L’œuvre désormais patrimoniale May B de Maguy Marin qui occupe les scènes sans interruption depuis 1981 est présentée à Chaillot-Théâtre National de la Danse du 8 au 12 avril 2026. Une œuvre phare qui ne ménage pas le spectateur et laisse des images iconiques en tête.
Par Assia Musitelli Chabane
« Iconiques », c’est le nom donné au temps fort de ce Chaillot Expérience annuel proposant une programmation en lien avec l’œuvre de la chorégraphe au long du week-end. Une œuvre à guichet fermé même 40 ans plus tard, qui commence pourtant sans image, dans le noir, laissant la musique parler avant les corps. Obscurité totale avant la lumière, coups de sifflets stridents, poudre qui emplit l’air au fil des mouvements. Dès le début, tous les sens sont pris à partie.
May B est une œuvre que l’on apprécie comme un classique découvert au lycée, que tout le monde n’aimera pas mais que tout le monde devrait voir. On retrouve dans la chorégraphie de Maguy Marin, avant même la danse, la posture, le souffle, le déplacement, puis viennent le commun et la narration. Une narration trouble et rappelant des thèmes universels tels que la mort, portée par un ensemble de 10 personnages immaculés de blanc et aux corps courbés et abimés. Maguy Marin cherche à se détacher des idéaux de beauté et des critères habituels liés au corps dans la danse, qui ont été beaucoup portés par Maurice Béjart avec qui elle travaille dans sa jeunesse avant de se détacher totalement de ses préceptes.
May B c’est aussi de la danse-théâtre jusque dans son décor qui reprend les trois portes du théâtre antique grec, un retour aux sources de la scène. Une deuxième partie incarne les spectres blancs plus en détail en les habillant de vieux vêtements colorés et floqués de larges valises. Nous sommes pris dans un voyage, un exode sans but, sans destination. Un dernier tableau plus en longueur, peut-être un peu trop long mais nécessaire pour rappeler que May B c’est avant tout nos grands-parents, le paysan qui croque un fruit sur un chemin, l’enfant esseulé sur un banc de gare…
Jusqu’au bout, c’est une pièce qui nous malmène et joue sur l’attente sans fin qui ponctue la vie humaine, avec un rythme jamais acquis, qui nous garde sur le qui-vive, May B produit des frissons à des moments inattendus et nous prend de court. C’est un spectacle qui continuera de vivre en tête sans doute des années plus tard.
May B présenté à Chaillot théâtre National de la Danse du 8 au 12 avril n’est pas la seule œuvre du répertoire de Maguy Marin mis à l’honneur, nous retrouvons Singspiele du 10 au 11 avril et Les Applaudissements ne se mangent pas du 15 au 18 avril.
Visuel : © Chaillot Théâtre National de la Danse