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Sonny Rollins, saxophoniste légendaire, est mort à 95 ans

par Louis Perquin
29.05.2026

C’est avec émotion que le monde de la musique a appris, ce lundi 25 mai, la mort du saxophoniste de jazz Sonny Rollins, à l’âge de 95 ans. Une disparition qui enfonce le dernier clou dans le cercueil d’une génération dorée, qui perd là son ultime représentant.

Face à l’obstination de figures du rock comme les Rolling Stones, Paul McCartney ou Patti Smith, on aurait presque eu tendance à oublier que le jazz aussi possède encore quelques inoxydables doyens. Parmi eux, citons par exemple Pat Metheny, Herbie Hancock, Ron Carter ou Stanley Clark, qui tous continuent de se produire non seulement en studio, mais sur scène, l’écoulement des ans ne semblant pas les dissuader d’enchaîner les tournées. À ces quelques noms illustres s’ajoutait évidemment celui de Sonny Rollins, saxophoniste de légende et figure de proue du post-bebop des années 1950, dont les apparitions publiques s’étaient faites plus rares depuis une quinzaine d’années. Ce relatif retrait n’a pourtant rien retiré à l’émotion ressentie à l’annonce, ce lundi 25 mai, du décès du musicien dans sa demeure de Woodstock.

Saxophone colossus

Il serait impossible de résumer le parcours, l’œuvre ou l’importance de Sonny Rollins en quelques lignes, dont il n’est pas exagéré qu’il compte parmi les cinq plus grands saxophonistes de l’histoire. Très tôt influencé par le jeu de Coleman Hawkins et Lester Young, c’est finalement Charlie Parker qui l’influença le plus, notamment pour son goût prononcé de l’improvisation. Après un premier disque en tant que leader en 1953, les enregistrements s’enchaînent et voient le saxophoniste s’associer aux plus illustres jazzmen de sa génération, de Miles Davis à John Coltrane en passant par Thelonious Monk, Max Roach et Bud Powell. L’album Saxophone Colossus de 1956, considéré comme l’un de ses meilleurs, installe immédiatement sa réputation et lui offre un surnom que sa carrière ultérieure n’a jamais démentie. Un an plus tard, son enregistrement live A Night at the Village Vanguard ouvre la voie à une série de concerts prestigieux et assoit le statut du club comme épicentre du mouvement hard bop. Suivront ensuite des décennies d’expérimentations qui le verront aller jusqu’aux confins du free jazz, voire, en 1980, à collaborer avec les Rolling Stones sur leur album Tattoo You.

Newk’s Time

Aussi triste la disparition de Rollins puisse-t-elle être, espérons au moins qu’elle donnera l’occasion aux néophytes de se plonger dans son abondante discographie, dont nous n’avons là qu’esquissé quelques jalons. Le ressassement mélancolique ne conviendrait d’ailleurs pas tellement à l’identité profonde du saxophoniste, qui assumait ouvertement s’inscrire dans les diverses traditions au milieu desquelles il avait baigné dès sa jeunesse. Sans doute la meilleure manière d’honorer cet héritage reste ainsi, plus encore que de parcourir à nouveau ses œuvres majeures, de se tourner vers l’actualité du jazz, en perpétuelle effervescence et qui ne cesse de voir s’affirmer de nouvelles propositions artistiques au fil des ans. Alors qu’on pourrait croire le genre moribond, force est ainsi de constater son impressionnante opiniâtreté, qu’atteste par exemple l’alléchante programmation de l’édition 2026 de Jazz à Vienne. En espérant que le festival tienne une fois encore toutes ses promesses, et se hisse à la hauteur de la magistrale cuvée de 1991, dominée par Miles Davis, Herbie Hancock, Michel Petrucciani, George Benson, Wayne Shorter… ainsi qu’un certain Sonny Rollins