Alors que ce 29 septembre 2026, la BB Crème Laure en Bio a été récompensée aux European Natural Beauty Award par un Prix d’excellence, cet épisode de La Discult part à la rencontre de Josiane Laure, pionnière de la beauté holistique en France. Herboriste, aromathérapeute mais aussicréatrice de LA FERME DE BEAUTÉ, un SPA et un centre de Bien Être, pas comme les autre, Josiah Laure explore depuis 1975, un chemin inédit : associer la sagesse de la médecine chinoise et la puissance des plantes pour révéler une beauté durable.
Nous sommes en Bourgogne, au pays de Colette.
Un très joli pays. Colette, grande amoureuse de la nature, a écrit Pour un herbier, et elle a aussi fait de l’esthétique : elle a tenu un institut rue de Miromesnil, où elle pratiquait des soins. Je me sens très proche d’elle.
Vous êtes bourguignonne ?
Je suis née à Vincennes, mais mon père est bourguignon, d’une lignée de laboureurs. La terre, c’est très important pour moi.
C’est lui qui vous a initiée aux plantes ?
Il m’emmenait à 5 heures du matin chercher les champignons, quand il faisait jour quand même ! Il m’a initiée à la botanique, aux champignons, à bien connaître la nature. Dans la famille de mon père, il y avait aussi ce qu’on appelle des charmeuses : un don qui se transmettait de mère en fille. Elles soignaient les animaux comme les humains, par les plantes et par certaines prières, car il y avait beaucoup de croyances à l’époque. Un peu des sorcières, mais des gentilles sorcières.
Et il y avait une « tante Citrouille »…
Elle s’appelait Célina, mais on l’avait surnommée tante Citrouille parce qu’elle faisait des prières avec ses citrouilles. Elle était guérisseuse, très particulière… et elle est morte sous son pommier, il faut le faire !
De cette transmission, vous avez fait votre vie.
Les chemins se sont ouverts et je les ai pris, sans vraiment le vouloir. Hubert Reeves disait qu’il faut prendre les chemins que l’on ne connaît pas.
Vous vous êtes ensuite formée à la médecine chinoise et à l’aromathérapie.
Cela paraît tellement logique. L’huile essentielle, c’est l’âme de la plante, ce qu’il y a de plus subtil, son essence. C’est un médicament à part entière. Elle traverse la barrière cutanée en une minute trente, puis met vingt minutes, parfois une heure, pour gagner l’organisme. Et il y a de la magie : la thérapeute sait quelle huile utiliser, mais c’est l’huile essentielle qui va d’elle-même là où le corps en a besoin. On n’a pas encore tout compris de la nature, et c’est normal, puisque la nature, c’est nous.
La traite-t-on bien ?
Pas toujours. En médecine chinoise, si le yang existe, c’est qu’il y a du yin, et inversement. L’envers et l’endroit existeront toujours. Il faut l’accepter, et réparer ce qu’on a mal fait.
Vous avez croisé des pionniers.
Quand on vit des passions, on rencontre les gens qu’il faut. Henri Chenot, coiffeur devenu médecin, a été l’un des premiers à adapter la médecine chinoise à l’esthétique. Il s’était spécialisé dans les cheveux, comme moi, avant de fonder en Italie un centre de bien-être qui existe toujours. J’ai commencé dans la haute coiffure, à l’époque d’Alexandre, et René Furterer a été l’un de mes professeurs. J’ai aussi rencontré Walter Tonazo.
Pourquoi la médecine chinoise ?
J’ai commencé par la kiné, mais je ne supportais pas les stages à l’hôpital, le côté maladie. Or la médecine chinoise est d’abord préventive : on dit en Chine que le bon médecin reçoit les gens bien portants pour les empêcher de tomber malades. C’est cette médecine que j’ai adaptée à l’esthétique, aux soins du visage et du corps. Je travaille les points principaux et je pars d’une analyse de la personne : sa morphologie, son âge, son histoire de santé.
Cette analyse repose sur les saisons ?
Chacun de nous appartient à une saison, et il y en a cinq : le printemps, l’été, la fin de l’été, l’automne et l’hiver. On ne passe pas d’une saison à l’autre sans intermédiaire : la terre s’introduit dans chacune, et on la retrouve à la fin de l’été, quand on remplit les greniers. À chaque saison correspondent un élément et une couleur dominante : vert, rouge, jaune, blanc et gris.
Le printemps ?
C’est l’élément Bois, l’arbre. C’est la naissance, le cri du bébé : on était bien chez maman et on se retrouve dehors, d’où la colère. Ce sont des personnes musclées, actives, voire hyperactives, au visage triangulaire, aux yeux perçants, très curieuses.
L’été ?
Le Feu, le rouge : le soleil, la chaleur, l’adolescence. Ce sont des bons vivants, gourmands, dans la joie de vivre et l’excès. Ils sont plutôt ronds, le nez rond, un peu de couperose, très sensuels. On aime les avoir en réunion : ils mettent de la joie dans la salle.
La fin de l’été ?
