La Fondation Louis Vuitton propose jusqu’au 16 août 2026 l’exposition « Calder, Rêver en équilibre ». Une étroite collaboration avec la Calder Foundation à New-York a permis cette grande rétrospective consacrée à Alexander Calder (1898-1976).
Deux anniversaires sont à l’origine de l’exposition. Le cinquantième anniversaire de la disparition de Calder et le centième de son arrivée à Paris, lorsqu’en 1926 il s’installe à Montparnasse, le premier foyer artistique mondial. Le visiteur va découvrir une grande exposition avec plus de 300 œuvres réparties sur toute l’étendue de la fondation jusqu’à sa pelouse. Les vastes salles mettent en valeur les œuvres de Calder qui peuvent pleinement investir l’espace. L’exposition rend indirectement hommage à Frank Gehry, architecte de la fondation Louis Vuitton, récemment décédé à 96 ans passés.
Les commissaires ont choisi un parcours chronologique. Les explications sont claires et le visiteur pourra approfondir devant une grande fresque chronologique située entre le 1er et le 2éme étage. Alexander Calder était partie prenante de l’avant-garde artistique parisienne et quelques tableaux de Picasso, Kandinsky, Miro s’intercalent entre les œuvres de Calder. Avec Paul Klee et Fernand Léger les correspondances sont frappantes. Une salle est consacrée aux photographies de l’artiste. C’est une très bonne idée, car elles nous rapprochent de Calder que l’on voit ajustant ses mobiles, travaillant dans son atelier, inaugurant une exposition ou même jouant au billard.
Le Cirque Calder revient à Paris. A son arrivée à Montparnasse, tout a commencé par ce cirque miniature. Ses cavaliers, ses acrobates, ses animaux vont attirer public et artistes. Calder vient d’inventer la performance en art. Il interagît avec le public en manipulant lui-même ses marionnettes. Il se situe à la croisée de la sculpture, du cabaret, du théâtre. Ses trapézistes, avaleurs de sabre, clowns et divers animaux sont exposés dans de belles vitrines. L’éclairage est tamisé, la musique évoque une ambiance de fête foraine, nous sommes invités au spectacle.
Alexander Calder est aussi devenu célébre grâce à ses sculptures en fil de fer. Elles sont figuratives, épurées, totalement innovantes et vont séduire la critique. Le sculpteur s’extrait de la masse, de la pesanteur donnant à ses objets une dimension aérienne inédite. Brass family est une pyramide humaine de sept acrobates, des corps athlétiques se dégagent force et légèreté. Dans Ball Player Calder réussit à saisir magnifiquement le mouvement des joueurs. Ses visages accrochés sur un mur blanc paraissent en apesanteur, ils communiquent avec leur ombre. Cet accrochage est très réussi.
Le début des années trente est décisif pour Calder. Il découvre l’abstraction en 1930 en visitant l’appartement de Piet Mondrian. Ses sculptures deviennent abstraites. Les mobiles, animés par le souffle de l’air, apparaissent lors d’une exposition en 1932, le terme a été inventé par Marcel Duchamp. L’exposition donne une large place à ces mobiles célèbres, emblématiques de Calder. Avec leur pureté, leur légèreté presque irréelle, ils remplissent les grandes salles de la fondation. Et la couleur apparait, comme le très beau rouge d’Object with Red Discs. Dans ses Poissons multicolores elles sont chatoyantes, réjouissantes. Dans une plus petite salle, les Constellations créent une véritable chorégraphie. Le visiteur pourra admirer Twenty Leaves and an Apple et le Bougainvillier un bouquet suspendu entre ciel et terre. IL souscrira à l’opinion de la critique d’art Gabrielle Buffet qui compare Calder à « un sculpteur de vent, un forgeron lunaire ».
Dans les vingt dernières années de sa vie, Calder réalise des Stabiles, de gigantesques sculptures métalliques d’extérieur, aux couleurs volontiers vives. Il s’agit souvent de commandes publiques qui s’intègrent dans les codes architecturaux de l’après guerre. La Grande Vitesse dédiée à la place de l’hôtel de ville de Grand Rapids est remarquable par son rouge éclatant et ses formes oblongues. Et le visiteur ne devra pas omettre d’aller voir les stabiles installés sur la pelouse de la fondation.
Cette rétrospective met aussi en valeur des aspects moins connus du travail de Calder. Il a eu une formation de peintre. Nous découvrons des peintures figuratives, des œuvres de jeunesse montrant déjà des scènes de cirque. Les peintures abstraites datent des années 30 puis des années 70. Les formes sont géométriques, les couleurs vives, chaudes, Calder était aussi un grand coloriste. Et puis il y a les bijoux, des colliers ou bracelets qui sont de véritables œuvres d’art influencées par l’art africain ou pré-colombien.
Calder était un artiste engagé. Il a quitté la France en 1933 mais revenu aux USA, il va aider des artistes menacés par les dictatures à obtenir un visa. Il revient à Paris pour l’exposition universelle de 1937. Il expose au pavillon de la république espagnole une sculpture abstraite Mercury Fountain en hommage aux mineurs d’Almaden. Les couleurs grises rappellent la mine, l’ancrage à la terre mais l’œuvre s’élève aussi vers l’avenir et l’espoir. On voit une maquette à l’échelle 1/3 et derrière la photographie de l’artiste et le tableau de Picasso Guernica. Le symbole est très fort.
La Fondation Louis Vuitton nous offre une belle promenade dans l’œuvre séduisante et apaisante de Calder. Alors ne boudons pas notre plaisir.
Calder, Rêver en équilibre Fondation Louis Vuitton, 8 Av du Mahatma Gandhi, Paris
Tous les jours sauf mardi, jusqu’au 16 Août 2026-04-16
Visuel : ALEXANDER CALDER, « Dispersed Objects with Brass Gong », 1948, Laiton, feuille de métal, fil de fer et peinture, 48,3 x 167,6 cm. Shirley Family Calder Collection, Promised Gift to the Seattle Art Museum. © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. Photo courtesy of Calder Foundation, New York / Art Resource, New York