Ce 18 octobre, deuxième jour de Cinemed, les personnages féminins sont à l’honneur avec trois héroïnes sur trois films : une à Marseille, une à Montpellier, et une au Kosovo. Cohérence cocasse dans la journée, les deux premiers films ont tous deux une scène avec un personnage insultant un autre de “sale bourgeois.e”.
Robert Guédiguian, réalisateur arménien et allemand né à Marseille de 72 ans, signe avec Une femme aujourd’hui son 25ᵉ film. Récompensé par la Palme d’honneur à la Mostra de Valencia en 2022, sa carrière est déjà reconnue. Une femme aujourd’hui a par ailleurs reçu le Prix Label Europa Cinemas de la Mostra de Venise.
Juliette, héroïne de notre histoire, vit une réussite matérielle parfaite, malgré une distance grandissante avec sa famille, restée dans un milieu moins aisé. La structure narrative reste classique : une situation initiale favorable est chamboulée par un événement traumatique, le film tente de s’attarder sur le processus de reconstruction. Les détails sont travaillés : les coiffures de Juliette suivent son évolution, un intérêt particulier est posé également sur les costumes, la musique sert la narration et des échos réguliers sont faits entre les scènes, créant une cohérence globale. Le film est donc assez organique et crédible.
Des scènes touchantes sont saisies par la caméra, mettant en avant l’humanité dans les relations. Les sous-intrigues sont nombreuses, parfois peut-être un peu trop mêlées, mais cela appuie le réalisme de l’œuvre.
La fin du scénario, écrit par le réalisateur et son co-scénariste Serge Valletti, brouille la morale de l’histoire, de façon inattendue.
Des trams colorés, les travaux et les pins, c’est le cadre typiquement montpelliérain dans lequel se situe l’action de Des femmes comme les autres, réalisée par Dominique Cabrera. Le récit suit des femmes âgées, brodeuses, filmées de façon rapprochée, créant une intimité. La vie est ordinaire : des gros plans sur des passants, tous divers dans leur genre, ethnie, caractéristiques physiques, montrent la diversité de la banalité.
Mais, dans cette normalité, le monde évolue autour de nos héroïnes, de façon parfois violente. Faire face aux nouvelles normes, aux discours haineux, à la perte de capacités physiques s’ajoute à la solitude, accablante et emprisonnante. Toutefois, la douceur entre ces femmes, qui comptent les unes sur les autres, donne espoir. Mais, les traumatismes passés et l’ennui pèsent sur le moral de nos héroïnes.
Blerta Basholli – Antigone d’Or pour La Ruche en 2021 – propose son second film avec Dua, nom de son héroïne kosovare de 13 ans, durant les années 1990. Entre répression, guerre avec les Serbes et soirées punk clandestines, le récit nous plonge dans des temps troublés, où la résilience est la seule option. Encore une caméra à l’épaule, qui renforce ici la tension. Des décors bruts : l’extérieur bétonné et les intérieurs rustres accompagnent la froideur de la situation. L’écriture de la psychologie des personnages est nuancée. Malgré la domination patriarcale que l’on ressent dans la société, les hommes montrent leur peur et leur amour et les femmes peuvent imposer leur vision.
Dua rappelle les conflits toujours contemporains, et met en lumière l’horreur de la guerre, qui s’abat ici sur des civils démunis.