L’aïkido, art martial japonais, frère d’armes du théâtre, Yan Allegret nous emmène dans son sillage pour vérifier ce postulat. Il entretient un lien spécifique et profond avec le Japon, qu’il nous fait joyeusement partager.
Tout a commencé par une histoire d’amis avec le comédien Stéphane Facco. À force d’entendre son pote et acteur Yan Allegret parler de ses pratiques d’arts martiaux et de ses quêtes de sens existentielles, il a voulu les mettre en scène, afin qu’un autre public que lui y assiste.
Et d’un autre côté, il y a Yoshi Oïda, comédien légendaire de Peter Brook, Peter Greenaway ou Martin Scorsese. Formé à la philosophie, au théâtre nô et au kabuki, il a été précurseur de cette approche singulière, corporelle, du théâtre. Nul n’a oublié *Le Tambour de soie, un Nô moderne*, qu’il avait offert avec la danseuse Kaori Ito au Festival d’Avignon 2020.
Il est ici en guest, du moins sa voix, en alternance avec d’autres. Le jour où nous avons assisté à la représentation, l’invitée était la chorégraphe marseillaise Aurélie Imbert. Des frères d’arts.
L’écrivain, comédien et metteur en scène Yan Allegret suit un parcours similaire à celui de Yoshi Oïda, articulant son travail entre les arts de combat et les arts de la scène.
Le début nous paraît trop didactique dans la présentation de la discipline. Si ce n’étaient les interpellations du public, une façon de vouloir inclure activement le·la spectateur·ice dans la narration, nous aurions décroché. Yan Allegret nous met en connivence, cela nous ramène dans le combat.
Mais s’agit-il d’un combat, dès lors que le sabre majestueux n’est plus un élément de guerre mais de réunification, de pacification ? Ôter la vie par le sabre se transforme ici en donner la vie, tel un anoblissement, un coup d’épée sur l’épaule qui confère un statut, comme la ceinture noire.
Cette quête existentielle que poursuit l’auteur au fil de son existence l’amène à considérer, finalement, que le théâtre n’est plus pour lui un métier mais sa voie.
On suit les hésitations, les découvertes du personnage, on s’attache à des images : le moine bouddhiste sur le pont, Mike Tyson, Valérie Dréville ; des souvenirs, des phrases : « Invoquer la page blanche à l’intérieur de soi ; résoudre le conflit, pacifier le monde et soi-même. »
Et, somme toute, on ressort heureux d’avoir rencontré un auteur qui passe avec succès de mouvements de grâce, exécutés avec un véritable sabre, chorégraphiés, beaux, gracieux, à un homme qui montre la fragilité de l’existence, la quête de sens, et qui finit par vérifier que l’art martial n’est pas devenu le manifeste de l’amour. Il nous convainc, en revanche, de la transformation de la violence en art.
Une démarche similaire à celle de Lisbeth Gruwez dans son merveilleux solo Tempest, vu récemment au Festival Montpellier Danse.
Yan Allegret nous questionne sur le rapport entre le corps et l’esprit. Une interprétation corporelle singulière de ses propres mots que nous accueillons avec enthousiasme.
Katsujin ken – le sabre qui donne la vie –, conception Stéphane Facco et Yan Allegret, interprétation Yan Allegret, collaboration artistique Ziza Pillot, création lumière Philippe Davesne, lumière Ysé Allegret, coordination Calista Huisman. Du 4 au 25 juillet 2026, Festival Avignon Off, à 14h, relâche le 22 juillet, au Théâtre Transversal, Avignon.
Visuel : Stéphane Facco et Yan Allegret