En allant chercher sa petite sœur au Tropic Ballet, Alex, 11 ans, a un coup de cœur : lui aussi veut prendre des cours de danse. Parce que le classique, ça n’est pas fait que pour les filles !
Sauter plus haut, tourner plus vite – toujours – mais aussi et surtout raconter des histoires qui font rêver. Chez Guillaume Diop, étoile de l’Opéra de Paris, tout passe par le corps, sans mots. Nommé en 2023, il est devenu le premier danseur noir à accéder au sommet de la hiérarchie de la prestigieuse institution. Né au tournant du siècle, il incarne une génération qui porte le flambeau de la diversité et des valeurs contemporaines du ballet classique. On le rencontre dès les premières pages de Moi aussi je danse le classique, écrit par Isabelle Calabre et paru aux Caraïbéditions.
Isabelle Calabre, quant à elle, a aussi, une solide expérience pour raconter de belles histoires, mais, dans son cas, avec les mots. Journaliste et chercheuse spécialisée en danse, elle est l’autrice de plusieurs ouvrages consacrés au hip-hop, à la danse contemporaine et au ballet.
L’album Moi aussi je danse le classique est le troisième titre d’une collection jeunesse, publiée par Caraïbéditions, lancée il y a deux ans dans le prolongement de ses recherches au Centre national de la danse sur les quadrilles créoles.
L’idée initiale reste intacte: mettre en lumière un garçon, originaire de Guadeloupe, qui pratique la danse, et rappeler que toutes les danses sont faites pour tous les enfants, quels que soient leurs origines, la couleur de leur peau ou leur milieu social.
On y rencontre Alex, 11 ans, vif et souriant, passionné de gym acrobatique. Un soir, alors qu’il est plongé dans ses devoirs – une image qui fait rêver tous les parents, comme toutes celles réalisées par l’illustratrice Thalia Papadakis – Alex reçoit un appel de sa mère : « Je rentrerai trop tard pour aller chercher Lily à son cours de danse. Vas-y à ma place, c’est tout près, au Tropic Ballet »
C’est là un seul point commun avec Guillaume Diop : comme lui, Alex découvre la danse grâce à sa sœur. « C’est une porte d’entrée assez fréquente,- explique Isabelle Calabre. – Beaucoup des danseurs classiques que j’ai interviewés racontent que tout a commencé avec une sœur ou une mère. Cela passe souvent par une figure féminine. »
Et puis il y a ce portail bleu. Celui qui mène à ce « truc de filles » qu’il imaginait être la danse classique. Dans le studio, son regard s’arrête sur le portrait de Guillaume Diop, suspendu comme en plein vol, à près de deux mètres du sol. Pas seulement une histoire de filles, finalement.
En avançant, Alex rencontre deux anciens élèves du Tropic Ballet, venus raconter leur nouvelle vie à l’École de danse de l’Opéra de Paris. Сelle-ci est d’ailleurs vérifiée dans le livre par Anne-Marie Sandrini, ancienne danseuse du corps de ballet de l’Opéra, professeure de danse et inspectrice de la danse à Paris, un gage de qualité. Leurs récits font rêver Alex et ouvrent devant lui un nouvel horizon. Le message, pour les enfants comme pour leurs parents, est clair : il faut oser pousser les portes.
Mais, en filigrane, un autre discours se dessine, adressé cette fois aux pouvoirs publics. Car si Alex entend parler d’un élève admis au conservatoire de Cayenne, ou de la venue de danseurs de l’Opéra dans le cadre d’une coopération culturelle territoriale lancée en novembre 2022, pour beaucoup d’enfants de Guadeloupe, de Martinique et plus largement des Antilles, ces trajectoires restent encore du domaine du rêve.
Depuis des années, la question est évoquée au plus haut niveau, sans avancées concrètes – ces territoires restent dépourvus de conservatoires.
« Il existe bien quelques écoles de danse, souvent tournées vers les danses traditionnelles ou contemporaines, le hip-hop… Mais il est essentiel que la danse classique puisse aussi vivre sur ces territoires », résume Isabelle Calabre.
En creux, le livre rend aussi hommage à ceux qui font vivre la danse sur place. Derrière le personnage de Julien, directeur du Tropic Ballet, on reconnaît la figure de Julien Ficely, ancien directeur du Karukera Ballet, lieu incontournable de la vie artistique locale, contraint de fermer ses portes en janvier dernier faute de financements. «C’est aussi une manière de saluer Julien Ficely et tous ces artistes des Caraïbes», confie l’autrice.
Un encouragement pour ceux qui sont tout au début de leur chemin : «Lis ce livre et pousse cette porte!», – écrit dans la préface Guillaume Diop. Et surtout, n’oublie pas que les belles histoires peuvent – et doivent – devenir les tiennes.
Visuel : couverture du livre Moi aussi je danse le classique