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03.06.2026 → 12.06.2026

Un « Enlèvement au sérail » peu enlevé au théâtre des Champs-Élysées

par La redaction
04.06.2026

Le Théâtre des Champs-Élysées termine sa saison lyrique 2025-2026 (la toute première de son directeur Baptiste Charroing) avec une nouvelle production mozartienne. Un joyeux Enlèvement au sérail semblait idéal pour clore une année éclatante. Malgré de sérieux atouts, le public de la maison de musique, habitué à un répertoire savamment défendu dans la programmation, a quitté l’avenue Montaigne moins enthousiaste qu’espéré.

 

Par Hugues Rameau-Crays

En ouvrant sa saison avec l’iconique Sacre du printemps et un hommage à Joséphine Baker, Baptiste Charroing, le nouveau directeur général du Théâtre des Champs-Élysées, a fait preuve de continuité et de changement grâce au choix audacieux de Pina Bausch et de Germaine Acogny. Le spectacle lyrique de clôture de saison, dont la première a eu lieu le 3 juin 2026, s’est également inscrit dans la permanence et une certaine modernité. Les opéras de Mozart sont un des piliers de la salle de l’avenue Montaigne et, même si Die Entführung aus dem Serail (L’Enlèvement au sérail) y a été moins souvent à l’affiche que les Da Ponte ou Die Zauberflöte, l’œuvre est un petit bijou qu’il est bon de retrouver à l’affiche dans une mise en scène actualisée. Pourtant, alors que l’opéra se déguste avec bonheur et légèreté, la production n’a que peu charmé.

À la recherche de légèreté et d’humour dans les dédales du sérail

Souvent chez Mozart, la difficulté pour un metteur en scène est de faire cohabiter la tragédie et la comédie, la demi-teinte et l’explicite comme avec Così fan tutte, sans doute le meilleur exemple de son génie. Die Entführung aus dem Serail n’est pas exactement de la même veine que le chef-d’œuvre. Écrit avant tout pour divertir, le Singspiel qui alterne parties chantées et parlées est une joyeuse turquerie où le ténor cherche à délivrer sa belle des griffes d’un pacha d’opérette. Rien n’est vraiment sérieux ici même si la beauté des airs de Konstanze et de Belmonte peut laisser entrevoir autre chose comme les prémices d’un romantisme. Florent Siaud qui ne tombe ni dans la réécriture ni dans l’illustration fidèle du livret, opère une actualisation assez réussie. L’action se déroule dans un décor contemporain stylisé qui évoque plutôt un hôtel de Dubaï que le sérail fantasmé du XVIIIe siècle. L’eunuque Osmin est un garde du corps façon « men in black » qui a bien du mal à contenir les turpitudes du valet Pedrillo et le mécontentement de Blondchen, la servante réduite en esclavage. Le grotesque méchant de l’histoire, personnage clé, vibrionne beaucoup, mais n’amuse que rarement. Le metteur en scène ne parvient pas à installer une véritable mécanique comique malgré de nombreuses idées comme celle, étrange, de le faire mourir à la fin. Dans la partie « sérieuse », les personnages peu incarnés ne suscitent l’émotion que par la beauté de la musique.

Un plateau vocal international au mélange de styles

Dans ce répertoire, l’Insula orchestra est à son aise tout comme Accentus (le chœur a assez peu à défendre, mais le fait très bien). Pourtant, la direction élégante de Laurence Equilbey hésite, comme la mise en scène, entre sérieux et débridé, refusant toujours la franche rigolade suggérée par les personnages inspirés de la commedia dell’arte. À la tête d’une distribution vocale hétérogène, la disparité des styles n’aide pas non plus à la cohésion de l’ensemble. Dans le rôle de Konstanze, Jessica Pratt, la grande star internationale qui fait ses débuts scéniques à Paris, est livrée à elle-même et ne fait rien de son personnage. Même si l’on devine qu’attirée par la virtuosité de « Martern aller Arten » (malgré un trille bien timide) elle ait choisi ce rôle, elle n’y apporte pas grand-chose. Son amoureux Belmonte est joué avec justesse par Amitai Pati, au timbre gracieux et à la voix qui demande encore à s’épanouir. En Pedrillo, Brenton Ryan en fait beaucoup sans complètement parvenir à convaincre vocalement, son timbre baryténorisant étant assez inhabituel dans ce rôle de ténor de caractère. Sa Blondchen, Manon Lamaison, est la révélation de la soirée. La soprano mutine n’a que deux airs qu’elle porte dans les hautes sphères et même si le suraigu plafonne, elle compose un adorable personnage. Reste le cas Ante Jerkunica en Osmin : la basse se montre à l’aise dans la tessiture exigeante, sans toujours trouver l’élégance de ligne et la souplesse propres au style mozartien. Malgré de réels atouts, cette production, prisonnière d’une distribution disparate et d’une mise en scène qui ne trouve jamais tout à fait son ton, laisse finalement un sentiment d’inabouti.

Visuels : © Vincent Pontet