Au 11, Marie Desgranges dresse un portrait intime et sans filtre de François Créton. Pendant un peu plus d’une heure, il raconte avec une belle dose d’émotion tout son parcours de junkie, dans un gros riff de rock
Marie Desgranges est assise à la table, un casque sur les oreilles, position podcast. François Créton, lui, est à la guitare, il envoie du gros son assourdissant. Il se retourne et se présente à nous, petit bonhomme au regard triste, lumineux, vêtu d’un tee-shirt sur lequel est écrit le nom du groupe Suicide. Vous connaissez ? Nous non plus et c’est pas le sujet. Le sujet, c’est lui, sa vie broyée, cassée en mille morceaux qu’il va nous présenter trauma par trauma.
À rebours, depuis la première agression, il raconte en faisant semblant que cela soit drôle. Lui attaché à un arbre, une cible sur le ventre et des pseudo-frères qui lui tirent dessus ; plus tard c’est un autre qui l’agresse à coups de couteau, plus tard, enfin, pas tellement tard, à 15 ans, il fait le tapin auprès de vieux messieurs, puis l’alcool et l’héroïne, en alternance ou en même temps d’ailleurs. François Créton déroule sa douleur et sa famille au-delà de dysfonctionnelle mais, heureusement, il y a la musique.
Il y a la musique et l’amour aussi, l’amour qui, selon lui, est l’ennemi de la peur. Le plus beau dans ce portrait sensible est de voir que rien n’est jamais complètement mort. Lui a failli y passer un nombre de fois incalculable, et a décidé de remonter du fin fond du trou de l’enfer où, il l’a compris, il n’était pas si seul. La voix de Marie qui subjugue sur un Stabat Mater accompagné à la guitare amène la dose de réconfort nécessaire à ce récit qui pourrait être dur à entendre et qui, pourtant, est totalement lumineux.
Au 11 jusqu’au 23 juillet, relâche les 10 et 17, à 17 h, durée 1 H 15.
Visuel :©Jéremie Levy