En compétition à la Quinzaine des cinéastes, et candidat à la Caméra d’or, « Gabin » de Maxence Voiseux fait un portrait plein d’amour et sur dix ans du dernier rejeton d’une famille d’agriculteurs du Nord.
A huit ans, Gabin est le petit dernier d’une famille du Nord où c’est maman qui s’occupe des vaches et où papa est boucher. Il est dernier au bercail, travaille ses devoirs avec sa marraine et aide l’un et l’autre comme il peut. Sauf qu’à force de voir sa mère trimer et ne pas s’entendre avec un papa âgé et introverti, il a bien envie de faire autre chose que fermier ou boucher… Il commence par prendre son autonomie en décidant d’étudier seul, avec pour rêve de travailler avec les chiens…
Tombé amoureux du personnage du grand-père de Gabin au marché aux bestiaux d’Arras, Maxence Voiseux filme cette famille depuis plusieurs années. Il leur a d’ailleurs déjà dédié plusieurs court-métrages. La beauté de Gabin, c’est qu’autour du petit garçon, en plein et en creux, c’est toute sa famille que l’on découvre, suit et imagine. C’est aussi tout un monde rural en évolution, avec une focale si précise et si juste qu’on évite de sombrer dans le passéisme, le jugement ou le cliché. La matière est dense, touffue, et on imagine l’infini travail de montage. On ressent combien chaque plan compte, chaque détail retenu a été choisi, pour éclairer les personnage d’une lumière généreuse, joyeuse, jamais voyeuse et toujours très profonde.
La générosité de ce premier long-métrage si mature réside dans son usage du temps. On suit Gabin sur 10 ans, avec une légèreté et un fondu enchaîné parfait. Il est le même et un autre, il grandit, il s’affirme, et nous le suivons avec une patience que nous n’avons pas dans la vraie vie. Sur un grand écran, s’étirant et en même temps condensant les années, Gabin brouille avec naturalisme les frontières du genre documentaire pour nous toucher, nous faire méditer et nous obliger à contempler d’un vie d’un petit garçon qui devient un (jeune) homme. C’est tout simplement superbe.
Gabin, de Maxence Voiseux, France, 105 min, Documentaire, 2026, Co-production : Alter Ego / AMA Film (Allemagne) / Rita Productions (Suisse), En coproduction avec la SWR-Arte et la SSR-RTS, Arizona Distribution. Premier film en complétion à la 58e Quinzaine des cinéastes.
visuel (c) Alter EGO
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