→   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena  →   01.10.2026 : Prix Joséphine 2026 : Camille Yembe doublement récompensée  →   01.10.2026 : Live Nation officialise le rachat de la Plenitude Arena
Agenda
Scènes
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

La nouvelle formule des Zébrures, entre lutte et réparation

par Julia Wahl
03.10.2026
Garçon chasseur -c- Louise Ajuste-DSC07296

La nouvelle édition des Francophonies s’achève à Limoges. Une programmation toujours variée et de plus en plus engagée.

Les Zébrures noir et blanc des Francos… Le Zinc du Zébre à la Maison des Francophonies, sa librairie-tartinerie et, bien sûr, ses lectures et mises en scène. Le rendez-vous des amoureux·ses des théâtres francophones nous avait manqué. Le revoilà sous une forme nouvelle, resserrée et augmentée : les deux éditions des saisons précédentes, l’une au printemps et l’autre en automne, sont désormais réunies en une seule, qui mêle lectures, spectacles, rendez-vous professionnels et rencontres croisées. Un moment important pour toutes celles et ceux qui veulent toucher du doigt la pluralité de la création contemporaine et faire vivre le « Tout-Monde » rêvé par Édouard Glissant.

 

Toujours sous la houlette de Hassane Kassi Kouyaté, qui nous avait accordé une interview voilà quelques jours, ce festival unique inaugurait donc cette année une nouvelle version. Une version combattive, comme le montre le titre de son éditorial : « Allumer les feux de la résistance ». C’est que la violence à laquelle doit faire face cet événement est protéiforme : les baisses de subvention toujours plus nombreuses, bien sûr, mais aussi, depuis maintenant plusieurs années, les difficultés de plus en plus grandes à obtenir des visas pour les artistes qui y sont programmé·es. Sans compter, bien sûr, les catastrophes qui parcourent le monde et qui ne s’arrêtent pas, loin s’en faut, à la toile de la tente du festival.

 

Révoltes caribéennes

 

Au premier rang de ces violences, celle que subissent, sur l’ensemble de la planète, les femmes. Des violences qui peuvent se croiser avec d’autres, sociales et raciales, comme celles qu’ont subies des générations d’esclaves déportées dans les Caraïbes. C’est là l’objet de la pièce Femmes des Caraïbes, spectacle du metteur en scène écossais Michael MacBatz qui réunit des textes d’Ava-Gail Gardiner et Laurence Joseph.

 

Le premier volet est consacré au personnage de Queen Nanny, une marronne jamaïcaine. La comédienne Remi Oriogun-Williams prête, dans cette version, ses traits à ce personnage légendaire, dont la geste héroïque et rebelle s’est surtout transmise par tradition orale. Le second volet s’intéresse au personnage de Solitude, connue par le livre éponyme d’André Schwartz-Bart, dont il est largement inspiré. C’est cette fois Laurence Joseph qui incarne la militante guadeloupéenne anti-esclavagiste. Dans la Chapelle de la Visitation, les voûtes résonnaient jeudi – et résonneront encore aujourd’hui – des bruits des balles, des déflagrations et des couperets de guillotine.

 

Viols de guerre

 

Plus contemporains, mais tout aussi ignobles, les viols de guerre se sont vus mis en texte et en scène par deux auteurs et metteurs en scène, l’un congolais, l’autre camerounais. La Poupée barbue, d’Edouard Elvis Bvouma, nous place ainsi à hauteur d’enfant pour saisir l’horreur de cette arme de guerre. Benedicta, victime de l’un de ces viols, enceinte de l’un de ces viols, raconte son histoire à un garçon au nom éloquent, Boy Killer. Grâce à ce destinataire, le dispositif dramaturgique met le public en situation d’entendre non seulement le viol, mais aussi ses conséquences sur cette enfant qui décide de troquer son prénom pour celui, plus belliqueux, de « Beretta ». Si la fillette n’a à sa disposition que des mots d’enfant pour dite ce qu’elle vécu, ceux-ci ne rendent que plus terrible la confidence de la jeune fille.

 

Pour Silence, l’écrivain Israël Nzila s’est inspiré du rapport du Docteur Mukwege, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2018 pour son travail auprès des femmes violées durant la première guerre du Congo. Sans épargner le public, l’auteur a choisi de déléguer le récit des viols à un personnage tiers, qui imagine ce qu’a pu endurer une voisine étrangement calme et silencieuse. Son style heurté, que l’on trouve aussi sous la plume d’Edouard Elvis Bvouma, dit la violence et la difficulté à nommer l’innommable. Comme Souleymane Sow, qui mettait en scène La Poupée barbue, Jean-Paul Delore a choisi pour les Francos de faire entendre ce texte sous une forme monologale servie par Lindiwe Matshikiza. Il s’essaiera toutefois à une forme chorale à Ouagadougou à la mi-octobre.

 

L’une des forces des Francophonies – Des écritures à la scène est donc de faire entrer dans les salles de théâtre le chaos du monde. Il participe néanmoins à la réparation des blessures de l’humanité en créant, grâce à ces pièces, de véritables monuments qui font entendre et voir l’invisible et l’inaudible. Il tisse également une toile d’artistes complices, qui échangent sur leurs projets, et viennent et reviennent comme Edouard Elvis Bvouma, qui présente également Chacun pour un et deux pour tous, sur la silenciation des soldats africains durant la Seconde Guerre mondiale, et Israël Nzila, qui y a gagné en 2025 le Prix RFI Théâtre pour Clipping, mis en scène en mars de cette année au CDN de Rouen. Un festival-monde, absolument nécessaire.

Les Francophonies – Des écritures à la scène, du 23 septembre au 3 octobre.

A voir aujourd’hui : Femmes des Caraïbes, Ava-Gail Gardiner et Laurence Joseph, à 16h à la Chapelle de le Visitation – Chacun pour un, deux pour tous, d’Edouard Elvis Bvouma, à 18h à l’Espace Noriac.

 

Visuel : photo de Garçon chasseur © Louise Ajuste