En revenant sur les « cahiers de doléance » post-Gilets jaunes”, la compagnie Artépo propose un théâtre plus documentaire que politique.
Souvenez-vous de cette mascarade. Fin 2018 naît le mouvement des Gilets jaunes, dont les revendications sont diverses. Afin de contenir ces manifestations qu’il ne comprend pas lui-même, Emmanuel Macron lance un « Grand Débat », suivi par les mairies de toute la France, qui ouvrent des cahiers de doléances. Cette opération « Mairies ouvertes » a pour objectif initial de faire remonter au gouvernement parisiano-centré les revendications du mouvement. Au total, plus de 200 000 contributions sont écrites à la main dans 20 000 cahiers, auxquelles il faut ajouter deux millions de contributions en ligne… Alors qu’Emmanuel Macron doit tirer des conclusions de ces verbatims, le Président de la République balaie toutes ces préoccupations au prétexte de l’urgence de reconstruire Notre-Dame de Paris…
Implantée à Amiens, la Compagne théâtrale Artépo se plonge dans les cahiers de doléances de la Somme. Deux actrices et un acteur reviennent sur les demandes qui émanent de ceux-ci, entre colère et résignation, mais avec humour parfois. Tous ces verbatims expriment une croyance au processus démocratique : celles et ceux qui écrivent s’adressent directement à Emmanuel Macron, persuadé·es que ce dernier va bien finir par comprendre les problèmes qui minent leur quotidien (prix de l’essence, pouvoir d’achat, minima sociaux, attachement aux commerces de proximité et aux services publics, retraites, etc.).
Le spectacle est clair, retraçant, notamment grâce à des extraits vidéos, quelques actes du mouvement des Gilets jaunes. Les citations des cahiers de doléances sont mises en parallèle de petites phrases d’Emmanuel Macron, dénotant là l’écart entre un « vrai peuple » et un Président hors-sol (le fameux Jupiter).
Si le travail est sérieux et documenté, Doléances n’arrive cependant pas à transformer totalement l’essai. La pièce s’attache plus au théâtre documentaire qu’au théâtre politique. Au-delà du constat d’un président aveugle aux revendications des cahiers de doléances (après tout, nous le savions), le spectacle ne tire pas vraiment de conclusions, d’autant plus que la forme est un peu redondante.
Doléances. La Fable de l’écoute, à 14h20 du 4 au 23 juillet 2026 au Théâtre du Train bleu
Crédit : Pascal Gely