À l’Opéra de Dijon, pour la saison 26-27, Raphaëlle Boitel est mise à l’honneur, avec deux pièces résolument actuelles : La Chute des Anges et Ercole Armante. Dans cette rencontre, l’artiste évoque son rapport au baroque et la résonance contemporaine de ses créations, tout en revenant sur quelques moments cult de sa carrière.
J’ai le sentiment que le point de rencontre majeur se situe dans leurs appartenances respectives à une catégorie de spectacle « hybride ». L’Opéra mêle la musique, le chant, la danse, le théâtre, la machinerie, une profonde démarche esthétique… et le cirque joue aussi du mélange de ces disciplines. Dans les deux cas, cette richesse fait passer le spectateur par une large palette d’émotions.
Avant tout, cela me remplit de joie. Cela démontre à quel point des artistes d’horizons différents souhaitent collaborer, échanger, partager, chercher ensemble, en repoussant leurs limites ou en faisant des petits pas de côtés, en quête d’inventivité. Avec sa programmation ou ses productions, l’Opéra de Dijon se positionne comme un acteur important dans cette démarche d’ouverture et de renouvellement. Cela a beaucoup de sens pour moi de jouer ou de créer ici.
Oui. Pièce créée en 2018, La Chute des Anges n’a cessé de tourner depuis.
C’est un spectacle avec une forte dimension métaphorique, abordant des thèmes qui ont été rattrapés par la réalité depuis, comme les questions liées à la pandémie ou à l’I.A, les deux ne faisant pourtant absolument pas partie de notre quotidien à la création.
Certains bouleversements de l’actualité lui donne une résonance encore plus forte aujourd’hui. C’est aussi une pièce qui fonctionne avec tous les âges, chaque génération pouvant y trouver sa propre lecture. Je crois que ce sont ces éléments conjugués qui font sa longévité exceptionnelle.
Je ne pensais pas forcément travailler un jour à partir du baroque. Puis on m’a proposé de collaborer à la création d’Alcione à l’Opéra Comique en 2017.
J’ai alors découvert un univers d’une très grande richesse, truffé de symboles, avec des artistes particulièrement ouverts d’aller à la découverte de nouvelles manières d’explorer ces œuvres. Surtout, j’ai eu la chance, auprès de chef comme Jordy Saval ou Leonardo Garcia Alarcon, de réaliser à quel point cette musique, ciselée et subtile pouvait parfois être moderne dans ses rythmes, ses mélodies, ses sonorités… mon rapport avec elle est donc un terrain de questionnement et d’exploration à travers les codes et les époques.
Si je devais vraiment choisir un seul mot je dirais « actuelle », car ce terme englobe les 3 autres… J’ai choisi cette œuvre, au fil de discussion avec Leonardo, car j’ai été sensible à la résonance qu’elle pouvait avoir sur une certaine actualité.
Ercole Armante incarne plutôt bien – entre autres choses – la figure d’un homme, plus craint que respecté, qui abuserait de son aura ou de ses « pouvoirs ».
Cette création se prépare de manière exceptionnelle. À l’écoute des uns et des autres. La rencontre avec Leonardo et notre complicité immédiate a été un détonateur pour pousser plus loin les collaborations. Nous échangeons beaucoup dans des allers-retours autour du livret et de la partition. Nous allons porter au plateau nos passions respectives, pour proposer une écriture où la connivence entre tous les interprètes sera perceptible et contagieuse. J’ai la chance que Leonardo accepte de recomposer le prologue et de retoucher certains passages, avec tout son talent et l’amour qu’il porte à Cavalli, afin de faire de cette Ercole une création encore plus inédite.
Difficile d’en choisir un seul… je pourrais parler d’Annie Fratellini quand elle m’invita enfant à venir me former dans son académie, de mon entrée dans le monde professionnel à 13 ans, ou mon premier opéra à la Scala de Milan, qui ont été des moments particulièrement fondateurs dans mon parcours …
Mais aujourd’hui j’ai envie d’évoquer le spectacle Horizon Palais Royal que j’ai réalisé en 2023 autour des colonnes de Buren jusqu’aux toits du ministère de la Culture, dans le cadre des Olympiades culturelles. Ce fût un moment de partage exceptionnel pour toutes les équipes et le public, avec la discipline du Parkour mêlée au cirque et à la danse, dans un site magique où la croisée des disciplines prenait encore plus de sens. J’en ai un souvenir grandiose.