Avec, pour point de départ, la violence vis-à-vis des enfants, le réalisateur explore, avec sa maestria habituelle, les méandres de l’âme humaine. Fjord de Cristian MUNGIU est magistral !
Lorsqu’une famille dont le père est roumain et la mère norvégienne débarque dans un village au bout du monde (ou d’un fjord, ce qui semble être la même chose), tout indique que la communauté va harmonieusement intégrer ces arrivants. Les enfants vont à l’école, la famille pratique scrupuleusement et rigoureusement sa religion. Il va falloir deux hématomes sur le visage et l’épaule de la fille pour que l’on bascule dans un engrenage qui provoque l’éclatement de la cellule familiale, l’ouverture d’une enquête, l’intrusion de la politique et du sectarisme religieux dans le paysage jusqu’ici si tranquille.
Cristian Mungiu n’est pas homme de manichéisme et, progressivement, la violence des châtiments corporels va se diluer dans la violence des lois et des procédures, dans la violence réactionnaire face à la violence progressiste, dans la violence (acceptable ?) vis-à-vis des personnes âgées, dans la violence de la séparation.
Mungiu dissèque chacun des acteurs et, objectivement, alors que sont opposées « leur culture » à « nos lois », il est difficile de faire sortir aucun·e des protagonistes de leur problème avec une humanité simplement basique.
Au milieu de cela, il y a l’amitié (ou le début d’amour des deux jeunes filles), une histoire d’amour comme toutes celles qui finissent mal en général et qui ne sera pas plus forte que la fuite. Il reste un film magistral qui ne saurait manquer d’être au palmarès.
Fjord, de Cristian Mungiu avec Sebastian Stan (Mihai), Renate Reinsve (Lisbet), Lisa Carlehed (Mia), Ellen Dorrit Petersen (Gunda), Lisa Loven Kongsli (Frida), Henrikke Lund-Olsen (Noora).Roumanie, France, Norvège, Suède, Danemark, 2026, 2h26. En compétition au 79e Festival de Cannes
Visuel : DR
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