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Festival de Pesaro 2026 : le retour de la délicate « Scala di Seta » au Teatro Rossini

par Paul Fourier
19.08.2026

Une farce à la musique aboutie, un chef pour la faire pétiller, une mise en scène inventive de Damiano Michieletto, des interprètes plein d’entrain. Quoi de mieux pour passer une belle soirée en compagnie du jeune Rossini ?

En 1812, L’Inganno felice de Rossini a un joli succès au Teatro San Moisè de Venise qui, dans la foulée, lui commande trois autres farsa comica. La Scala di Seta sera la première d‘entre elle. Mais la réception est un peu tiède, probablement en raison d’une intrigue trop proche d’autres pièces du même acabit. Avec le temps, seule l’ouverture se maintiendra au répertoire, avant que les années 1950, puis le Festival de Pesaro, l’aide à lui redonner sa place méritée sur les scènes.

Car, s’il y eut des pièces mineures pendant cette période de jeunesse de Rossini (L’occasionne fa il ladro donné dans cette même édition 2026 nous paraît plus faible), La Scala di Seta est un petit bijou, son côté léger n’empêchant pas une caractérisation assez fine des personnages et une tendresse qui émerge ça-et-là. Cette « échelle de soie » est celle qui, pendue à la fenêtre de la belle Giulia, permet l’arrivée du mari secret, mais aussi de quelques importuns.

L’Ouverture – du grand Rossini – n’est pas restée pour rien comme une des pièces régulièrement jouées en compagnie d’autres du Maître. Mais dans La Scala, l’on trouve également un trio bien enlevé, un duo entre Giulia et Germano en trois temps, deux airs dans la plus pure tradition virtuose rossinienne, l’un pour ténor, l’autre pour soprano, un quartet brillant, et clou du spectacle, deux très beaux airs, l’un pour Giulia, l’autre pour Germano, le domestique. Tout cela finit, comme il se doit sur un final qui résout, comme par magie, tous les quiproquos.

Une maison sans murs

Si la pièce pétille, c’est déjà grâce à l’intelligence de la mise en scène de Damiano Michieletto qui semble s’inspirer – avec légèreté – de la période « dogma95 » de Lars von Trier et de Thomas Vinterberg, avec son schéma de maison tracé au sol, apparaissant au public grâce à un immense miroir. Dans une petite société assez superficielle où pendant que Madame fait sa gym, Germano, son domestique  lui prépare un petit déjeuner « healthy », les personnages se déplacent d’une pièce à une autre sans jamais franchir aucun mur. Le procédé est astucieux, les effets comiques garantis alors que, dans cette maison sans murs, les soupirants cherchent, chacun de leur côté, à trouver une cachette. 

Cette intrigue qui a autant le goût de la farce que de l’attirance amoureuse contrariée s’appuie sur une belle troupe d’acteurs-chanteurs. Acteurs, car ils prennent plaisir à camper – non souvent sans mélancolie – qui le mari qui voit un goujat partir à l’assaut de sa dulcinée, qui une femme s’amuser à piéger le dit-goujat, qui un domestique, un peu amoureux de la patronne, qui doit gérer les mouvements des autres mâles et se réfugie dans ses « doudous ». 

Le talent vocal ne manque pas

En Giulia la courtisée, Hasmik Torosyan n’a certainement pas le timbre le plus séduisant du monde, mais elle peut s’appuyer sur une technique imparable et offre, in fine, un air « Il mio ben sospiro e chiamo » vraiment admirable.

Archétype du ténor léger rossinien, Alasdair Kent, certes ce soir un court dans les suraigus (c’est pourtant sa spécialité), fait montre d’une grande sensibilité dans la première partie de son air « Vedrò qual sommo incanto », et de ce qu’il faut de virtuosité dans la seconde.

Le Blansac de Iurii Samoilov semble être l’antithèse du Dorvil au physique fin mais athlétique. Lui est massif et viril, la voix de baryton est puissante et tout cela fait son effet et rend son rival assez vulgaire tout à fait crédible.

Quant à la Lucilla de Mara Gaudenzi, elle n’a qu’à apporter le côté pétillant à l’air « Sento talor nell’anima », ce qu’elle fait très bien.

Reste le cas du Germano de Paolo Bordogna qui a clairement perdu vocalement de sa superbe, ce qui ne l’empêche pas, malgré un timbre devenu assez terne et une justesse parfois aléatoire, de rester un interprète hors-pair du « Rossini bouffe ». Infatigable dans la drôlerie quasi-burlesque avec sa coupe au bol et son look de Cato – le serviteur de l’inspecteur Clouseau -, il se paye également le luxe d’être très attachant avec ses nounours et son poisson rouge. Finalement, malgré ses failles, l’on a du mal à contester que ce sont sur les épaules de Bordogna que repose une bonne part de la réussite de cette subtile pièce de jeunesse. 

Si l’on rajoute à cela, la direction alerte d’Iván López-Reynoso, tous les ingrédients étaient réunies pour mettre en joie les spectateurs venus assister à cette farsa comica très bien servie.

Visuels : © Rossini Opera Festival