Le soleil brille sur ce deuxième jour de compétition, où des films très attendus ont été dévoilés Pawlikowski nous a illuminés avec son film sur la famille Mann et la soirée a été marquée par le revival du Baron au Silencio. Cult!
Par Amber Knui, Paul Fourier, David Hanau, Rachel Rudloff et Yaël Hirsch
C’est hors compétition qu’a été projeté hier soir le film de Vincent Garenq inspiré par le livre de Stéphane Simon et de la sœur de Samuel Paty, Mickaëlle. Nous l’avons rattrapé ce jeudi matin. Avec Emmanuelle Bercot en proviseure et Antoine Reinartz dans le rôle du professeur d’histoire-géographie décapité le 16 octobre 2020, L’Abandon retrace les 11 derniers jours de Samuel Paty, du moment où il a fait son cours sur la liberté d’expression à son assassinat. Avec un traitement du temps très uniforme, le film ne tient pas la promesse de son titre qui met au centre l’abandon de protection d’un enseignant. IL traite à la fois la question de la laïcité, de la manière de réagir des parents et enfants musulmans, celle des réseaux sociaux et de l’administration française ubuesque. La caméra reste extérieure à tous et surtout à l’enseignant qu’on imagine à peine papa lorsqu’il dépose son fils à l’école et le borde et qu’on entend surtout se « défendre ». Côté réalisation, c’est assez plat, sauf peut-être les plans sur le collège qui auraient gagné à continuer à être traités comme une ruche bourdonnante. Un film trop important par son thème pour échouer ainsi à susciter de la réflexion et qui souffre de la comparaison avec la lecture du texte d’Emilie Frêche par Carole Bouquet (Lire notre interview)
The Colour of Cannes Honours a tenu son événement inaugural sur les Plages de Palmes (plage du Goéland, La Croisette). Fondée par la cinéaste et PDG de Coffee Bluff Pictures Deborah Riley Draper et l’entrepreneuse Tiara Chesmer-Williams, l’organisation entend se démarquer au sein du Marché du Film en tant que « rassemblement intime de cinéastes visionnaires, de dirigeants, de financiers et de leaders culturels », autour de la célébration et de la promotion du cinéma indépendant. The Colour of Cannes a été présentée lors de l’événement comme « une nouvelle plateforme mondiale pour élargir les récits du monde entier ». Les intervenants et les participants venaient principalement des États-Unis, de France et du Canada.
Riley Draper et Chesmer-Williams ont ouvert la soirée en soulignant que l’on fêtait aussi les débuts à Cannes il y a 70 ans du mythique film Carmen Jones avec Dorothy Dandridge et Harry Belafonte. Une bonne date pour cette invitation faite aux créateurs et créatrices issu·e·s de la diversité à disposer d’un espace de mise en réseau au sein du festival ! L’événement s’est articulé en deux temps : la réception VIP et la remise des prix, puis une table ronde intitulée « L’économie d’un cinéma culturellement engagé et le cinéaste indépendant », avec pour toile de fond les eaux lumineuses de la Méditerranée. Parmi les intervenants figurait Marcie Cleary, avocate spécialisée dans le divertissement au cabinet Frankfurt Kurnit, qui a conseillé et informé les cinéastes indépendants sur la manière d’aborder concrètement les questions relatives aux droits et à la distribution de leurs films. La session de questions-réponses a également porté sur l’art du pitch au bon moment : connaître son œuvre et sa vision en profondeur avant même de chercher à la vendre. Cleary a confié que, bien qu’elle ait beaucoup voyagé en quinze ans de carrière juridique dans le secteur du divertissement, 2026 marque sa première venue au festival. Et c’est cela même qui a présidé à la création de Coulour of Cannes. Riley Draper a conclu en soulignant la portée symbolique du nom de l’organisation : une cause appelée à continuer d’attirer celles et ceux qui lui sont profondément attachés, et qui envisage avec enthousiasme les années à venir sur la Côte d’Azur.
Pawel Pawlikowski retrouve Łukasz Żal et son noir et blanc souverain pour filmer le retour de Thomas Mann en Allemagne, en 1949. En moins d’une heure trente, entre Francfort et Weimar, entre prix Goethe et fantômes nazis, le réalisateur d’Ida et de Cold War pose la question du rôle de la langue dans un monde divisé par les idéologies. Avec un Hanns Zischler magistral et une Sandra Hüller, comme toujours, parfaite en Erika Mann, Heim ou home ? est un très grand coup de cœur de la compétition, sculpté au scalpel.
Du côté de la Semaine de la Critique, la compétition bat aussi son plein. Viva (Aina Clotet) rayonne : il fait le portrait lumineux et moderne d’une femme en rémission de cancer. Chaotique, libre, ces petits (et grands) drames la rendent plus qu’attachante. À l’Acid, le documentaire franco-iranien Dans la gueule de l’Ogre est un coup de cœur : Mahsa Karampour filme son frère dans un road trip vital, essayant de construire une relation avec son frère – malgré l’exil, malgré la distance. Le documentaire devient, avec beaucoup de poésie, prétexte pour renouer, explorer et se réparer.