On avait assisté l’année dernière à L’Imperatrice, deuxième volet de la saga Les Deux Soleils, écrit et mis en scène par Alexandre Lucas Bécourt, et on avait adoré. Cette année, retour aux origines avec Pina, le premier volet de cette série de 7 pièces par la Compagnie Théâtre de La Cape d’Argent, qui nous emporte dans un monde fantaisiste, tendre et pétillant.
Dans Pina, on retrouve ce qui nous avait déjà séduit dans L’Impératrice ; la mise en scène d’un univers merveilleux, peuplé d’hybrides aussi mignons qu’intelligents, de créatures fantastiques masquées surgies des brumes inspirées des univers de Miyazaki ou de Tolkien, amalgame réussi entre la tradition de la commedia dell’ arte et de l’héroïc fantasy. Dans Pina, on retrouve entre autres une vieille chouette aux yeux exorbités et à la mémoire défaillante, une magicienne métamorphe évoquant la mythique Circé et, clou du spectacle en termes d’effet visuel, un dragon géant, boss final auquel la jeune héroïne devra se confronter. Bravo donc à Bérénice Cambonie et à Julien Donnot pour la création des costumes et des masques, qui contribuent à créer un univers esthétique puissant et inoubliable. Enfin, c’est aussi la manière dont le récit se déploie sur trois strates narratives entrelacées qui fait son charme ; le professeur ès-contes coincé et sa stagiaire maladroite narrent l’histoire de Pina et sa famille, histoire qui s’ouvre elle-même à une dimension épique à la nuit tombée… mais n’ayez crainte, ces entrelacs narratifs sont aisés à suivre, même pour les plus jeunes.
Le soir, le papa de Pina (mi-lapine mi humaine) lui raconte des contes en dépit des airs blasés de la grande sœur. Une histoire plaît tout particulièrement à Pina : la légende de la Cape d’argent, artefact magique forgé de morceaux de ciel et d’étoiles par un dragon, qui permet de retrouver ce qui a été perdu. Une nuit, Pina suit une lumière… L’épopée peut commencer. Et que serait cette épopée sans les comédiens pour la faire vivre ? Juliette Perret incarne avec justesse l’héroïne principale de ce conte merveilleux, campant un personnage à la fois naïf, déterminé et plein de ressources. Les autres comédien·ne·s ne sont pas en reste, qui incarnent au total dix-sept personnages hauts en couleur avec beaucoup d’énergie, d’exubérance et de plaisir. On rêve mais on rit aussi dans Pina, d’Alfredo l’esprit mégalomane un chouïa délirant qui guide Pina dans les limbes de sa quête aux adresses publiques des conteurs qui brisent avec humour le quatrième mur. L’issue de la quête, nous ne vous la divulgâcherons pas ici… Disons simplement qu’elle prouve que l’imaginaire est parfois un bon médium pour panser les blessures les plus vives. On ne guérit pas de tout, mais on peut se consoler…
Soulignons finalement l’originalité de ce projet théâtral d’ampleur, qui envisage déjà des suites à la saga des Deux Soleils (jusqu’en 2031 !) avec plusieurs spectacles en cours d’écriture… on a hâte de suivre les aventures des différents royaumes, de retrouver Pina et la princesse Eleonore ainsi que leurs condisciples fantastiques dans d’autres histoires . Pour les amateurs de récits merveilleux, d’épopées sincères mais comiques, et les amoureux d’univers fantastiques aux contours précis, ne manquez pas Pina !
Pina, d’Alexandre Lucas Bécourt et la Compagnie Théâtre de La Cape d’Argent, avec Thomas Ailhaud, Marie Communal, Paul Delbreil, Mateo Nedellec, Sarah Le Deunff, Juilette Perret, Pauline Scoupe Fournier, 1h20, à partir de 7 ans, Jusqu’au 24 juillet à La Nouvelle Etincelle