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Le Teatro Regio de Turin donne, la saison prochaine, les trois « Manon » de Auber, Massenet et Puccini

par Paul Fourier
16.05.2024

Le Teatro Regio programme, à l’automne 2024, un cycle de « Manon » dans lequel nous pourrons entendre l’opéra de Puccini ainsi que deux versions françaises, celles de Jules Massenet et de Daniel Esprit Auber. Le directeur, Mathieu Jouvin, nous parle de l’initiative et de bien d’autres choses concernant Turin et son théâtre.

Bonjour M. Jouvin, cette année, vous portez avec le projet des « 3 Manon » une initiative particulièrement riche qui va nous permettre d’approcher différents visages de l’héroïne créée par l’Abbé Prévost. Mais, auparavant, si vous le voulez bien, nous pourrions d’abord, parler un peu de cet étonnant théâtre qu’est le Regio. Quelle est son histoire ?

 

J’ai passé 9 ans à Lyon à travailler avec Serge Dorny et je me disais alors que je devais aller à Turin. Je n’ai malheureusement jamais trouvé le temps, et j’ai eu tort ! Puis, j’ai présenté ma candidature ici et j’ai été nommé au Teatro Regio. Un ami lyonnais m’a alors dit : « Tu vas travailler dans le théâtre de Carlo Mollino »…

La première fois donc que je suis arrivé Piazza Castello, je me suis demandé… où était le théâtre ! En fait, il se trouve derrière la façade baroque de la place ; ce qui n‘est pas commun. Avec le temps, j’ai compris qu’à Turin, beaucoup d’endroits magnifiques sont cachés !…dont le théâtre…

 

Mais de quand date le théâtre actuel ? 

 

En fait le Théâtre royal ancien a brûlé en 1936. Pour l’anecdote, l’opéra qui y était joué a été repris le surlendemain dans un autre théâtre de Turin. C’est dire à quel point l’activité lyrique était alors importante à Turin. Arrive la guerre ; Turin est très impactée et l’on a alors, évidemment, d’autres préoccupations que de reconstruire un théâtre ; il en est de même avec l’après-guerre.

 

L’ancien Teatro Regio

 

Le temps s’écoule ; plusieurs projets passent. Et, à la fin des années 60, arrive un Maire, Giuseppe Grosso, qui demande à Carlo Mollino – alors directeur de la section architecture au Polytechnico de Turin – de lui proposer un projet. Mollino avait déjà dessiné un projet (non abouti) pour un autre théâtre, à Cagliari. Ce dernier ressemblait à ce qui a été construit ici, avec cette salle ovoïde. Il avait même dessiné la forme de la salle et des balcons, sur un œuf pour expliquer son concept. Finalement, la salle du Regio, vue du ciel, va prendre la forme d’un buste de femme. La salle est l’utérus où naît la vie, où naît l’art. Nous sommes dans un œuf et cette forme ovoïde réapparaît dans plusieurs parties du théâtre.

 

Cette histoire est fascinante ! 

 

Oui, elle l’est ! Car, outre le fait d’être dans un bâtiment, le théâtre est une œuvre d’art extrêmement conceptuelle, emplie de symboles. Il y a là une dimension quasi métaphysique. Par ailleurs, c’est un théâtre qui est techniquement révolutionnaire ; je pense qu’il a été l’un des premiers – sinon le premier – à avoir des chariots motorisés de grande dimension pour les changements de décor. Six ponts de scène permettent de faire monter et descendre les décors ; il n’y a pas de sous-sols comme à Bastille, mais deux zones latérales sur la scène, ainsi qu’une zone dorsale de la même dimension que la scène avec un train dorsal.

En fait, si je puis dire, les destructions de la guerre ont permis un doublement, presque un triplement de la surface du théâtre, car, auparavant, celui-ci n’était pas orienté dans le sens actuel. À l’époque de l’ancien édifice, il existait une continuité avec le Palais royal ; ainsi, le roi pouvait arriver directement ici même sans croiser personne, de même qu’il pouvait aller dans un théâtre situé dans la cavalerie royale à 200-300 mètres d’ici.

Le théâtre actuel est très grand et possède une qualité d’écoute fantastique. Les sièges en gradins permettent une visibilité parfaite. Au début, l’acoustique n’était pas franchement une réussite et des travaux ont été réalisés dans les années 90 ; La moquette a été enlevé et un proscénium a été construit, proscénium qui n’est pas très intégré à l’architecture originale. Nous travaillons actuellement avec un architecte pour voir si l’on ne peut pas créer quelque chose de plus conforme à l’esthétique du lieu, sans en dégrader l’acoustique.

Donc vraiment, il n’est pas commun de rencontrer un théâtre qui a une telle pensée derrière lui. On a fêté en 2023, le cinquantenaire du bâtiment. Il reste d’une modernité absolue avec des zones qui sont extrêmement confortables pour le public.

 

Je crois savoir que la tradition lyrique à Turin est particulièrement ancrée.

