Le retour à l’affiche de cette oeuvre de jeunesse de Rossini a surtout permis de profiter du talent de jeunes artistes parfaitement formés à ce type de farsa comica.
En 1812, Rossini a 20 ans. Il est alors particulièrement prolifique, le compositeur pour se faire connaître devant multiplier les opportunités. Pour cette seule année, ce seront donc six opéras créés entre Venise, Ferrare et Milan. L’Occasione est le cinquième d’entre eux. Considéré aujourd’hui avec pour perspective l’ensemble de la carrière du compositeur, il vaut surtout comme témoignage de la facilité de composition de ce jeune Rossini dans le genre bouffe.
Progressivement, le retour en grâce du compositeur, notamment, au Festival de Pesaro, a permis un retour épisodique de l’œuvre à l’affiche. Ce fut le cas en 1987 avec cette production de Jean-Pierre Ponnelle (1932 – 1988), cet incomparable homme de theatre dont la délicatesse a souvent été mise au service de Mozart. Le livret concocté par Luigi Prividalli – basé sur Le Prétendu par hasard ou l’Occasion fait le nom d’Eugène Scribe – montre un mélange de commedia dell’arte et de marivaudage. Ponnelle eut la justesse de traiter cette farce avec légèreté, tout en évitant toute vulgarité. Le résultat en est un pur exemple de théâtre « de tréteaux » avec costumes d’époque, ce qui convient parfaitement à ce type de petit ouvrage. L’on remet tour à tour aux différents acteurs (dont le chef) leur partition, les chanteurs sortent d’un sac… C’est efficace, juste un peu daté aujourd’hui ; les changements de décors d’une auberge en un salon permettent d’apprécier le travail des techniciens, mais s’éternisent un peu… Bref, le résultat apparaît comme du modeste, mais distingué Ponnelle pour une oeuvre de jeunesse sans grande prétention.

Le livret est du pur divertissement. Un échange de sac et l’appropriation de l’identité du Comte Alberto par Don Parmenione va provoquer une série de rebondissements, avec effets comiques garantis. Le Comte doit épouser Berenice et, en plus de sa valise, Parmenione va aussi essayer de lui chiper sa « fiancée ». C’est compter sans la malice des femmes puisque pour tester son futur mari, Berenice décide, elle, d’échanger son identité avec Ernestina, sa dame de compagnie…
Sans atteindre les sommets que le compositeur va bientôt nous offrir, tout cela est de la modeste, mais belle ouvrage. Cette oeuvre de jeunesse comporte de belles pages dans la veine bouffe, une ouverture déjà réjouissante, un trio des trois principaux rôles masculins, un air de Don Parmenione particulièrement entraînant avec recours à l’inévitable émission syllabique, une charmante cavatine pour Berenice, un grand quintette de quinze minutes d’action en quatre mouvements, un air pour ténor qui démontre déjà la difficulté de l’écriture de Rossini pour ce type de voix légère, un duo déchaîné entre Berenice et Parmenione, et pour clore l’affaire, un final résolutoire de toutes les intrigues.
L’avantage, au Festival de Pesaro, de ces petites pièces rossiniennes, c’est de permettre à des jeunes artistes de prouver leur talent dans un répertoire qui se distingue principalement par sa virtuosité, chacun.e pouvant briller par au moins un air et dans des ensembles enlevés. C’est le cas avec la distribution réunie ici, dont plusieurs membres son passés par l’Accademia Rossiniana.
En Berenice, Damiana Mizzi n’a pas le timbre le plus séduisant qui soit, mais sa technique est solide. Elle le prouve lors de la mélodieuse cavatine « Vicino è il momento », lors du duo lorsqu’elle cherche à confondre l’imposteur Parmenione (« Voi la sposa! »), et surtout dans la grande scène « Voi la sposa pretendete » dans laquelle elle se distingue incontestablement, tient le haut du pavé face à Alberto et Parmenione et offre un véritable feu d’artifice de chant rossinien.

Pour sa part, Dave Monaco affronte son personnage d’Alberto avec élégance et une remarquable vélocité lorsqu’il part à l’assaut de la cabalette de son air « D’ogni più sacro impegno ».
En voleurs et usurpateurs, Matteo Mancini (Don Parmenione) et Giuseppe Toia (Martino) font parfaitement la paire d’autant que leur timbre s’accordent aussi bien que le feraient un Don Giovanni et un Leporello, et que le maître nous offre un moment de chant syllabique très convaincant.
Enfin, Martiniana Antonie (Ernestina) et Manuel Amati (Don Eusebio) complètent cette équipe toute en cohérence accompagnée par Alessandro Bonato à la tête d’un Orchestra Sinfonica G. Rossini en belle forme.
Une musique précoce sympathique, une mise en scène charmante mais un peu datée, cet Occasione n’était pas la plus grande pièce de l’édition 2026 du Festival, mais aura eu le mérite d’offrir au public un moment agréable à la découverte des talents précoces du jeune Rossini.
Visuels : © Rossini Opera Festival