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« Tristan und Isolde » à Essen : en extase devant la performance de Catherine Foster dans le rôle-titre

par Helene Adam
15.05.2024

Au lendemain de la création allemande d’un « Fausto » ovationné, l’Aalto-Musiktheater d’Essen accueillait dans sa superbe salle, un « classique » de Richard Wagner, « Tristan und Isolde », dans la mise en scène originale de Barrie Kosky, et avec un beau plateau vocal dominé par l’inoubliable Isolde de Catherine Foster.

Une belle salle, écrin magnifique pour Wagner

Conçu par l’architecte finnois Alvar Aalto, l’Aalto-Musiktheater de Essen a été inauguré en 1986 et présente les qualités de fonctionnalité et d’esthétique dont bien des maisons d’opéra auraient pu s’inspirer. Largement ouvert sur l’extérieur – un parc verdoyant- le théâtre offre en effet d’immenses volumes réservés au public durant les entractes, plusieurs bars, une terrasse et des espaces collectifs où ont lieu, tous les soirs d’opéra, des présentations très suivies de l’œuvre, de sa genèse à son actualité, durant trois-quart-d’heure.

La salle de spectacle elle-même, outre des sièges très confortables dans un amphithéâtre permettant une visibilité parfaite de toutes les places, dispose d’une grande fosse d’orchestre ouverte au pied de la scène, prévue pour les multiples Wagner ou Strauss, régulièrement donnés ici.

Autant dire que la foisonnante musique de Tristan und Isolde y trouvait parfaitement sa place et que notre soirée s’annonçait, dès l’ouverture, sous les meilleurs auspices.

Barrie Kosky très inspiré

L’année 2006 avait été fructueuse pour Barrie Kosky, alors jeune metteur en scène encore peu connu, puisqu’il s’était lancé à l’assaut des œuvres de Richard Wagner, Der fliegende Hollander et Götterdämerung et ce Tristan und Isolde, déjà à l’Aalto-Musiktheater d’Essen, qui reprend, cette saison, cette histoire fascinante d’un amour fusionnel à l’occasion du cent-vingt-cinquième anniversaire de la Philharmonie de Essen.

Autant dire que, de trublion révolutionnaire et iconoclaste, le turbulent Barrie Kosky est passé au statut d’incontournable référence, gage d’originalité et de qualité.

Il est aujourd’hui l’un des metteurs en scène les plus recherchés et même si l’abondance de ces productions le conduit parfois à des « ratés », la reprise de cette mise en scène de Tristan und Isolde montre à quel point l’originalité de son talent traverse deux décennies sans dommage.

 

Barrie Kosky installe en hauteur sur une scène plongée dans l’obscurité, un cube de deux mètres sur trois, astucieusement éclairé, qui représente la cabine exigüe du bateau à l’acte 1, une chambre assez étrange qui tourne sur elle-même durant l’acte 2 et une sorte de cabane sur une étendue désolée où paissent quelques moutons à l’acte 3.

Les décors et les lumières conçues par Klaus Grünberg créent une atmosphère étrange qui sied particulièrement à cette fascinante histoire légendaire et mystérieuse d’amour fou, d’Irlande et d’océan. Et l’on s’installe tranquillement dans cette toute petite cabine très luxueusement décorée, où tout semble trop grand pour l’espace, ce fauteuil où Isolde puis Tristan semblent vouloir se cacher, ce Gramophone au pavillon si grand qu’il se courbe sous le plafond trop bas et cette corbeille de fruit qui trône sur un guéridon enjuponné et à laquelle personne ne touche, trop occupé à abuser des alcools et autres réjouissances qui égayent les hommes tandis que Isolde semble bien seule à ruminer sa vengeance.

Osmose avec la musique

L’affrontement entre Tristan et Isolde et surtout le tournant décisif où Tristan accepte par défi le filtre d’amour, est magnifiquement représenté par une accélération des mouvements des deux protagonistes (malgré la pente…) en synchronisation parfaite avec les crescendos de l’orchestre. Les points culminants où la belle sonorité de l’orchestre et des voix emplit la salle,  vous emportent sans problème dans les affres de la passion alors déchainée.

Le hublot en fond de cube est fermé durant toute la première partie puis s’ouvre sur un océan stylisé et déchainé, tandis que la pente au sol de la cabine s’accentue. L’arrivée sur la terre ferme stabilise le tout tandis qu’un rocher apparait bouchant l’ensemble du hublot et que Kurwenal malgré son évidente ébriété se rappelle qu’il doit apprêter Isolde pour la présentation au roi Marke et fait défiler des kilomètres de tulle blanche pour la vêtir. Accord final de l’acte 1 sur cette vision saisissante où seule est violemment éclairée une Isolde dépossédée de sa personnalité tout enrubannée d’une sorte de meringue de vêtements.