 

En effet, il s’agit d’une tradition lyrique de plusieurs siècles. La Bohème, Manon Lescaut, une deuxième version du Villi de Puccini ont été créés ici. Il a aussi eu, en leur temps, des œuvres de Wagner, de Strauss. Il existe ici un intérêt pour Wagner, intérêt que l‘on ne trouve pas, ailleurs en Italie.

Rappelons-nous aussi que le nouveau Regio a été inauguré en 1973, avec une production des Vêpres Siciliennes de Verdi mise en scène par Maria Callas. Ensuite, l’on aura toujours une programmation très ouverte, car Turin est, d’une certaine manière, une anomalie en Italie. Umberto Eco a eu cette phrase magnifique : « Si Turin n’avait pas existé, l’Italie ne serait pas la même » ! Ne serait-ce que parce que la ville est à l’origine de l’Unité Italienne et qu’elle a inspiré énormément de choses en Italie, le côté industriel avec la Fiat et Turin a même inventé l’aperitivo !

Il existe ici une importante richesse culturelle. Lorsqu’on visite la galerie de peinture du Palais Royal, par exemple, on constate qu’il y a beaucoup de tableaux du Nord de l’Europe, parce que le Royaume de Savoie avait une ouverture vers la France mais aussi, vers tout le Nord.

Il y a ici, un goût pour la culture vraiment profond, pas du tout snob. Citons aussi le Musée Égyptien qui possède la deuxième collection au Monde, après Le Caire.

C’est donc une ville qui mérite d’être vraiment découverte !

 

Les programmations du Regio doivent donc se ressentir de cette ouverture culturelle…

 

Depuis mon arrivée, nous avons essayé de rappeler à quel point, au XIXe siècle notamment, il y eut des échanges constants entre Turin et la France. Nous avons ouvert la saison actuelle avec La juive de Halévy, un titre extraordinaire qui a disparu du répertoire alors qu’à une époque, ce fut un « blockbuster » absolu à l’Opéra de Paris. Lorsque l’on entend le cor anglais dans Le bal masqué, on se dit que Verdi a certainement entendu La juive !

Pour le projet des 3 Manon que nous allons produire, nous avons celle d’Auber qui, lui-même a composé un Bal masqué avec Eugène Scribe.

Sincèrement ! arriver à Turin a été, pour moi quelque chose d’extraordinaire… surtout lorsque je pense aux difficultés rencontrées par les théâtres lyriques en France. Notre saison actuelle comporte donc onze titres. Il y a ici un savoir-faire artistique et technique dans ce théâtre et une qualité de travail absolument extraordinaires.

Je suis véritablement ébloui par la capacité de production du théâtre. À titre personnel, je le vis comme une chance immense, même si les aspects bureaucratiques et légaux sont extrêmement complexes en Italie. Et, nous avons l’impression de faire quelque chose, avec ce bâtiment extraordinaire, qui est important pour la ville. Je pense que le Regio de Turin doit être un lieu où vous venez voir des choses que vous ne verrez pas ailleurs en Italie, tout en bénéficiant d’une très grande qualité de travail. Nous ne cherchons évidemment pas à imiter la Scala, qui a, soulignons-le, un budget au moins trois fois plus important que le nôtre !

Je pense que l’opéra ne doit pas concerner uniquement les « spécialistes ». Pour la saison 23-24, nous avons donc ouvert avec La juive, puis nous avons été le seul théâtre en Italie à programmer La bohème, La rondine, La fanciulla del west et le Triptyque de Puccini. Pour moi, c’était important d’avoir ce cœur de saison en raison du lien important entre Puccini et Turin.

Et nous ponctuons le reste de la saison avec Le vaisseau fantôme dirigé par Nathalie Stutzmann et le Don Pasquale de Donizetti.

Le principe sera le même avec la saison prochaine, car nous visons à présenter une programmation équilibrée. C’est important alors que l’on voit à quel point le répertoire lyrique peut terriblement se réduire. C’est l’effet d’une contrainte économique.

 

Je suis persuadé que la diversité motive aussi les artistes. Ainsi, la saison prochaine, deux projets seront montés parce que deux chanteurs voulaient interpréter ces œuvres. Ce sera le cas pour John Osborn dans Hamlet. Gregory Kunde reviendra lui, après sa magnifique prestation dans La Juive (le spectacle qui a inauguré la saison en cours et qui a remporté le « Prix Abbiati » de la critique de meilleur spectacle de la saison 2023/2024) dans Andrea Chénier d’Umberto Giordano.

 

Enfin, il est important de maintenir du grand répertoire à Turin.

Par ailleurs, nous travaillons à un élargissement du public. Comme partout ailleurs dans le monde, la période du Covid a fait beaucoup de mal. Nous avons donc mis en place des avant-premières pour les moins de 30 ans. Elles ont un succès extraordinaire. De cette façon, nous travaillons à créer la génération d’après. Dans notre deuxième salle, le piccolo Regio, nous essayons de créer des œuvres pour les écoles. C’est quelque chose que je souhaiterais amplifier.

