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Somnole de Boris Charmatz : un souffle cult

par Amélie Blaustein-Niddam
08.09.2026

En 2021, nous découvrions le solo de Boris Charmatz dans l’écrin de Saint-Eustache. Depuis cinq ans, cette pièce vit une tournée d’une longévité exceptionnelle dans le champ chorégraphique. Programmé à la MC93 du 5 au 7 novembre 2026 hors les murs du CN D, cet événement est l’occasion rêvée de nous replonger dans cette œuvre désormais Cult

Throw back machine

Au moment où nous découvrons ce solo, nous sommes en post-covid, en décembre 2021, dans le cadre d’un Festival d’automne qui ne cessait alors de nous surprendre. Boris Charmatz avait choisi un écrin monumental pour présenter ce qui était alors sa dernière création, Somnole. Pour nous c’était un choc, car après les pièces de groupe d’une oralité débordante, le chorégraphe se livrait à un solo d’une radicalité folle. Seul au centre de l’immensité de l’église Saint-Eustache, son corps dialoguait avec le silence habité et la réverbération de la pierre. Cette fois-ci, vous allez le retrouver dans les murs de la MC93 où cette même pièce a déjà joué. Parlons du fond maintenant.

Une virtuosité suspendue aux lèvres

Le dispositif est d’un dépouillement total. Boris Charmatz apparaît torse nu, revêtu d’une longue jupe qui accentue l’amplitude de ses mouvements. Ici, aucune musique préenregistrée ou instrumentale ne vient guider ses pas. La seule partition sonore est celle qu’il produit en direct, à bout de souffle : ses propres sifflements. Le moindre filet d’air expiré prend une dimension monumentale. Il siffle des bribes de mélodies qui s’échappent comme des pensées nocturnes, mêlant Bach, la Panthère Rose et des chants d’oiseaux. La prouesse physique est totale : maintenir la justesse du sifflet tout en courant, en sautant et en pliant son corps sous la nef relève du miracle respiratoire.

La danse de l’insomnie

Le geste chorégraphique explore avec une immense sensibilité les états de veille et de sommeil. Charmatz danse la somnolence, ce moment précis où le corps échappe à la conscience et à la raison. Le danseur titube, vacille, glisse sur la pierre de taille avant de se redresser dans un sursaut. C’est une chorégraphie de la fragilité, le portrait d’un corps en quête de repos qui lutte contre la pesanteur et le vide.

Un moment de grâce

Dans sa version presque religieuse, l’acoustique et la verticalité de Saint-Eustache transformaient cette performance en une expérience presque mystique. Cela ne sera pas différent à la MC93. Le public, disposé tout autour, retient son souffle pour ne pas briser ce fil invisible qui relie le mouvement de l’artiste à son expiration. En acceptant de montrer un corps faillible, fatigué, où le sifflement s’essouffle parfois pour mieux repartir, Boris Charmatz touche au sublime. Une performance magistrale et inoubliable, suspendue entre le ciel et la terre, dont rien ne nous échappe cinq ans après.

Du 5 au 7 novembre à la MC93 dans le cadre du CND hors les murs

Informations et réservations

Visuel : Marc Domage.

Spectacle vu le 14 décembre 2021.