Triste anniversaire pour le Centre national du livre. Alors qu’il fête cette année ses 80 ans, un projet de loi prévoyant sa dissolution et la reprise de ses activités par l’État a été présenté au Sénat. Il a été proposé par les sénateurs Pauline Martin et Mathieu Darnaud du parti Les Républicains et prévoit une entrée en vigueur dès le 1er janvier. Un projet de loi qui soulève plusieurs interrogations quant au rôle de l’État dans la gestion de la culture, et qui interfère dans l’autonomie d’une structure jusque-là indépendante.
Le CNL œuvre quotidiennement pour encourager l’édition, la diffusion et la promotion du livre. Il est le premier soutien du livre et de la lecture en France, puisqu’il aide également au développement de la culture auprès de tous les publics, à travers plus de 25 commissions agissant sur un panel très riche du monde du livre. Le CNL s’organise autour de 300 spécialistes, autant d’écrivains, d’universitaires, de journalistes, de critiques, que d’éditeurs ou encore de libraires. La présidente du CNL, Régine Hatchondo, craint que la reprise du service par l’administration centrale ne soit capable de réunir autant d’experts et d’organiser autant de commissions. Elle souligne qu’il s’agit d’une « erreur majeure pour la politique du livre ». D’autant plus que la suppression intervient dans un timing particulier, au moment où la jeunesse manifeste pour plus de moyens, où les baisses de budgets alloués à la culture sont conséquentes et où la baisse de la lecture est de plus en plus marquée. Le CNL avait largement prouvé la fructuosité de ses missions, sachant rendre le livre toujours plus attractifs, à travers de nouveaux programmes comme le « Goncourt des détenus » ou le Festival « Partir en Livre » par exemple.
La présidente s’inquiète également et surtout d’une possible intervention du pouvoir politique dans l’attribution des aides qui sont actuellement examinées par des commissions composées de professionnels du livre. Car le projet de loi, porté par la droite, s’appuie sur une volonté de centralisation des tâches administratives dans les mains de l’État. Dans un rapport publié en juillet 2025, la commission d’enquête sur les missions des agences, opérateurs et organismes consultatifs de l’État entend « mettre fin à la prolifération de structures autonomes sans réelle évaluation et […] recentrer l’organisation administrative autour de l’État ». Car jusque-là, le CNL était une structure indépendante, financée en partie par des subventions publiques mais gérée de façon autonome par un président attitré. La mainmise de l’État sur ses activités entrainerait le risque d’un plus grand contrôle politique de celles-ci, dépendant directement du gouvernement en place. Ainsi, même si l’État assure la continuité des missions du centre, cela ne garantit rien quant à l’indépendance de la future structure, en cas de gouvernement non favorable au financement de la culture.
Visuel : © CNL