Rachid Ouramdane propose dans la programmation de Chaillot-Théâtre National de la Danse une pièce de son répertoire écrite il y a 11 ans, Tenir le Temps, dans le cadre d’une transmission aux jeunes danseureuses et chorégraphes du Ballet de l’Opéra de Tunis lors de cette année de coopération France-Méditerranée.
Par Assia Musitelli Chabane
Avec cette transmission d’une œuvre de répertoire, le directeur du Théâtre national de la Danse met en avant les jeunes espoirs issus de la scène méditerranéenne.
C’est pour cela que ce spectacle est désormais accompagné d’une première partie, un solo d’un ou une chorégraphe de la troupe, différent chaque soir et épaulé par Rachid Ouramdane lors de sa conception.
Ce soir, c’était Tassouef/MAD’H de Hazem Chebbi, chorégraphe originaire de Tozeur en bordure du Sahara qui offre un solo touchant en hommage à sa grand-mère dont il incarne les gestes sous l’écho de ses mots enregistrés puis remixés au fil des gestes qui deviennent danse. Une pièce singulière et intime aux évocations qui laissent libre cours à l’imagination du spectateur tout en étant très clair dans son ambition d’hommage à la vie familiale et rurale tunisienne. Le danseur s’ouvre à nous avec pudeur, en restant de dos, des diagonales se dessinent dans des mouvements très contrôlés issus du hip-hop, danse de prédilection de l’artiste.
Les quinze danseureuses sont donc issus de disciplines variées, aux corps plus lourds telles que le breaking ou le hip-hop mais l’Opéra de Tunis à l’habitude de travailler avec les plus grands chorégraphes de l’histoire de la danse contemporaine.
Rachid Ouramdane, danseur, chorégraphe et directeur de Chaillot, a donc fait le pari de la réécriture d’une pièce de répertoire habituellement millimétrée et forte de ses portés aériens pour une version raccourcie à 45 minutes laissant sa place à l’imparfait.
Tenir le temps raconte une course effrénée contre la montre, problématique de notre époque et de la génération des danseureuses qui l’interprètent. L’espace de la scène est presque continuellement saturé par ce grand groupe hétérogène qui dessine des lignes droites et diagonales en grands mouvements entrecoupés de saccades et de portés, visiblement simplifiés pour s’adapter au style des danseurs.
Avec cette version de Tenir le temps, on a accès à une pièce répertoire rendue accessible, tant au corps de danseureuses qu’au public mais elle perd en précision, dans un chaos assumé, qui paraît par instant brouillon mais sait se rattraper comme dans un tableau occupé par un groupe de danseuses qui travaillent leur corps plus en profondeur avec une justesse plaisante.
Tenir le temps est une pièce emblématique des années 2010, qui raconte son époque mais qui pose aujourd’hui la question de la transmission d’une œuvre de répertoire et de sa place dans la programmation contemporaine qui ne cesse de se réinventer.
Visuel : Chaillot