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27.04.2026 → 07.05.2026

Montréal fait sa Semaine Design

par La redaction
31.05.2026

Il y a vingt ans, l’UNESCO reconnaissait Montréal comme ville de design officielle, et depuis des décennies, la ville forme discrètement des designers de classe mondiale. Cette année, Montréal a accueilli la première Semaine Design de Montréal, qui s’est tenue du 28 avril au 7 mai 2026, affirmant ainsi sa disposition à occuper le devant de la scène. Avec plus de 70 exposants, ateliers et studios ouverts répartis à travers la ville — du Vieux-Port au Mile-End —, la ville a introduit le monde du design à ce que Montréal attendait depuis longtemps l’occasion de partager.

 

Par John Goodson

Une première édition ancrée dans l’histoire de Montréal

Manifestée par les efforts organisationnels collectifs d‘Index-Design et d’Archi-Design QC, la Semaine Design de Montréal a émergé de trois éditions précédentes du salon « Complètement Design ». Tout en conservant l’événement établi à vocation professionnelle, qui réunissait une myriade de designers sous un même toit au Grand Quai du Port de Montréal, la SDM s’est élargie pour accueillir un public plus général — non spécialisé en design — grâce à des événements majoritairement gratuits à travers la ville.

L’occasion de révéler une scène créative à l’international

La scène créative montréalaise était depuis longtemps prête à se faire connaître sur la scène internationale ; la Semaine Design a simplement constitué l’infrastructure rattrapant le retard sur la production créative de la ville. Témoignant de ce sentiment, Nicolas Lapierre, cofondateur de l’atelier l’abri, explique : « Je pense que pour sa taille et sa population, Montréal est impressionnante dans sa production d’un design véritablement innovant et de très haute qualité — de la même façon que Montréal s’est illustrée depuis longtemps dans l’industrie musicale, les jeux vidéo, d’autres formes créatives et la gastronomie. » Si le travail de l’abri a été présenté dans des publications internationales telles que Dezeen et Archdaily, la Semaine Design leur a permis d’accueillir un public international dans leur studio, tout en célébrant le travail des designers du quartier Mile-Ex environnant. Revenant sur la semaine, Lapierre confie : « Je pense que ce qui était très impressionnant, c’est la façon dont tout le monde s’est mobilisé pour cette première édition. Créer autant d’expériences différentes à travers toute la ville… démontre que la ville était prête, presque dans le besoin d’un tel événement. »

« Montréal n’a pas besoin d’être Milan »

Une grande partie de l’enthousiasme suscité par cette première édition découle de la perception que Montréal s’affirme comme ville de design au même titre que Paris, Milan ou New York. De fait, l’événement a eu lieu littéralement entre les semaines du design de Milan et de New York. Cependant, les participant.e.s de l’event canadiens ont décrit un objectif alternatif : créer les conditions dans lesquelles la compréhension locale du design continue de s’épanouir. « Montréal n’a pas besoin d’être New York, et Montréal n’a pas besoin d’être Milan », a affirmé Lapierre, suggérant que la ville devrait plutôt demeurer centrée sur elle-même. Pour de nombreux designers, la comparaison avec de plus grandes villes n’est pas seulement superflue mais structurellement injustifiée.  Montréal n’est pas aussi peuplée ou dense que Milan ou Paris, il n’y a pas de compétition. La céramiste Cassi Camille propose que la ville mise sur sa culture festive bien établie, envisageant les prochaines éditions de la semaine du design non comme une scène sur laquelle Montréal doit se prouver, mais comme une célébration de tout ce que ses designers ont accompli. Pour elle, transformer cette Semaine en véritable festival « rendrait les choses plus accessibles aux gens de tous horizons. » Plutôt que de se concentrer sur le public international averti en design qui descendra inévitablement sur la ville chaque année, Montréal peut trouver sa réussite en plaçant les locaux au cœur du projet, afin de favoriser le développement d’une ville de plus en plus éclairée en matière de design.

Les promesses d’une édition fondatrice

Rien n’est jamais parfait et surtout pas lors d’une première édition, mais le succès est au rendez-vous pour la Semaine Design de Montréal. En y accordant une place importante aux événements ouverts à tous les publics, la communauté du design montréalaise a élargi son rayonnement au-delà du marché professionnel, démontrant ainsi comment le design peut habiter des espaces non institutionnels tout en suscitant un engagement sérieux. De plus, l’étendue géographique de l’événement a mis en évidence son potentiel en tant qu’événement à l’échelle de la ville, offrant aux éditions futures une voie claire pour approfondir les racines de quartier tout en les articulant avec l’histoire des communautés qui les habitent.

Un système autonome qui n’attend la permission de personne

La première Semaine Design de Montréal a démontré que la communauté du design de la ville n’attendait pas d’être initiée dans un monde du design plus vaste, mais que ce monde du design devrait prendre note de ce qui émerge de manière autonome du Canada français. Envisageant une prochaine édition, Lapierre a partagé sa vision en ces termes : « Si dans dix ans les gens savent simplement qu’il se fait ici énormément de bon design, et qu’ils l’encouragent, l’achètent, visitent les ateliers et connaissent les designers locaux, je pense que ce serait le meilleur résultat possible. »