S’est jouée au Théâtre national de Chaillot, 45 ans après sa première à Angers, la mythique pièce de Maguy Marin, MayB, et… on ne s’en lasse pas.
Par Auryanne SIRET
« Fini… » est le premier mot qui nous parvient de manière intelligible, surprenant et impactant. L’adresse semble être faite directement au public, ainsi les dix interprètes qui étaient dans un mouvement et piétinement continu, nous annoncent, yeux dans les yeux, que c’est bientôt la fin. Pourtant grimés d’argiles, cette apparence vieillotte leur donne un air d’intemporalité.
On peut saisir au sein de May B ce qu’il y a de plus grotesque ou brut chez l’humain, être animé par les besoins simples de la vie : faire groupe, faire couple, se nourrir, puis se disputer, se séparer et recommencer. Tout au long de la pièce sont chorégraphiées des scènes du quotidien comme les anniversaires, les départs… et tout cela toujours guidé par les émotions : les rires, les pleurs, la confusion, la surprise… On y voit une histoire mise en corps, et non le contraire.
Un en-commun est donc visible par cette marche traînante et minimaliste, ce langage commun chantant, et les expressions toujours exagérées, sans pour autant que soit évacuées les individualités. Certains corps sont plus courbés, des voix plus aiguës, des marches un peu plus rapides ou fatiguées.
La pièce dépliée en trois actes, nous donne le goût de finalement jamais vouloir se terminer. Cette citation de Samuel Becket, auteur qui a inspiré la chorégraphe, notamment dans sa vision plutôt absurde d’un monde vide et répétitif, vient nous narguer plusieurs fois au sein de la pièce. Qu’est-ce qui va se finir, si ce n’est la pièce ? Leur histoire commune ? La vie ? La joie ?
Maguy Marin joue avec ce sentiment de longueur, par la répétition, certaines scènes semblent être mises sur arrêt jouant avec l’interprétation et la scénographie plutôt qu’avec les mouvements dansés techniques. On a presque l’impression que la pièce pourrait nous survivre, nous spectateurs.
Alors que l’auteur de cette pièce « danse-théâtre » nous montre un univers sombre, les rires n’ont pas fini de résonner du début à la fin. La musique semblant parfois être celle de caisses claires de convoi militaire, me faisait personnellement penser à celle des carnavals antillais, dissonant ainsi avec le décor froid et les corps blancs. Ainsi, ce tableau plutôt risible de l’humanité, me réchauffe personnellement notamment par sa justesse et sa pertinence.
Cette actualité est mise en avant par un discours militant des danseurs suite à leur salut. Cette prise de parole, notamment contre la montée du fascisme en France, est importante et donne encore plus de poids à la pièce.
« Nous travailleur.eu.ses de la culture décidons de prendre parole… par nécessité et devoir de ne pas laisser le monde de la culture s’abstraire aux luttes sociales et d’émancipations… »
Visuel : ©Carlos Fernandes