 

Parlons maintenant, de ce projet des 3 « Manon ».

 

Manon Lescaut ayant été créée à Turin, nous ne pouvions pas ne pas le programmer sur l’année de la célébration de la mort de Puccini, mais nous voulions faire quelque chose d’original. Je connaissais évidemment la Manon de Massenet, mais celle d’Auber, je l’ai découverte ici, à Turin, chez un disquaire.

L’idée a été de faire ce « triptyque » avec un même metteur en scène, Arnaud Bernard en l’occurrence. Cela se justifie d’un point de vue artistique, chaque compositeur ayant, à partir d’une source unique, donné une coloration différente à sa Manon. Si l’on prend le cours de l’histoire, on réalise que l’on va du plus léger (Auber) au plus dramatique (Puccini). Ainsi, cela permettra de voir cette évolution à travers le regard d’une même personne, d’un même metteur en scène. D’un point de vue pragmatique, cela va permettre, compte tenu des atouts techniques du théâtre, de passer d’une œuvre à l’autre, du jour en lendemain.

 

Ce sera un projet centré sur le cinéma français, faisant référence à trois époques différentes et donc à trois atmosphères. Avec Auber, nous serons d’abord dans le cinéma muet ; avec Massenet dans les années soixante avec Bardot et « La vérité » de Clouzot et enfin, de retour, pour Puccini, dans les années quarante avec Gabin et Quai des brumes. Il y aura aussi une forte présence de la Manon de Clouzot, un film qu’à titre personnel, je ne connaissais pas et qui peut presque constituer une quatrième lecture du roman de l’abbé Prévost.

Par ailleurs, pour être, chaque fois, au plus près du répertoire, nous bénéficierons du savoir-faire de trois chefs d’orchestre : Renato Palumbo pour Puccini, Evelino Pido pour Massenet et Guillaume Tournière pour Auber.

 

Le personnage de Manon (peut-être plus que pour d’autres femmes « perdues ») est effectivement intéressant dans le sens où l’on peut aller dans des directions différentes.

 

C’est, en effet, un personnage très ambigu. Stendhal disait « La beauté n’est qu’une promesse ». En cela, le film La vérité de Clouzot est intéressant, car, comme Manon, l’héroïne qui évolue dans des années soixante – une période de basculement -, est en avance sur son temps.

Le personnage de Manon est riche de cette ambiguïté. Il y a chez Manon, une naïveté, une fraîcheur, une envie d’être joyeuse et « gentille » et, en même temps, c’est une femme « discrètement fatale », contrairement à Carmen. On ne sait pas si elle est innocente ou pas. Cette ambiguïté du personnage, c’est probablement Massenet qui la montre le mieux.

Je souligne d’ailleurs, au passage, que Puccini a eu un certain courage de partir du même sujet que Massenet alors que l’opéra de ce dernier rencontrait un énorme succès dans toute l’Europe.

 

C’est intéressant pour ce projet d’avoir fait le lien avec la ville du cinéma qu’est Turin avec son extraordinaire musée. 

 

Ce musée est un bâtiment extraordinaire qui, à l’origine, était une synagogue. Dans l’imaginaire français la ville italienne du cinéma c’est Rome avec Cinecitta. Historiquement, en fait, ce fut Turin. Quand les frères Lumière commencent à s’étendre, ils viennent à Turin. Chaque année, au mois de novembre, il y a, ici, un festival du film. Il existe donc un lien très fort entre Turin et le cinéma.

 

Nous avons beaucoup parlé de Puccini. Que pensez-vous de la célébration actuelle de sa mort ?

 

Certains disent qu’une célébration est une chose un peu facile. Certes ! Mais c’est l’occasion de commémorer un évènement d’importance. Nous sommes dans une époque où le rapport à l’histoire devient un peu pathologique. Je trouve que les commémorations nous fournissent l’occasion de nous rappeler tout le travail qui a été fait avant nous. Notre époque manque de modestie par rapport à l’histoire. Nous avons de grands maîtres du passé, mettons-les en valeur, même avec un rapport différent, avec des lectures différentes.

C’est d’ailleurs le sens du projet : nous partons de Puccini et nous l’associons à d’autres compositeurs, des compositeurs qui se sont appuyés sur les mêmes sources que lui. Nous avons envie de poursuivre ce travail dans les prochaines saisons, de mettre des œuvres en résonance. Cela, je pense, excite la curiosité du public.

 

C’est aussi une démarche intéressante pour la jeune génération.  

 

Nous ne devons pas oublier d’où nous venons. Même si ceux qui nous ont précédés pu faire des erreurs, ils méritent notre respect. C’est trop facile de clouer nos prédécesseurs au pilori. Nous avons aujourd’hui une tendance à vouloir détruire des êtres exceptionnels. Puccini est une gloire nationale pour l’Italie et, le célébrer est une évidence incontournable !

 

 

L’ensemble de la saison 2024-2025 du Teatro Regio peut être consulté ici.

 

Visuels : © Andrea Macchia et © Edoardo Piva