 

 

Dans l’acte 2, le plus acrobatique pour les chanteurs puisque le cube tourne sur lui-même les obligeant à s’appuyer régulièrement sur les murs pour suivre le mouvement de haut en bas, le décor est dépouillé : lustre avec fleurs au plafond (qui deviendra le sol), corbeille de fruits au sol (qui deviendra le plafond). La tapisserie arbore un motif gris et blanc semblable à celui de la robe d’Isolde, une fenêtre et une porte sont similaires aux ouvertures de la cabine de bateau. Les deux amants sont enfermés dans la même capsule de bonheur fusionnel et leurs étreintes se tournent et se retournent en symbiose parfaite avec la musique divine du plus beau et du plus long duo d’amour de l’opéra.

 

Le choc en décibels et en accélération musicale de l’arrivée du roi Marke est là encore illustré par l’ouverture brutale de la porte brisant l’intimité du cocon et amenant le bruit et la fureur dans cette alcôve idéale.

Enfin le dernier acte éclaire sobrement la scène, sur une lande désolée peuplée de moutons et traversée silencieusement de temps en temps par des bergers enveloppés de capes noires et munis d’un grand bâton qui les dépasse.

La cabane où Tristan se meurt ne possède plus qu’un fauteuil dépouillé que ce dernier dans les affres de l’agonie lors de son monologue jette à terre où il restera en morceaux puis descend enfin sur la scène pour le final et le retour d’Isolde, Marke, Kurwenal et Brangäne.

A l’issue du Liebestod, chacun aura disparu à nouveau dans les ténèbres de la scène, seule reste Isolde qui chante sa mort avant d’aller s’allonger enlacée comme enchâssée dans le corps de Tristan, derrière la cabane. Derniers accords sublimes.

 

Barrie Kosky avait manifestement totalement adopté cette notion nouvelle de « drame musical » que Wagner illustrait pour la première fois : la musique aux accents très audacieux pour l’époque (1865) qui sort des strictes règles de la tonalité est littéralement enroulée autour du très beau poème écrit par Wagner lui-même s’inspirant de la légende médiévale celtique éponyme. On ne peut pas « séparer » les deux arts, celui du texte, celui de la musique, comme on ne peut pas séparer Tristan et Isolde l’un de l’autre, ni les délivrer de cette intense passion, ni les extraire de cet implacable destin qui les mènera à la mort comme une délivrance dans l’extase. La mise en scène épouse ce concept et le valorise.

 

On reprocha à Kosky à l’époque, la modernisation temporelle de la légende, le choix des costumes et quelques traits comportementaux discutables des personnages subalternes de Kurwenal et Brangäne.

Habillés par Alfred Mayerhofer, ils sont l’un et l’autre très élégants mais tandis qu’elle garde le sien intact et reste d’une dignité exemplaire sur ses hauts talons durant tout le spectacle au service d’Isolde, lui se vautre d’abord dans l’euphorie de l’ivresse, très dépenaillé, avant de se ressaisir et de prendre les responsabilités que le (très beau) rôle lui impose en tentant de sauver son maitre Tristan. Le Roi Marke de son côté tout comme Melot, sont vêtus de costumes plus rustiques qui évoquent le confort campagnard plutôt que l’élégance de la ville. L’ensemble offre à nos yeux une cohérence tout à fait efficace qui ne justifie plus les huées de la première heure. D’ailleurs, à Essen, dimanche soir, l’heure était plutôt au recueillement et à l’extase face à la musique de Wagner et ce, dès le Prélude qui à lui seul, représente la quintessence d’une harmonie musicale idéale.

Le nouveau directeur musical d’Essen à la baguette

Celui qui a été le directeur de l’opéra de Essen durant quinze ans à partir de 1997, le chef d’orchestre Stefan Soltesz aurait dû revenir diriger ce Tristan und Isolde. On se souvient qu’il est tragiquement décédé à la suite d’un malaise durant une représentation de Die Schweigsame Frau qu’il dirigeait alors au Bayerische Staatsoper en juin 2022.

C’est donc l’actuel directeur musical de l’opéra, Andrea Sanguineti, qui dirigeait l’œuvre de Wagner et ses choix artistiques le conduisent manifestement plutôt vers une lecture lyrique, assez majestueuse de la partition, avec quelques moments héroïques brusques et appuyés, choix discutable -on a connu des conduites plus énergiques dans les actes 1 et 3 mais qui ménage d’une part la voix du ténor un peu insuffisante pour le rôle et qui nous offre d’autre part un acte 2 proche du sublime. Ah ce « So stürben wir/um ungetrennt/ewig einig/ohne End (ainsi nous mourrions pour ne plus jamais être séparés, à jamais unis, sans fin).

Catherine Foster for ever

Le chef d’orchestre s’appuie d’ailleurs régulièrement sur la captivante interprétation de Catherine Foster qui tutoie les sommets de l’incarnation musicale et scénique dans son Isolde. Elle est tour à tour sombre, fermée, toute à sa vengeance, puis fière fille d’Irlande, remplie du désir de défier l’assassin de son fiancé, de le tuer puis de mourir ensuite avant de succomber à l’amour fou réciproque qui la rend soudain éperdument livrée au seul objectif de jouir dans l’extase jusqu’à la mort.

