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« Si tu penses bien… » de Géraldine Nakache : les fils invisibles de l’emprise

par Farah Malaoui
01.09.2026

Avec Si tu penses bien…, présenté au Festival du film francophone d’Angoulême 2026, la réalisatrice porte à l’écran un sujet grave, encore trop souvent invisibilisé : l’emprise conjugale.

La mécanique de l’emprise

Le titre contient déjà toute la mécanique du piège. Une injonction sournoise, en apparence bienveillante et raisonnable, mais qui signifie en creux : « si tu ne penses pas comme moi, c’est que tu penses mal ». Plutôt que de filmer les coups, Géraldine Nakache s’intéresse à la violence qui se cache derrière l’apparence de l’évidence. Geste après geste, remarque après remarque, elle s’installe insidieusement, fondue dans la banalité du quotidien. Jusqu’à faire germer le doute dans la tête de la victime et déplacer peu à peu les curseurs du raisonnable. À cette emprise vient s’ajouter une autre forme d’épuisement, beaucoup plus ordinaire et socialement admise : celui d’une mère de famille qui doit continuer à faire fonctionner le quotidien alors même qu’elle s’effondre intérieurement. Une sorte de burn-out domestique et social qui participe lui aussi à son isolement.

Une morale sur mesure

Dans le film de Géraldine Nakache, la religion participe de cet enfermement lorsqu’elle offre au prédateur une morale sur mesure pour justifier l’injustifiable. Dans ce registre, Niels Schneider est parfaitement infect et transmet ce qu’il faut d’effroi. Il est d’autant plus inquiétant que rien, chez lui, ne ressemble au monstre attendu. Moderne, séduisant, socialement accompli, il distille son poison dans des cadeaux soigneusement emballés. Face à lui, Monia Chokri impressionne par sa façon d’incarner cette lente dépossession de soi, sans jamais enfermer son personnage dans la posture de la victime. Une interprétation récompensée par le Valois de l’actrice au Festival d’Angoulême. À ses côtés, Clémentine Célarié apporte une présence tout aussi juste, à la fois forte et sensible, qui vient rappeler combien l’entourage peut être essentiel lorsqu’il s’agit de mettre des mots sur ce que l’emprise s’emploie précisément à rendre indicible. En installant ses personnages dans une certaine normalité, Géraldine Nakache filme sans grands effets ce qui permet justement à la violence de prospérer : les silences, les accommodements, les justifications et cette zone grise dans laquelle l’emprise parvient à se rendre presque invisible.

Sortie le 16 septembre

Valois de l’actrice pour Monia Chokri au FFA d’Angoulême