La soprano qui fête ses quarante ans de carrière a désormais à cœur de promouvoir les jeunes talents, ce qu’elle va faire cette année encore avec le concours qui porte son nom au Château de la Ferté-Imbault. Après une conférence de presse dans les locaux de l’École Normale Supérieure destinée à promouvoir l’édition 2026, un concert avec quatre des finalistes de 2024 a eu lieu sur la scène de la salle Cortot.
La soirée a donc commencé avec la présentation du concours à venir en juillet prochain. Étaient présent.e.s sur scène Sumi Jo, le président du jury Olivier O. Medinger et les quatre chanteur.se.s, le baryton chinois Zihao Li, le ténor roumain George Virban et les deux sopranos françaises Juliette Tacchino et Marie Lombard.
Lors du concours, 24 artistes de 18 à 32 ans seront auditionné.e.s puis 9 finalistes seront sélectionné.e.s pour couronner in fine 3 lauréat.e.s. Les prix sont, respectivement, de 50.000, 20.000 et 10.000 euros ce qui devrait permettre de mettre sérieusement le pied à l’étrier des gagnant.e.s. Notons également qu’une tournée pourrait avoir lieu avec Sumi Jo et les lauréat.e.s, à l’instar de celle organisée pour l’édition 2024 en Chine et en Corée.
Le concours se déroulera au Château de la Ferté-Imbault pendant une petite semaine et les concerts auront lieu dans la salle des miroirs d’une capacité d’environ 400 personnes.
Quant au jury, il est de très haut niveau puisque, outre Sumi Jo et Olivier O. Medinger, il réunit le conseiller artistique du Houston Grand Opera, Jonathan Friend, l’administratrice artistique du Royal and Ballet Opera de Londres, Melanie Allmendinger, Paolo Gavazzeni, le directeur de casting de la Scala de Milan, le « chairman Émérite » de Warner Classics & Erato, Alain Lanceron et le ténor Marcelo Alvarez.
C’est ensuite dans la prestigieuse salle Cortot attenante à l’École Normale Supérieure et à sa généreuse acoustique qu’invité.e.s, journalistes et public ont pu apprécier les prestations des quatre chanteurs accompagnée par la talentueuse pianiste Edwige Herchenroder.
Zihao Li Air a fait preuve d’un beau métier basé sur une projection impressionnante, une prononciation exemplaire en allemand et en italien et un sens comique tout à fait convaincant. Il a interprété « O Vaterland, du machst bei Tag » (Die lustige Witwe de Lehár), « By the waterside », une chanson romantique chinoise de Chiung Yao et Lin Chia-ching, « Mein Sehnen, mein Wähnen » (Die Tote Stadt de Korngold), un étourdissant « Largo al factotum » (Il barbiere di Siviglia) et, avec Juliette Tacchino, un très beau duo « Là ci darem la mano » du Don Giovanni de Mozart. Pour la plupart de ses airs, on l’a senti bien parti pour assurer ses rôles sur scène dans leur intégralité.
Pour sa part, Juliette Tacchino – qui vient d’être pendant de nombreux mois la Delphine des Demoiselles de Rochefort au Lido – a brillé dans un répertoire de soprano léger « alla Julie Fuchs » et rien n’a semblé manquer à sa large palette entre sa voix lumineuse en Suzanne des Noces de Figaro et en une pétillante Adina de L’elisir d’amore, ses vocalises assurées (dans un remarquable « Da tempeste il legno infranto » du Giulio Cesare de Händel) et ses aigus triomphants.
C’est probablement Marie Lombard qui nous a, cependant, la plus impressionné.e.s par la maîtrise et la richesse de sa voix déjà dans « Robert, toi que j’aime » de Robert le Diable (Meyerbeer), par la maturité d’une Comtesse déjà accomplie dans le duo « Sull’aria » avec Juliette Tacchino des Noces de Figaro et par un culot à oser le grand air de La Traviata avec une aisance confondante et des aigus parfaits, même si, avouons-le, les vocalises de la fin du « Sempre libera » mériteraient d’être retravaillées.

On sera un peu plus réservé sur George Virban qui doit probablement s’assurer de fixer durablement son répertoire, probablement plus spinto que lyrique, comme en a témoigné un « Nessun dorma » plus adapté que l’air « Ah! Lève-toi Soleil ! » de Roméo et Juliette, les rôles de Nemorino (dans le duo « Caro elisir, sei mio! » de L’elisir d’amore avec une Juliette Tacchino particulièrement à son aise), et de Rodolfo dans le quartet « Dunque è proprio finita ? » de La Bohème.
Certes les scènes de groupe n’étaient pas toujours bien calées, mais on a tendance à pardonner, en l’absence d’un chef d’orchestre, les artistes dans cet exercice difficile.
La soirée s’est clôturée avec deux airs livrés par la maîtresse des lieux d’un soir. Sumi Jo a interprété « Oh! quante volte » de I Capuleti e i Montecchi de Bellini, puis « Spiel ich die Unschuld vom Lande » (Die Fledermaus (Johann Strauss II)) avant de faire venir les quatre jeunes solistes pour une scène de groupe de Candide de Bernstein (« Make our Garden Grow »). Sumi Jo est, enfin, intervenue d’une manière aussi émouvante que généreuse pour regarder un peu vers le passé, mais surtout pour s’inscrire avec ses poulains dans un avenir que l’on espère radieux malgré la conjoncture.
Une bien belle soirée donc, et d’excitantes promesses d’avenir si l’on en croit ce que l’on a entendu ce soir.
Visuels : © studio photos Alterego.
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