Le timbre est magnifique et Catherine Foster est de ces sopranos dramatiques qui n’ont jamais besoin ni de grossir artificiellement leur voix, naturellement très bien projetée, ni de forcer leurs aigus qui se déploient harmonieusement y compris dans les fortissimo héroïques sur les montées en crescendo impressionnantes de l’orchestre. Mais elle est aussi l’Isolde lyrique idéale, celle dont le chant s’harmonise avec celui d’un Tristan vocalement moins bien doté, et qui évite de le couvrir autant que faire se peut dans leur long duo émouvant.

Son Liebestod final est un trésor de subtilités vocales, donné dans le silence presque religieux d’une salle retenant son souffle, subjuguée par la beauté et la simplicité de cette « mort » annoncée et désirée, chantée par une artiste immense.

Courageux ténor un peu trop lyrique

Ténor très lyrique, Bryan Register n’a pas vraiment le format vocal requis pour Tristan même s’il réussit à assurer les trois actes sans faiblir ce qui est un tour de force quand il doit subir sans parvenir à les surmonter les fameuses montées héroïques où son beau timbre est noyé dans les décibels de l’orchestre et de sa partenaire  et son « Isolde » peine à se faire entendre après le glorieux « Tristan » de sa partenaire.

Et autant, parce qu’elle domine parfaitement du fait d’une technique fabuleuse, l’intégralité de son rôle, Catherine Foster n’a pas de difficultés pour se mouvoir sur les pentes du cube, autant Bryan Register, très attentif à son souffle et soucieux d’obtenir une puissance raisonnable, semble assez paniqué par la nécessité, en plus, de veiller à ne pas tomber… En tout état de cause, on a eu envie comme le reste du public de le remercier chaleureusement aux saluts pour sa prestation terriblement émouvante, et notamment des actes 2 et 3 où les décibels ne sont pas prioritaires, et où il a pu déployer son beau ténor et son intelligente incarnation avec talent.

Et beau plateau vocal wagnérien

Mais au-delà du couple phare, centre de l’œuvre, les autres protagonistes bénéficient de très brillants interprètes, souvent attachés à l’Opéra de Essen, et habitués aux difficultés vocales wagnériennes qu’ils dominent parfaitement.

Ainsi pouvait-on vraiment apprécier une Brangäne de très grande qualité avec la mezzo- soprano Bettina Ranch, très agréablement assortie à l’Isolde de Catherine Foster, les deux femmes déployant des timbres harmonieux et disposant de physiques avantageux, rendant d’autant plus crédible et efficace leur belle performance.

Nous avons rarement vu une Brangäne occupant à ce point sa place, de manière aussi spectaculaire et l’ovation spéciale qui l’a accueillie a été sincère et spontanée devant une très belle incarnation d’un personnage souvent « secondaire ».

Le baryton Heiko Trinsinger avait déjà chanté Kurwenal lors de la création de cette mise en scène à Essen. Non seulement il joue vraiment très bien son rôle, tout à la fois très mobile sur scène et très expressif, mais en plus, il allie un très beau timbre lui aussi à une technique wagnérienne irréprochable, voix ample, souffle inépuisable, sens des nuances, capacités sonores impressionnantes sans que la beauté de la voix ne soient altéré et son baryton majestueux n’a pas pris une ride.

De même on louera sans réserve les qualités wagnériennes du roi Marke de la basse Sebastian Pilgrim dont le port d’attache est également Essen et qui incarne un roi généreux et comblé avant d’être meurtri puis de pardonner devant le désastre final, avec énormément de classe et de talent, un timbre égal sur toute la tessiture y compris dans les graves difficiles du rôle qu’il maitrise parfaitement.

Le beau ténor lyrique d’Aljoscha Lennert, nous régale à deux reprises : en jeune marin pour l’ouverture de l’acte 1 puis dans le rôle du pervers et traître Melot à la fin de l’acte 2.

Les deux rôles moindres mais qui permettent souvent à des interprètes de briller par de beaux airs sont également très bien tenus, caractéristique toujours appréciable des maisons de troupe : on remarque ainsi la voix du Steuerman du baryton Karel Martin Ludvik comme celle du berger chanté par le ténor Sangmin Jeon.

Une standing ovation émue et appuyée du public a accueilli la représentation, avec des applaudissements particulièrement nourris pour tous les rôles de solistes et une mention spéciale pour l’exceptionnelle Catherine Foster.

Tristan und Isolde (Richard Wagner) à l’Aalto-Theater Essen

Reprise d’une production de Barrie Kosky créée le 9 décembre 2006.

Les 21 et 28 avril,  5 et 12 mai 2024

 

Photos © Matthias Jung