Vingt-deux ans après les premières, les Miniatures, composées de plusieurs pièces courtes sont de retour aux Ballets de Monte-Carlo, sous la direction de Bruno Mantovani, avec l’Ensemble Orchestra Contemporain.
Le titre est bien trouvé: le programme Miniatures se compose de six pièces courtes, dont deux reprises et quatre créations. Des miniatures par le format, mais des créations pleines et ambitieuses: la musique a été écrite librement, par des compositeurs contemporains, sans forcément penser à la danse. Les chorégraphes, eux, ont été invités à «mettre en mouvement ce qu’ils entendent». Telle était la règle du jeu fixée par Jean-Christophe Maillot, directeur artistique des Ballets de Monte-Carlo.
Pour les Miniatures de l’édition 2026, Bruno Mantovani, à la tête de l’Ensemble Orchestral Contemporain, imagine un «éventail d’esthétiques» et invite Misato Mochizuki, Aurélien Dumont, Violeta Cruz et Martin Matalon – des compositeurs qu’il connaît et accompagne depuis de nombreuses années.
Côté scène, les nouvelles créations de quatre anciens danseurs de la compagnie, aujourd’hui chorégraphes : Julien Guérin, Francesco Nappa, Jeroen Verbruggen et Mimoza Koike. Et la reprise de deux Miniatures du directeur artistique.
L’expérience, menée dans ces conditions, montre de manière éloquente combien les chorégraphes construisent différemment leur rapport à la musique, et comment chacun résout à sa façon ce dilemme insoluble – qui de l’œuf ou de la poule vient en premier, comme le formulait jadis Maurice Béjart.
Pour Jean-Christophe Maillot, qui ouvre le programme, la musique de Ramon Lazkano résonne dans le corps des danseurs, donnant naissance à tout un univers d’images poétiques.

©Alice Blangero
Dans les yeux de Francesco Nappa, le corps devient un instrument : musique et mouvement sont indissociables et se fondent l’un dans l’autre dans ses «Anémones».
Sur la musique minimaliste, très architecturée, et à la sonorité presque visuelle de Violeta Cruz, le chorégraphe articule lignes, courbes et micro-tensions, dans une veine de travail de groupe proche de celle de Crystal Pite. Loin de là se déploie l’univers du chorégraphe belge Jeroen Verbruggen. Son monde de Steps for Beasts that Never Were est celui des créatures bizarres et effrayantes, sorties directement des pages de science-fiction de The Preserving Machine de Philip K. Dick. A la fois inanimé et animal, il est dominé par le cadavre d’un chien, posé sur un chariot. Parmi d’autres figures, des jumelles siamoises, comprimées dans un seul tutu et tirées dans des directions opposées.

©Alice Blangero
La musique est à l’unisson de cet univers: Aurélien Dumont crée un ostinato obsédant à partir de citations reconnaissables, qui s’interrompent en plein élan. Aucune harmonie à attendre dans ce chaos kitch, le chorégraphe se confronte à la musique, la conteste, se met en conflit. C’est si absurde que cela en devient parfois presque drôle.
Mais Jean-Christophe Maillot ne placera jamais l’expérimentation artistique au-dessus du spectateur : chaque miniature raconte sa propre histoire, et l’ensemble du programme raconte aussi celle des Ballets de Monte-Carlo, qui fêtent cette année leur 40ᵉ anniversaire.
Julien Guérin déplace dans le studio de danse l’univers de « Caravanserail » de Francis Picabia. La partition de Martin Matalon, construite entre instrumentation, dynamiques et rythmes, offre un vaste terrain de jeu où le chorégraphe Guérin, montre à la fois l’envers du quotidien des danseurs et leurs relations humaines.
Le thème du temps qui s’écoule traverse littéralement Time Lapse de Jean-Christophe Maillot sur la musique de Bruno Mantovani. Tandis que deux couples en pleine forme occupent toute la scène, au loin, sur une ligne horizontale, apparaissent d’abord des poupées en couches, que l’on découvre ensuite comme faisant partie d’un attelage de poupées superposées, que pousse devant lui un vieillard tel un déambulateur. Lui aussi porte une couche XXL. Il est inutile de vouloir chasser le vieil homme: l’âge finira de toute façon par s’imposer.
Mais aux Ballets de Monte-Carlo, on termine toujours sur une note d’optimisme. Sur la musique de Misato Mochizuki, traversée de résonances japonaises, la chorégraphe Mimoza Koike met en lumière ce qui constitue les racines de la compagnie. Leur poids invisible est incarné par des arbres. Le premier chute sur scène telle une météorite, avec une force naturelle irrésistible. Aucun doute: il s’agit de Bernice Coppieters, ancienne étoile des Ballets de Monte-Carlo. Un simple geste de la main, un léger jeu de doigts suffit à la faire renaître des mémoires de la compagnie. À ses côtés, tout un système racinaire – du maître de ballet au régisseur de scène (Annabelle Salmon Favier, Gaëtan Morlotti, Asier Uriagereka, Francesca Dolci) – qui continue à nourrir et à semer de nouvelles pousses artistiques des ballets de Monte Carlo.

©Alice Blangero
Visuel : ©Alice Blangero