurs problèmes et leurs espoirs, pour prendre soin de leurs relations et de leurs passions respectives.
Alors que le bien-être est érigé par les réseaux sociaux au travers de la skincare, du développement personnel et de l’optimisation de soi, l’autrice détourne avec humour ces logiques consuméristes et capitalistes, pour réinvestir les espaces de soin militants et relationnels.
Visuel : © page de couverture
Le Spa, en librairies et en commandes sur le site de la ville brûle.