La Terre, le jaune : le laboureur, le paysan, le carré. Ce sont des gens qui ont les pieds sur terre et la tête en l’air, parce qu’il faut surveiller le ciel pour savoir si la terre répondra. C’est l’équilibre, même s’il y a parfois de l’angoisse. Ce sont des personnes pleines d’idées, qui stabilisent les autres, rassurantes.
L’automne ?
Le Métal, le blanc : les brouillards, la sécheresse des feuilles qui craquent sous les pas, la légèreté. L’automne est élégante, elle se pare de toutes les couleurs : c’est l’élément féminin par excellence, intuitif, parfois médium, très rangé, parfois trop précis… C’est la cliente type d’un institut, car l’automne, c’est l’inquiétude du vieillissement : on voudrait rester toujours belle.
Et l’hiver ?
L’Eau, la saison où les nappes phréatiques se remplissent. En médecine chinoise, la couleur est le noir ; en esthétique, nous disons gris, c’est plus subtil. Il correspond notamment aux reins et à la vessie. J’ai rencontré peu de femmes de l’élément gris : ce sont souvent des chercheurs, des intellectuels, plus dans le cérébral, que leur physique n’intéresse pas. Ils ne viennent pas en institut ! Giscard d’Estaing en était un exemple typique.
Comment est née votre marque ?
D’une rencontre, encore une forme de magie. Je donnais des cours d’esthétique naturelle avec Robert Masson, et Pascal était pharmacien et phytothérapeute dans un laboratoire. Un élément gris ! Nous nous sommes tout de suite aimés, et nous nous sommes mariés. Le concept existait déjà : je bricolais avec des huiles essentielles et je travaillais avec d’autres marques, dont celle d’Henri Chenot. Moi avec le concept, lui avec la chimie et la pharmacie : pourquoi ne pas créer les produits ? Le produit a été créé pour le concept, pas l’inverse.
Comment se compose la gamme ?
Cinq synergies, comme les cinq éléments. Presque tous nos produits sont à base d’huiles essentielles. Quelques-uns n’en contiennent pas, pour les personnes qui ne les supportent pas, mais tous restent naturels, à base de plantes.
Comment cette maison est-elle arrivée dans votre vie ?
Pascal avait grandi à Tours, dans une maison tourangelle à toit d’ardoise, et nous cherchions un lieu pour créer notre laboratoire. Ma tante habitait le hameau. Elle m’a dit que le « château » de Vauvrille était à vendre : une maison bourgeoise en ardoise, restée ferme, avec de grands bâtiments. Ça a été le coup de foudre, et Pascal a dit tout de suite : « Je la veux. »
Le laboratoire n’a pourtant pas vu le jour ici.
La maladie est arrivée : un cancer lymphatique. J’étais spécialiste du drainage lymphatique, formée par le Dr Vodder, et mon rôle a été de l’accompagner jusqu’au bout. Il a vécu encore huit ans, en se soignant, toujours actif. Nous avons tout fait en urgence : trouver un laboratoire en région parisienne, créer les produits, ouvrir le marché japonais dès 1988.
Le Japon ?
Une véritable histoire d’amour, qui dure. J’arrivais en pionnière des produits naturels, qui n’existaient pas là-bas. J’étais une Française qui leur enseignait la médecine chinoise, et blonde aux yeux bleus en plus… tout l’exotisme ! Ce sont devenues des amitiés, et ça marche toujours très bien.
Vous accueillez les curistes chez vous.
Je propose des cures de deux, trois ou cinq jours, ou de simples soins. Dès l’arrivée, on se charge de tout : les repas, les promenades dans la région. Je ne prends que deux ou trois personnes à la fois, qui se connaissent : un couple, une mère et ses filles, trois amies. Je l’explique bien avant : ce n’est ni une auberge ni un hôtel, c’est une maison individuelle, confortable, avec ma vie et mes objets. Une passion comme la mienne, ça se partage, humainement et émotionnellement.
Sans mauvaises surprises ?
Depuis l’ouverture en 2000, je n’ai jamais eu un seul problème. La maison a beaucoup d’énergie positive. Certaines clientes viennent tous les ans depuis 2006, et les nouvelles me sont adressées par celles que je connais. La sélection se fait ainsi.
Le marché a beaucoup changé depuis vos débuts ?
Nous avons créé la marque en 1985. Aujourd’hui, il y a énormément de cosmétiques dits bio ou naturels, parce que c’est la mode, mais souvent sans aucun concept derrière.
Qu’est-ce que la marque blanche ?
Ce sont des formules toutes prêtes que les laboratoires créent et vendent à qui veut lancer une marque. Avec un peu d’argent, n’importe qui peut le faire : on change l’étiquette, le nom. Un concept, lui, demande des années et du savoir. Et je continue de chercher.
Vous lancez des nouveautés à votre rythme.
Seulement quand c’est nécessaire. Nous avons sorti récemment trois produits, dont un sérum marin : il était important d’avoir un sérum aqueux, car ce n’est pas parce qu’un produit est huileux qu’il nourrit.
La Ferme de Beauté
29, Vauvrille, 58310 Bouhy
Voir l’itinéraire
Téléphone : 03 86 26 40 04
Mobile : 06 09 44 70 98
visuel : DR