Observatrice sensible des métamorphoses intimes et sociales, l’artiste poursuit son œuvre poétique et sensuelle avec une plume aussi espiègle qu’habitée par ses convictions.
Après Keren Ann la veille qui avait charmé le public en soufflant ses mélodies entêtantes portées par une énergie nouvelle et un spleen maîtrisé (lire notre article Keren Ann sublime Paris-New York et son répertoire au Sceaux Jazz Festival) ; c’était au tour de Jeanne Cherhal d’habiller de sons et de lumières, la cour d’honneur du Château de Sceaux.
Jeanne, son dernier album, explore avec finesse les territoires du corps, du désir et de l’émancipation pour donner une voix à l’expérience féminine. Comme toujours, entre l’intime et l’universel, elle joue avec le temps et son « sablier de sang » qui coule dans La marée nouant joliment le cycle long des Douze fois par an figurant dans son deuxième album sorti en 2004. A l’assaut de son piano, alanguie dessus comme une gazelle, elle n’a pas oublié de tacler quelques vieux lions de mauvais augure qui ne rendent pas fière la France (Le Cri des Loups). Et le public de partager sa malice en faisant les jolis chœurs hou-hou-hou. Tantôt jazzy, tantôt électro, elle a envoyé du son, des sons décuplés sur Quand C’est Non, C’est Non dans un écho saturé et un fracas de lumières bleutées, à ceux qui n’auraient pas encore compris.
La showgirl pétillante nous adresse quelques nouvelles chansons comme des correspondances que l’on échangerait dans l’intimité. Pourquoi a-t-on l’impression qu’elle écrit ses chansons à la chandelle ? Peut-être parce qu’elle a créé une petite lumière dans l’intemporelle chanson française. Avec ce ton sans détour, cette écriture intelligente et cette voix qui chante des histoires comme elle nous parlerait dans les yeux, Jeanne Cherhal entretient une proximité rare avec son public. À la lueur de cette flamme, on recueille tantôt une confidence, tantôt l’écho de nos propres émotions. Et l’on se dit : Grande est ma chance.
Et puis il y eut Jean, « son secret tout au fond Dujardin ». Sur un rythme nonchalant, Jeanne Cherhal s’amuse de son propre émoi et transforme son béguin en chanson irrésistible. Elle y chante un amour imaginaire avec l’aplomb fragile des amoureux transis, brouillant joyeusement les frontières entre rêve et réalité. Le sourire n’est jamais loin, mais derrière la fantaisie affleure aussi une forme de sincérité désarmante, celle d’une femme qui ose encore s’émerveiller. Et chacun retrouve alors dans cette amourette impossible le souvenir tendre d’une admiration secrète. Car chez Jeanne Cherhal, même les passions les plus personnelles finissent toujours par nous appartenir un peu.
Après une heure vingt environ de confidences sous les étoiles, la pelouse s’est transformée en un dance floor à ciel ouvert autour de DJ Set – Sharouh, dans une ambiance scintillante et festive. Une très belle soirée.